Кригер Борис Юрьевич
Lilli-Bunny (french)

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  • © Copyright Кригер Борис Юрьевич (kriger@list.ru)
  • Обновлено: 01/12/2008. 472k. Статистика.
  • Статья: Проза
  • Книги на иностранных языках
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    Изд. "Llumina Press", 2007 (печатная версия)

  •    Bernard Kriger
      
       Lilli-Lapin
       Le secret d"une vie heureuse
      
      
      
      
      
      
       Un roman pas tout à fait pour des enfants
      
      
      
      
      
      
      
       Sommaire
      
      
      
      
       Préface 5
      
       Lilli-Lapin
       et ses chaussons 9
      
       Lilli-Lapin
       et Lilli-Ours 17
      
       Lilli-Lapin
       et Lilli-Katie 27
      
       Lilli-Lapin
       et Lilli-Jacob 33
      
       Lilli-Lapin
       et ses chats 40
      
       Lilli-Lapin
       et Monsieur Silvouplaît 47
      
       Lilli-Lapin
       et son jeu de golf 55
      
       Lilli-Lapin
       et sa voiture 59
      
       Lilli-Lapin
       et le renard 65
      
       Lilli-Lapin
       et le Réchauffement Climatique 69
      
       Lilli-Lapin
       et sa boîte aux lettres 74
      
       Lilli-Lapin
       et son éponge 79
      
       Lilli-Lapin
       et l"Économie Totale 87
      
       Lilli-Lapin
       et sa névrose 94
      
       Lilli-Lapin
       et son avocat 102
      
       Lilli-Lapin
       et la Réforme Monétaire 109
      
       Lilli-Lapin
       et les macaronis 121
      
       Lilli-Lapin
       et la banalité 126
      
       Lilli-Lapin
       et les théories cosmologiques 133
      
       Lilli-Lapin
       dans le village 140
      
       Lilli-Lapin
       et les poissons 007 155
      
       Lilli-Lapin
       et le Gâteau aux Baies 166
      
       Lilli-Lapin
       part en balade 174
      
       Lilli-Lapin
       et Mme Boisson Sobre 184
      
       Lilli-Lapin
       et M. Prêt-à-Manger 189
      
       Lilli-Lapin
       et le singe 194
      
       Lilli-Lapin
       au concert 201
      
       Lilli-Lapin
       loue une vache 207
      
       Lilli-Lapin
       et le phonographe 218
      
       Lilli-Lapin
       et Mme Différence Culturelle 225
      
       Lilli-Lapin
       et le jour international de Lilli-Lapin 231
      
      
      
       Rêne Descartes m"a dit qu"on ne saurait rien imaginer de si étrange et de si peu croyable qui n"ait été dit par un philosophe...
       Mais j"essayerai...
       Bernard Kriger
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
       Bernard Kriger est un auteur satirique bien connu. Son roman Lilli-Lapin - Le secret d"une vie heureuse est un exemple du nouveau modèle de l"écriture satirique qui emploie de vieilles traditions du conte philosophique basé sur une réalité moderne du monde. L"auteur remercie M. Joseph Ouaknine de son aide extraordinaire dans l"édition du livre.
       Illustrations: Mlle Irin Golub
      
      
       © Boris Kriger, 2005
       Préface
      
      
       En fait, la question "Qui sommes-nous ?" existe depuis le jour de la création. Après avoir sali ses mains dans l"argile, notre Seigneur a moulé le museau barbu d"Adam, et tandis que ce petit gars avait à peine ouvert ses yeux, il s"accrochait déjà à la barbe de Dieu et demandait : "Qui suis-je ?" Dieu n"a pas répondu. Dieu n"a toujours pas répondu. Peut-être a-t-il été offensé, ou pense-t-il toujours à la question...
       De ce fait, naturellement, on s"attend à la question légitime : "Qui est Lilli-Lapin1 ?"
       Je vous le présente avec la conversation explicative suivante, parce que les lecteurs aiment en effet les livres avec beaucoup de conversations et d"images, et je ne veux pas vous décevoir dès la première page :
       -- Qui est Lilli-Lapin ? Nous n"avons pourtant jamais entendu parler de lui ! Est-ce important d"écrire sur lui ou, pire encore, de lire des romans sur lui ?
       -- Oui.
       -- A-t-il tué cinquante millions de personnes ?
       -- Non.
       -- Mais a-t-il participé à des massacres ?
       -- Toujours non !
       -- A-t-il inventé la bombe atomique ?
       -- Non.
       -- A-t-il laissé tomber une bombe atomique ? (Celui qui a laissé tomber la bombe atomique a récemment été déclaré "héros" par Time Magazine. Il a rappelé avec regrets le jour où il a mangé l"ananas jell-o-o et depuis, il ne peut plus en manger. Essayez d"imaginer : ce type a quatre-vingt ans maintenant et il a passé presque toute sa vie sans ananas jell-o-o ! C"est une vraie tragédie humaine !)
       -- Non, Lilli-Lapin n"a pas laissé tomber une telle bombe.
       -- Peut-être Lilli-Lapin est ce genre de type barbu, comme Karl Marx, qui invente ce genre de théorie qui fait presque s"étrangler deux continents ?
       -- Non !
       -- Bien, vous nous excuserez, mais cette personnalité n"est pas assez importante, parce qu"il est nécessaire d"assassiner un certain nombre d"âmes pour être considéré comme un grand héros ou même une figure historiquement significative.
      
      
       Je pourrais arguer du fait que Lilli-Lapin est un caractère ordinaire avec les vertus de n"importe qui, et qui essaye avec succès de vivre une vie heureuse, mais vous ne m"écouterez pas. Vous tourneriez les pages. Mon roman ferait les poubelles. Vous marcheriez dessus toute votre vie, ou le feuilletteriez les jours ouvrables entre les embouteillages et les machines à laver, mon roman s"avérant être sans importance. Lisez donc ce qui suit...
       Il y a toujours un problème minuscule : Pourquoi n"êtes-vous pas tout à fait heureux de votre vie ? En France, les gens sont moins heureux que dans de nombreux pays africains. Non-sens ? Hélas, c"est un fait scientifique.2 Quelle est la raison à cela ? La différence principale, c"est qu"en Afrique, beaucoup de gens n"ont pas des toilettes. Alors, si nous détruisons les toilettes à Paris, deviendrons-nous plus heureux ? Je n"en suis pas si sûr...
       Un nouveau roman peut-il changer cela ? En fait, vous ne vous rendez pas compte que les romans guident votre vie. Ne voyez-vous pas dans la rue des Harry Potters porter leurs balais, des Quasimodos se reposant sur un banc public, des capitaines Nemo se cachant quelque part dans les égouts de la ville ? Chacun de nous choisit dans son subconscient un caractère à partir d"un roman lu dans son enfance et il boitille avec toute sa vie.
       Vous pourriez dire que la génération actuelle n"aime pas les classiques. Ils lisent simplement les nouveaux romans ou visionnent juste des films, ce qui a le même effet. Ces livres et ces films règlent aussi nos vies !
       Les romans édités aujourd"hui affecteront demain les personnes que vous rencontrerez dans les rues de Paris. Bientôt vous verrez les clones de Daniel et Marie donnant leurs commentaires uniques. Leur créateur, Michel Houellebecq, a écrit ceci : "Tout écrivain, c"est vrai, peut à l"occasion être amené à manipuler des forces dangereuses. L"infernale puissance de la littérature à créer un univers ne va pas sans contrepartie. Il y a toujours un prix à payer".
       En fait, c"est un roman pour vous. Il traitera vos inquiétudes, fera partir votre douleur dorsale et vous aidera à travailler une perspective d"avenir plus saine. évidemment, si vous tombez malade à la fin du livre, il sera déjà trop tard pour vous aider.
       Lilli-Lapin est un héros très positif. C"est pourquoi vous devez octroyer des minutes précieuses de votre existence inestimable à la lecture de mon livre. Ainsi les efforts de vos professeurs ne seront pas vains. Votre professeur de français, une certaine Mme Besson, n"a pas dormi toute la nuit en passant en revue vos travaux. Vous êtes en effet la dernière génération qui peut lire ! Je ne veux pas dire des graffitis sur les murs, je parle d"un texte plus long qu"un P.V. invariable. Quoi qu"il en soit, Dieu a oublié de nous donner des instructions sur la façon dont nous sommes censés nous employer. Ainsi nous pouvons être excusés, au moins pour la lecture.
       Lilli-Lapin, ce pourrait être vous, mais sans cette vie de chien, le travail qui tue, le salaire misérable... le gruau brûlé, l"amour caoutchouc, la conscience d"argile, l"âme de guêtre, l"enfance malheureuse, les jouets en bois, le doigt dans le verre de jus dans le jardin d"enfants (de sorte que le voisin ne le boive pas !), les taches dans votre bloc-notes, la crème glacée tombée au trottoir, les claques des camarades de classe, les bateaux de Jules Verne qui ont largué les amarres sans vous, le mariage pathétique, ou la pression en certaines circonstances, jusqu"à fumer le tabac en sous-sol, mais non seulement..., les petits-enfants irrespectueux négligeant le vieux mort trop tôt, solitude dans la foule, et également, naturellement, la déception principale de votre vie entière (celle que vous choisirez) et autres ennuis insignifiants...
       Lilli-Lapin pourrait être vous si, naturellement, vous ajoutez à votre vie un plein godet les jours ensoleillés, de gruau de semoule avec de la confiture de framboise, une amitié avec un nounours, un certain bon sens, un certain sens de l"humour, une certaine satire pointue, un certain joyeux rire, un certain rire non restreint avec des mains se balançant et les pieds tapant sur le plancher : Ha ! Ha ! Ha !
      
      
      
      
      
       Chapitre premier
       Lilli-Lapin et ses chaussons
      
      
      
       Lilli-Lapin est célèbre pour ses chaussons bleus.
       Tout d"abord, Lilli-Lapin a rencontré son chausson droit. Ils ont fait un bout de route ensemble et Lilli-Lapin a écouté chanter le chausson. Lilli-Lapin a apprécié ce drôle de type et il lui a donné un biscuit qu"il gardait toujours dans sa poche, juste au cas où quelque chose comme cela se produirait. Ainsi, le chausson droit a suivi Lilli-Lapin jusqu"à sa maison et s"est rangé sous son lit.
       Le chausson droit avait un frère gauche. Cependant, ses vues étaient trop libérales au goût de son frère droit, ce qui le rendait infréquentable pour que ce dernier le présente à Lilli-Lapin.
       Lilli-Lapin vivait dans une petite ferme quelque part loin en province, et comme nous le savons, les vues de gauches n"y sont pas toujours très populaires, parce que "les Français aiment la révolution quand elle embrase Paris". Que le pain ou l"essence viennent à manquer en province, et le pays exige immédiatement le rétablissement de l"ordre"3. Pourtant, lors d"une partie de thé, il s"est avéré que Lilli-Lapin était indifférent à la politique puisqu"il a offert de la confiture de framboise à ceux placés à sa droite et ceux à sa gauche, sans discrimination et à parts égales. D"ailleurs, il a même envoyé de la confiture à un habitant indépendant de sa maison : Hamster De Mont-Cristo qui vivait au sous-sol près du four et qui ne s"est pas inquiété pour apparaître aux côtés de Lilli-Lapin pour le thé.
       Voyant une telle approche pluraliste de Lilli-Lapin, le chausson droit a trouvé le courage de lui présenter son frère gauche, et ce, malgré ses slogans gauchistes : " Distribuez la richesse à égalité pour tout le monde ! ", " Renversez le gouvernement ! ", " Réduisez le prix de l"essence ! ", " Arrêtez la lumière ! ", mais aussi, " Mort au réchauffement climatique ! "
       Par conséquent, le chausson gauche a été invité à rejoindre la partie de thé où il a eu grand plaisir à faire connaissance avec la joyeuse compagnie qui vivait dans la confortable maison de brique de Lilli-Lapin : Lilli-Ours, Lilli-Katie, Lilli-Jacob, deux chats (ils étaient assez gros, ou plus exactement, gros et jolis), deux perroquets tout à fait dotés de la parole, au vocabulaire très développé de deux ou trois mots, qui pouvaient parfaitement apprécier la liberté de parole, et Hamster De Mont-Cristo, qui a déjà été présenté à mon honorable lecteur.
       Hamster De Mont-Cristo, décida bientôt de quitter la maison de Lilli-Lapin, car il avait résolu la question la plus populaire de tous les comtes :
       "Comment survivre dans un monde moderne ?" de manière irresponsable, s"engageant dans des rapports aléatoires avec de nombreuses souris dans la maison de Lilli-Lapin.
       Très bientôt, résultat direct d"un tel comportement, Lilli-Lapin a commencé à prêter attention à l"aspect particulièrement inexplicable de la progéniture des souris mutantes avec les oreilles du hamster, mais des queues de souris tout à fait normales. Un tel impact sur le cours de l"évolution a particulièrement dérangé Hamster De Mont-Cristo, qui, de manière malheureuse, a placé lui-même le message suivant dans un journal local :
      
      
       Hamster De Mont-Cristo
       (plus mignon que la moyenne)
       cherche un nouvel appartement.
       N"acceptera aucune offre de souris mutantes.
       Et numéro de téléphone...
      
      
       Hamster De Mont-Cristo, avait une ligne téléphonique personnelle. Pour parler franchement, il était un hamster individualiste, mais il faut dire que les années de prison passées dans le cachot du château d"If l"avaient forcé à apprécier les joies de la solitude, et c"est pourquoi il avait demandé et obtenu une ligne téléphonique individuelle, comme tous les prisonniers VIP qui se respectent. Les prisons deviennent aujourd"hui des endroits bien confortables !...
       Je suis désolé, mais Hamster De Mont-Cristo ne m"a pas donné son consentement pour révéler ici son numéro, parce qu"il ne veut pas être dérangé pendant son hibernation hivernale qui commence habituellement mi-août, voire au plus tôt mi-juin. Évidemment, en cas d"extrême urgence, vous pouvez le trouver dans l"annuaire téléphonique sous son propre nom. Mais ne regardez pas sous la section "rongeurs". Vous ne pourrez obtenir satisfaction que sous la section : Les Comtes !
       Après l"acquisition de tels chaussons politiquement engagés, Lilli-Lapin a complètement cessé de montrer un quelconque intérêt à la politique.
       Il est souvent arrivé que le Lilli-Lapin tombe dans un profond sommeil tout en regardant la télévision, mettant ses pieds dans les chaussons, juste devant l"écran. Quand Lilli-Lapin piquait un petit somme, les chaussons écoutaient attentivement tous les commentaires politiques disponibles, et, tranquillement discutaient entre-eux du climat courant (le climat est très important, parce que si le climat change, certains politiciens éternuant et toussant pourraient avoir besoin de couvertures, pour couvrir leurs... des choses très importantes !). Parfois, les chaussons discutaient même des différents changements de systèmes politiques...
       Vous savez probablement que bon nombre de changements de systèmes ne sont pas toujours sains. Par exemple, les changements du système gastro-intestinal ou cardiovasculaire peuvent devenir assez mortels, parfois... Les changements diplomatiques des systèmes politiques peuvent être bons pour la démocratie elle-même, alors que des changements de fonctionnement des organes internes sont habituellement considérés comme des signes inquiétants... La démocratie entre les organes du corps peut mener à quelques conséquences indésirables si elle est trop détournée de son objectif. Par exemple, imaginez votre foie décidant d"accorder une voix de non-confiance contre votre tête... ou, -- excusez-moi pour les détails médicaux -- , votre rectum attaquant votre dignité... Désolé ? La dignité n"est pas un organe interne ? Parfois elle l"est !
       Mais des discussions entre les organes électifs est une bonne chose et le top des moyens démocratiques est mis sur le mouvement. La démocratie a besoin de plus d"activité physique, parce qu"autrement, elle engloutit toute la nourriture dans le réfrigérateur de la nation et devient obèse. Mais la démocratie ne devrait pas se déplacer trop rapidement, parce qu"elle n"est déjà pas très jeune, et la constitution sue si la démocratie appose trop de chauffage. Alors les tyrannies des mondes déclarent avec dégoût que la démocratie a obtenu une constitution en sueur.
       Que la démocratie fasse un contrôle promptement sur sa constitution et confirme honnêtement : oui, c"est assez humide... Mais réparable ! Garde à vous, tyrans sanglants ! Vous maintenez votre constitution sèche, et elle est entièrement rongée des racines par les taupes ! Puis les tyrannies et la démocratie sautent l"un sur l"autre et elles s"engagent dans un combat fratricide. Et le reste du monde bâille en observant tout ceci à la télévision. Les tyrannies et la démocratie oublient une vérité simple : [...] si l"on se bat, on peut être battu.4
       J"ai toujours soutenu la démocratie et l"autorité de la majorité dans la théorie. Bien que je n"aie jamais obtenu de réponse pratique, que devrait être fait si la majorité était faussée ou n"obtenait que des choses mauvaises ? J"ai probablement tort et la démocratie n"a jamais tourné dans le mauvais sens, ou si elle avait fait, il ne reste personne pour se souvenir de telles occurrences malheureuses. Je remarque toutefois qu"il y a tant d"exemples où la démocratie a tourné dans le mauvais sens, comme l"arrivée légale d"Hitler en tant que chancelier par des élections démocratiques... Je remarque aussi que la démocratie elle-même n"est pas la garantie d"une société juste. Les gens ne peuvent pas toujours l"oublier et idéaliser aveuglément la démocratie... Probablement, cela ne se produit jamais vraiment ou alors les gens essayent d"oublier de telles occurrences malheureuses. Peut-être la démocratie a-t-elle une certaine mission mystérieuse d"améliorer la nature humaine particulièrement sauvage et brutale, mais qu"elle obtient malheureusement que le plus mauvais côté de la foule. Enfin, il vaut mieux laisser tout cela de côté, parce que des questions insolubles, mieux vaut les oublier plutôt qu"essayer de les résoudre. Le problème principal avec la politique est celui-ci : " En politique... il n"y a pas d"hommes, mais des idées ; pas de sentiments, mais des intérêts ; en politique, on ne tue pas un homme : on supprime un obstacle.5 " et c"est vrai jusqu"à présent...
       Le seul problème des chaussons politiquement engagés est revenu à la surface quand Lilli-Lapin s"est réveillé pour aller aux toilettes. Il était très endormi et avait chaussé par erreur le chausson droit sur son pied gauche et le chausson gauche sur son pied droit. Cela a eu pour effet de changer leur orientation politique, presque instantanément. Cela se produit assez souvent dans la politique, mais c"était cependant extrêmement dur à supporter pour les chaussons parce qu"ils avaient maintenu quelques lambeaux de dignité, ce qui ne s"applique pas toujours aux politiciens. Dans ce cas de confusion, afin de rester un individu conforme à sa propre idéologie, le chausson gauche a argué du fait qu"il s"était trop éloigné de la gauche, qu"ainsi il s"était déporté vers la droite, alors que le chausson droit a essayé de se convaincre qu"il avait fait un énorme écart vers la gauche, et qu"il avait dû adopter une certaine tactique gauchiste...
       N"allumez pas le chauffage, mon très cher lecteur... C"est une vérité simple de la vraie vie politique, c"est ainsi. Changer de bord est juste un risque professionnel pris dans n"importe quelle carrière politique.
       Mais Lilli-Lapin dormait et ne prêtait pas attention à toutes ces acrobaties politiques. Il dormait aussi profondément que s"il s"était renversé dans son fauteuil. Ainsi, il s"est laissé diriger par ses chaussons jusqu"au sommet. C"était un vrai moment d"unité nationale !
       En se soutenant aussi haut, les deux chaussons avaient décidé d"élire Lilli-Lapin à la fonction de Président. Ils modulèrent leur vote de cette manière parce que, d"abord Lilli-Lapin avait également traité tout le monde avec l"histoire de la confiture de framboise, ce qui l"avait rendu très important, et ensuite, tous les autres jetaient leurs chaussons aux chats s"ils étaient devenus trop espiègles... Jamais un bon Président digne de ce nom ne pourrait faire une chose aussi détestable afin de rétablir l"ordre public !
       Vous savez, l"engouement excessif pourrait interférer le sommeil d"un saint... et c"est inacceptable ! Ne réveillez jamais la société quand elle dort. Cela peut avoir des conséquences très graves, particulièrement pour celui qui les réveille.
       Par ailleurs, Lilli-Lapin était propriétaire de la maison, et qui, si ce n"est pas le propriétaire, peut être élu Président ? Je veux dire, qu"il possède la maison, de toute façon !... Et c"est très important que la démocratie confirme de la manière la plus juste la vraie situation de la société en élisant celui qui régnerait de toute façon, même s"il n"était pas élu. Cela ajoute beaucoup plus de légitimité au gouvernement et incite donc les citoyens fidèles à se sentir mieux. N"est-ce pas la vérité dans une démocratie moderne ?
       Les chaussons n"ont pas informé Lilli-Lapin de leur décision, parce qu"ils avaient peur qu"il devienne nerveux et trop préoccupé avec sa nouvelle carrière politique. Les chaussons savaient qu"une telle préoccupation pouvait sérieusement endommager non seulement le ménage du politicien lui-même, mais aussi bien les ménages de beaucoup d"autres citoyens. Ni l"un, ni l"autre des chaussons, n"a informé quiconque dans la maison au sujet de Lilli-Lapin et de son élection. Bien que les autres habitants aient semblé ne pas s"inquiéter, il est juste que dans une société normale, la politique ne puisse pas sensiblement interférer l"issue d"un ménage.
       Les chaussons ont donc formé une coalition et ont commencé à prospecter contre les bottes d"hiver de Lilli-Lapin qui risquent de concurrencer les chaussons en décembre ou même dès la mi-novembre s"il venait à neiger trop tôt cette année.
      
      
      
      
       Chapitre 2
       Lilli-Lapin et Lilli-Ours
      
      
      
      
      
       L illi-Lapin a longtemps recherché un vrai ami, et finalement il l"a trouvé. C"était Lilli-Ours, une sorte d"ours jouet, mais bien plus instruit et poli.
      
       Vous pourriez dire que les ours jouet ne sont pas très bavards et tendent toujours à tomber sur le côté. C"est vrai. Ce Lilli-Ours également était toujours affalé d"un côté, essayant de s"ajuster lui-même sur les bancs, sofas, fauteuils ou, de manière plus générale, à tout ce qui permettait de s"étendre dessus avec un degré raisonnable de confort.
       On ne pourrait pas le déclarer "muet" ou "bavard". Les deux seraient faux. Parfois il gardait le silence, certes, mais soudain il se mettait à bavarder, et je suis témoin de Dieu, il n"était pas facile de le rendre muet ! À de tels moments, Lilli-Ours essayait de dire d"un seul trait tout ce qu"il avait en tête, à tel point qu"on aurait pu penser qu"il préparait un chorus de Lilli-Ours parleur...
       Jusqu"ici, la science conventionnelle n"a trouvé aucune explication raisonnable sur la possibilité qu"a Lilli-Ours d"émettre des bruits comme un chorus. Il est vrai que ce n"est pas le seul domaine dont la science conventionnelle éprouve certaines difficultés à expliquer les choses.
       Lilli-Ours parlait spécialement beaucoup s"il se plaçait sur quelque chose d"humide. Cela s"était produit plusieurs fois dans l"étang ou le bain et il devenait alors si bavard qu"il pouvait lier amitié avec n"importe qui autant qu"il le souhaitait. C"est pourquoi Lilli-Ours évitait d"employer toutes les serviettes après un bain, ne voulant pas perdre toutes ses possibilités à terminer une phrase qu"il aurait commencée en étant humide.
       Je dois dire que Lilli-Ours devenait encore plus terrible quand il se reposait sur quelque chose de froid, comme un banc légèrement recouvert de neige. Il pouvait alors aller même plus loin : écrire un vers sous forme de chanson, par exemple.
       Voici une des chansons que Lilli-Ours a écrite pour Lilli-Lapin avec de l"aide de tous les habitants de la maison :
      
      
       Nous aimons beaucoup notre lapin
       Et notre maison que nous possédons
       Parce que notre lapin nous traite avec le bouillon
       Et parfois il nous donne même du vin !
      
      
       Il travaille toujours dur, mais il n"est jamais fatigué,
       Et quand il travaille, c"est un plaisir à voir,
       C"est vrai, depuis que ce vieux monde s"est créé,
       Il n"y a pas pour lui de meilleur espoir !
      
      
       Marchez avec le courage vers un meilleur avenir
       Nous t"aimons et nous aimons tes chats
       C"est si important encore pour devenir
       Le meilleur lapin que le monde possédera.
      
      
       Lilli-Ours avait regardé sa poésie et pensé :
       " Je l"aime, mais si je puis utiliser l"anglais pour l"expression de mon amour à Lilli-Lapin, pourquoi ne l"emploierais-je pas ? "
       Bien que la langue française soit meilleure pour exprimer l"amour, de nos jours dans la province profonde, chacun doit parler anglais, parce qu"il y va ainsi, malheureusement, beaucoup d"habitants qui parlent anglais envahissent les petits villages français, et ils ne font aucun effort pour apprendre le français.
       Ainsi, quelqu"un doit trouver un compromis, et Lilli-Ours a pensé qu"il devait montrer l"exemple de la vraie hospitalité.
       Imaginez ce que vous allez dire quand nous devrons tous apprendre le chinois... J"ai déjà appris le chinois. Au moins deux expressions qui m"aideront à survivre. Je vois déjà que vous ne me croyez pas ! Eh bien, voici :
        []
       "Wo Yao Chi" signifie : "Je veux manger." Et puis "Wo Yao He" signifie : "Je veux boire." Je n"ai pas écrit la deuxième expression en Chinois, parce que je ne veux pas que mon livre soit considéré comme un dictionnaire.
       Savez-vous que la langue chinoise est peut-être même meilleure que le français pour exprimer l"amour ? Même si vous demandez de la nourriture en Chinois, cela ressemble bien à des chuchotements érotiques :
       "Wo Yao Chi..." -- Écoutez le bruit que cela exprime : y-a-a-a-o-o-o-o-o... avec les gémissements qu"aiment mugir les tigresses indolentes... Cela vous excite-t-il ? Bien, essayez encore, et vous y arriverez...
       Un de mes amis m"a indiqué qu"il savait dire "bonjour" et "au revoir" en chinois. Nous avons décidé d"agir ensemble au cas où le monde tournerait pour devenir bientôt chinois. Il sera mon "département des relations publiques". Il dira en chinois : "Bonjour", juste pour rendre la conversation plus polie, et je dirai que je veux boire et manger, et il dira : "au revoir". Je pense que c"est un excellent plan pour notre survie. Ne croyez-vous pas ? C"est beaucoup plus facile d"essayer de faire plus d"enfants que de les enseigner à travailler dur, comme seuls les Chinois savent le faire...
       Quoi qu"il en soit, notre Lilli-Ours n"a pas appris le chinois. (âme faible !). Mais il a appris l"anglais pour faire face à l"invasion, et puis il a également écrit une chanson pour Lilli-Lapin en anglais :
      
      
       We love Lilli-Bunny and both of his slippers
       And this nice household that we gladly possess
       Because Lilli-Bunny is the one who can feed us,
       Two parrots and armful of cats.
      
      
       He always works hard, but he never gets tired
       He shoots any trouble once and for all,
       You can"t find a person who"s equally kind
       Such goodness may save our world.
      
      
       Keep walking with courage in your furry slippers,
       And always with an armful of your stupid cats,
       We cannot express our love any deeper,
       We love you as much as it possibly gets!
      
      
       Lilli-Ours n"a pas tout à fait compris cette poésie, parce qu"il ne connaissait pas l"anglais. Oui, j"ai dit qu"il l"avait appris. Je n"ai pas dit qu"il le savait ! Apprendre et savoir sont deux choses très différentes... L"étude est le processus, et savoir est le résultat. Malgré tout, l"écriture réussie de cette chanson dans deux langues a encouragé Lilli-Ours, et il a même essayé de l"écrire à la Russe !
       Qui sait qui viendra bientôt dans nos villages ?... Peut-être les gentils types qu"on appelle les "Nouveaux Russes" -- Vous connaissez Balzac ? Vrai ?... Balzac a osé appeler de tels types : "Nouveaux-riches". Mais où est-il, Balzac, maintenant ?... Il ne faut pas les appeler de cette façon, mais plutôt : "Chers visiteurs". Ces chers visiteurs parlent russe à Paris comme ils parlent à Moscou. Ils pensent habituellement que s"ils parlent plus fort et plus lent le russe, il sera plus facile de les comprendre. Mais où est la vieille première vague de l"immigration russe ? Ah ! Nostalgie, nostalgie...
       Quoi qu"il en soit, Lilli-Ours a écrit une poésie en russe, juste pour aider Lilli-Lapin à préparer une telle invasion somme toute assez plaisante. Il est si éducatif d"habiter en France de nos jours ! Vous n"avez pas besoin de voyager de part le monde pour voir des personnes des coins les plus éloignés de la Terre, puisqu"ils sont tous ici ! Vous pouvez économiser votre argent sur les billets expansibles et les excursions. Et vous pouvez même cesser de craindre d"être victime d"une attaque terroriste en plein ciel. Ils sont tous ici aussi ! Qu"est-ce que je disais ? Hein ?... Ah oui ! Voulez-vous écouter la chanson russe ? La voici :
      
      
       На свете есть Маськин в голубеньких тапках,
       У Маськина много есть разных хлопот,
       То кошек своих он таскает в охапках,
       А то вдруг всем варит он вкусный компот.
      
      
       Среди непонятностей внешнего мира
       Наш Маськин понятен и нужен всегда,
       Чтоб милые тапки ходили красиво,
       Весь мир наш спасает его красота.
      
      
       Шагайте же дружно, пушистые тапки,
       Хватайтесь в охапки, дурные коты!
       Мы Маськина любим свово без оглядки,
       Ни дня не прожить без его доброты.
      
      
       И может, звучим мы, как три подхалима,
       И может, мы слишком хотим подхалить,
       Однако наш Маськин, откуда вестимо,
       Даёт нам прекрасно и весело жить.
      
      
       -- "Eh, bien." dit Lilli-Ours.
       Il disait toujours "Eh bien !" à tout bout de champ juste pour un meilleur ressenti. Mais il n"a pas dit "Eh bien !" comme d"habitude, avec une marque d"exclamation, comme aurait fait n"importe qui ; il l"a dit avec un point final, voulant se montrer ainsi plus convaincant.
       Quand Lilli-Ours lisait chacune des trois poésies aux habitants de la Lilli-Maison, ils faisaient quelques pâles efforts pour commencer à l"applaudir, mais ces efforts étaient trop désespérés pour persister. Il est vrai que les habitants de la Lilli-Maison n"ont pas appris beaucoup de langues. Mais Lilli-Lapin a applaudi fort avec ses mains et a embrassé Lilli-Ours, car il aimait son ami. Seul un vrai ami peut vous écrire une poésie dans trois langues qu"il ne connaît pas tout à fait.
       La vérité, c"est qu"il n"est pas obligatoire de savoir une langue afin de l"employer. Il y a tant d"autres manières de s"exprimer, sans utiliser n"importe quelle langue pour tel ou tel but. D"ailleurs Lilli-Ours connaissait tant d"autres manières pour s"exprimer : en riant, en battant, en toussant, en éternuant, en bâillant et même en pétant ! Oh, je suis désolé, je n"étais pas censé dire cela, mais c"est trop tard.
       Le chausson gauche de Lilli-Lapin regardait au-dessus de mon épaule ce que j"étais en train d"écrire et quand il a vu ce mot, il est devenu fou et a proclamé un nouveau slogan : " Liberté de Pet ! Liberté de Pet ! " et je n"ai rien pu faire afin de l"arrêter...
       -- Oh mon Dieu, mon bon Dieu... Comment ai-je pu employer un mot si vulgaire dans ma noble écriture !
       Bien, nous avons toujours l"espoir que l"éditeur supprimera le passage entier. Vous savez, supprimer est une sorte d"action beaucoup plus créatrice que l"écriture, puisque quand vous écrivez, vous n"avez pas beaucoup de choix : ce qui est à écrire doit être écrit ! Vous êtes juste le correspondant de votre cœur, exactement comme Lilli-Ours. Mais, quand quelqu"un a la faculté de supprimer... Oh ! C"est une puissance démoniaque ! On peut dire que supprimer est plus influent même, que l"écriture. Ainsi, si vous pouvez lire encore tout ceci, blâmez l"éditeur, pas moi !
       Après tous ces efforts linguistiques du côté de Lilli-Ours, comment Lilli-Lapin ne pourrait-il pas se considérer comme son meilleur ami ? Il a même donné un présent à Lilli-Ours : un petit anneau mignon avec une inscription à intérieur: "pour l"amour et l"amitié". Lilli-Ours était si heureux, qu"il a enfoncé deux bâtons à terre dans son arrière-cour et il a commencé à jeter l"anneau en essayant de baguer le bâton.
       Il a marqué un bâton : "LA-MUR" et sur l"autre "LA-MITIE". (Lilli-Ours utilisait en effet cette façon pour orthographier les mots "l"amour" et "l"amitié"). Il faut avouer qu"il était descendant direct de l"honorable Winnie-the-Poo, et comme tous ses descendants, il souffrait de légères difficultés dans l"orthographe.
       J"ai souvent cru que l"orthographe allait s"éteindre par la prochaine génération, mais des ordinateurs l"ont sauvée avec leur option "contrôle orthographique". Désormais, nous n"avons même plus besoin de nous rappeler l"orthographe exacte des mots, même simples, afin être considérés comme des personnes instruites.
       Rabelais n"a pas eu un tel de luxe... Âme faible ! C"est probablement pourquoi ses textes originaux ressemblent à l"écriture d"un bambin de six ans. Depuis que l"ordinateur sait examiner mon orthographe pour m"assurer, je suis devenu un grand défenseur de l"orthographe conventionnelle pour la langue française !...
       Pouvez-vous imaginer, après la génération des éruptions du professeur et les claques, combien de mots français continuent leurs lettres sanglantes ? Avec regrets, maintenant, les professeurs ne battent plus leurs étudiants, (Ils ont trouvé des moyens plus raffinés pour humilier leurs étudiants. Nous devons admettre que ceci constitue un progrès substantiel dans le système éducatif) mais cela ne rend pas l"orthographe moins sanglante. Ils ont abrogé aux jeunes semelles le droit d"instruire... Mais l"anglais n"est pas meilleur !
       Heureusement, le français n"a pas trop acquis de racines allemandes comme pour l"anglais... Mais avec les racines latines, nous avons aussi la possibilité de nous amuser beaucoup. Qui sait, peut-être les racines historiques de l"orthographe allemande en anglais ont causé bien plus de dommages que la machine militaire allemande.
       Lilli-Ours a ainsi suivi Lilli-Lapin et essayé de s"adapter là où il est possible de s"étendre. Lilli-Lapin à indiqué à Lilli-Ours :
       -- Vous vous étendez trop longtemps, ou vous vous reposez trop souvent.
       Lilli-Ours n"a pas discuté, ce qui signifiait qu"il était d"accord et que cela convenait pour trouver le point d"entendement.
       Lilli-Lapin et Lilli-Ours adoraient les crêpes cuites au four, et qu"ils dévoraient en bas sur un petit cosy. Quand les crêpes étaient prêtes, Lilli-Ours commençait toujours à philosopher, c"est pourquoi cette sorte de philosophie a été promptement mise en valeur par des spécialistes : "Philosophie de cuisine de Lilli-Ours".
      
      
       La philosophie de cuisine de Lilli-Ours
      
  •    Les crêpes sont meilleures
       que les brioches.
      
  •    Les crêpes sont meilleures
       que les brioches, particulièrement parce que j"ai mangé
       toutes les brioches hier, et que je mange les crêpes
       aujourd"hui.
      
  •    Si je mange des gaufres cela
       signifie qu"elles existent. Est-ce qu"autrement je
       mangerais maintenant ? Et ce que Rêne Decartes m"indique
       n"est pas important ! " Je pense, donc je
       suis " -- Pas vrai. Les gaufres ne doivent pas
       penser afin d"exister !
      
  •    Nietzsche est un idiot.
      
      
       Voilà.
      
      
       Une fois, Jean-Paul Sartre écrivait même à une lettre à Lilli-Ours concernant son troisième paragraphe de la "Philosophie de cuisine de Lilli-Ours" :
      
      
       " Mon cher Lilli-Ours,
       Ma pensée, c"est moi. Voilà pourquoi je ne peux pas m"arrêter. J"existe par ce que je pense... et je ne peux pas m"empêcher de penser. En ce moment même -- c"est affreux -- , si j"existe, c"est parce que j"ai horreur d"exister. C"est moi qui me tire du néant auquel j"aspire : la haine et le dégoût d"exister sont autant de manières de me faire exister, de m"enfoncer dans l"existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir là devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l"immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. (...)"
      
      
       Lilli-Ours a répondu promptement :
       -- "Eh, bien."
       Et Jean-Paul Sartre s"est senti mieux.
      
      
       Naturellement, Lilli-Ours a eu autrefois quelques pensées fraîches particulièrement s"il s"était donné du gruau de semoule avec la confiture framboise, mais ses pensées fraîches étaient si simples que Lilli-Ours les a écrites directement avec la cuillère sur le gruau. Malheureusement, le gruau n"est pas une matière très fiable pour préserver des idées éternelles. Ainsi, l"humanité doit accepter le fait qu"elle soit destinée à être satisfaite par les quatre lignes soutenues de Lilli-Ours : la philosophie de cuisine que nous avons déjà présentée avec respect.
      
      
      
      
       Chapitre 3
       Lilli-Lapin et Lilli-Katie
      
      
      
       C"était Lilli-Katie qui avait appelé Lilli-Lapin par un tel nom. Avant cela, Lilli-Lapin était juste un lapin ordinaire sans fonction spéciale en ce bas monde. Désormais, nous savons que la fonction principale de Lilli-Lapin était de trouver la meilleure manière de vivre une vie heureuse. Mais alors que Lilli-Lapin était encore un lapin ordinaire -- fonction obscure et indéfinie... -- il a commencé par discuter :
       -- Je ne suis pas Lilli-Lapin !
       Mais Lilli-Katie a ignoré ses objections et elle a continué à appeler ainsi :
       -- Lilli-Lapin, lui demandait Lilli-Katie, allons faire des emplettes ensemble !
       Ou encore :
       -- Où est-il, Lilli-Lapin ?
       -- Lilli-Lapin, laisse-moi dessiner avec toi !
       Par la suite, Lilli-Lapin a accepté ce nom mignon. Il a cessé de maugréer puis a jugé philosophiquement :
       " Bien, je suis Lilli-Lapin. Mais qui ne l"est pas ? "
       Alors il a regardé son miroir et a remarqué avec soulagement et satisfaction :
       " Tout le monde est un Lilli-Lapin ! "
       Si vous ne croyez pas cela, regardez-vous dans un miroir et vous verrez que parfois vous êtes juste un petit Lilli-Lapin mignon, et qu"importe ce que vous faites dans votre vraie vie officielle...
       Lilli-Katie et Lilli-Lapin étaient des amis. Lilli-Katie a même trouvé ses chaussons drôles, mais il faut avouer que ces deux chaussons étaient politiquement illettrés.
       Lilli-Katie aimait passer avec Lilli-Lapin une certaine heure de qualité. Ils prenaient ce frais petit morceau de "Temps" et le traitaient en haute estime. Ainsi le "Temps" n"a-t-il pas voulu partir et il est finalement resté pour boire le thé.
       Lilli-Katie était très instruite et elle faisait tout mieux que les autres. Elle a même fait cuire des repas parfaitement délicieux tandis que Lilli-Lapin était occupé à former et à instruire ses chats.
       Former les chats de manière scientifique et philosophique lui a pris beaucoup d"heures, parce qu"il était nécessaire d"attendre jusqu"à ce qu"ils soient réveillés. Il faut dire qu"ils avaient dormi la majeure partie du temps, pour ne pas dire presque toujours, quand, naturellement, ils n"étaient pas occupés à prendre des bains de poussière dans l"arrière-cour. " La raison de cela, avait conclu, Lilli-Lapin c"est qu"ils combattaient les puces. " Les puces s"attachaient par des dents à la peau du chat, et quand les chats se baignaient dans la poussière, le nez des puces était rempli de poussière ce qui provoquait des éternuements draconiens, et cela les faisait tomber. C"est pourquoi ils étaient très propres, quoique les chats de Lilli-Lapin furent à l"origine de "basses classe". Non, je n"ai pas dit qu"ils étaient des chats d"ordures. J"ai dit "basse classe". Bien, si vous exigez la vérité, ils possédaient un certain fond de chat d"ordures sur leur pedigree, mais cela est oublié, et il n"y a aucun mal, ni rien d"humiliant, à être un chat de classe d"ordures.
       Si vous avez un chat d"ordures propre et l"alimentez correctement, il sera encore meilleur, plus heureux et plus sain que n"importe quel chat aristocratique, ou chat juste de classe moyenne ; ce qui, de nos jours, est beaucoup plus pauvre que supposé pour être affilié à la "bourgeoisie".
       Vous devez aimer des chats d"ordures. Ils sont la source véritable de l"hégémonie pour toutes les réformes progressistes ! Ils sont également le seul espoir pour un futur sans-nucléaire. Vous n"êtes pas d"accord ? Bien. Veuillez lever les mains ceux qui n"ont jamais vu un chat d"ordures avec une bombe nucléaire dans des ses pattes... Maintenant, convenez-vous que j"ai raison ? (si les chats d"ordures mettent leurs pattes sur la bombe nucléaire, il n"y aura personne pour poser des questions stupides, ni pour y répondre de toute façon !...)
       Quand Lilli-Lapin s"est occupé à instruire ses chats, il a dû dormir beaucoup, car il a dû attendre de toute façon qu"ils soient réveillés. Pendant ce temps, Lilli-Katie contrôlait son ménage. Parfois cela prenait beaucoup de temps, car quand Lilli-Lapin était éveillé, les chats dormaient, et quand les chats étaient éveillés, Lilli-Lapin dormait. Un vrai cercle infernal et interminable !
       C"est exactement la même situation que nous avons dans notre société : Quand les Meilleures Personnes de la Nation sont éveillées, la société dort. Les meilleures personnes de la nation ne veulent pas réveiller la société, parce que, comme nous le disions, il peut y avoir des conséquences tout à fait inquiétantes. Ainsi, les meilleures personnes de la nation ne savent pas quoi faire d"elles-mêmes alors elles prennent un joint. Par la suite, elles tombent dans un profond sommeil ! Alors la société se réveille et trouve que les meilleures personnes de la nation dorment, et alors la société reprend encore un joint, parce qu"elle ne peut vraiment rien faire sans meilleures personnes de la nation pour les mener à un meilleur futur. La société ne veut pas réveiller les meilleures personnes de la nation, parce qu"elle sait que lorsqu"ils sont éveillés, ils sont en désaccord avec les valeurs courantes de la société, et elle veut en finir avec quelques légers dérangements, comme une guerre civile, par exemple... Ainsi, la société couvre leurs pieds de couvertures chaudes et dépose même un oreiller sur leurs visages. Pas pour les faire suffoquer, non, juste afin de les empêcher de se réveiller subitement, alors que la société n"y est pas du tout disposée.
       La société finit alors le joint qu"elle a pris des mains froides des meilleures personnes de la nation et elle tombe ainsi, assommée, à son tour endormie... Les meilleures personnes parviennent ensuite, d"une façon ou d"une autre à enlever l"oreiller de leurs visages et à se réveiller... et ainsi de suite, indéfiniment... En rond !
       Bien, ce qui circule passe autour. Les meilleures personnes de la nation ne réussissent jamais réellement à rencontrer en personne leur société... Le joint rend les deux un peu "hippies" et moins ambitieuses avec le temps...
       Vous pourriez vous demander de quelle société je parle ? N"importe laquelle ! Elles sont toutes identiques. Vous pourriez vous insurger : et que diriez-vous de la Chine ? Ils sont en activité, très ambitieux ! Oh, c"est parce qu"ils sont les antipodes et l"anti-joint. Évidemment, l"anti-joint rend des personnes moins "hippies" et plus ambitieuses.
       Je dois admettre que je n"ai jamais essayé de fumer un joint. Parce que probablement je ne suis la meilleure personne d"aucune nation, et que je remplis comme une vraie partie n"importe quelle société...
      
      
       Lilli-Katie était très belle et aimable. Elle allait pêcher, dessinait des natures mortes avec des fruits (c"est très économique de dessiner des natures mortes avec des fruits. Vous achetez des pommes et dessinez juste autour, ainsi vous obtenez un groupe entier de pommes sur l"image. Vous devez juste vous assurer que Lilli-Ours ne mangera pas les pommes par erreur avant que vous ne les ayez dessinées au moins une fois).
       Lilli-Katie s"assurait également qu"il n"y avait aucune sorte de querelle dans la maison. Parfois, tout le monde s"asseyait autour de la table pour prendre le thé :
       -- Comment ça va ? a demandé un jour Lilli-Ours à Lilli-Katie.
       -- Comment ça va ? s"est insurgée Lilli-Katie avant d"éclater en sanglots.
       -- Que se passe-t-il ? s"est inquiété Lilli-Ours.
       -- Voici, il a encore tout recommencé !
       -- Qui a recommencé quoi ?
       Tout le monde et rien ! a répondu Lilli-Katie.
       -- "Eh, Bien." a répliqué Lilli-Ours.
       Oui, "Eh, Bien" avec un point final, et Lilli-Katie s"est aussitôt calmée, répondant d"une une voix extrêmement calme :
       -- Tu demandes comment ça va ? ça va bien, merci.
       Lilli-Katie a beaucoup d"ombres comme amies. Elles se dégagent, vont et viennent mais ne prennent jamais leur chapeau. Elles rejoignent juste la table pour le dîner. Lilli-Lapin observe étroitement si elles sont bonnes ou mauvaises. Ensuite, Lilli-Ours leur déclare sa philosophie de cuisine, et essaye de les enseigner à dire "Eh, Bien." Avec un point final. Mais habituellement elles ne lui donnent pas satisfaction, et indiquent l"un ou l"autre : "Eh Bien ?" ou "Eh, Bien..." Si Lilli-Lapin découvre qu"elles sont plus mauvaises que bonnes, il ne leur donne plus de confiture, parce que la confiture monte habituellement à la tête, et tout ce qui est bon ou mauvais vient de la cette partie du corps, même si vous pensez que cela vient d"une autre partie.
       Les amies de Lilli-Katie n"ont pas pris de chapeau parce qu"il les aide à trouver leur tête. Et la tête est une partie très importante du corps que nous pouvons employer ; par exemple, pour manger, ou éternuer...
       Quand Lilli-Lapin essaye d"enlever leur chapeau, elles ne se laissent pas faire, cela cause beaucoup de confusion qui s"ajoute à leur ombre, naturellement...
       Par la suite, elles disent : "Eh, Bien." d"une bonne manière, et elles sont alors de nouveau bienvenues dans la maison.
      
      
      
      
       Chapitre 4
       Lilli-Lapin et Lilli-Jacob
      
      
      
       Lilli-Jacob était un gentil garçon qui ressemblait à un petit ours, plus petit encore que Lilli-Ours. Il possédait beaucoup de choses uniques : des jumelles, des petites cloches mignonnes, des serrures, des boulons, des horloges de sable et même, un thermomètre de sable.
       Oui, un thermomètre de sable !
       Lilli-Ours l"avait fait pour lui et le lui avait donné comme cadeau d"anniversaire. Cela fonctionnait de la manière suivante : si le sable était chaud -- > ainsi le temps était chaud ; et si le sable était froid -- > cela signifiait que le temps était froid. Cet appareil sophistiqué n"avait aucun pouvoir d"anticipation, mais c"était déjà très bien. Il possédait également un petit "générateur fâché de visage portatif", mais il l"a vendu. Il n"était pas très futé dans les affaires, parce qu"il l"a vendu à un prix très bas, et maintenant les visages fâchés font l"objet d"une demande élevée. Mais l"avantage était qu"il ne pouvait plus faire des visages fâchés...
       Il se sentait pourtant encouragé par ce premier pseudo-succès commercial, car en vendant son fameux générateur, il estimait avoir fait des bénéfices. Lilli-Jacob décida donc de mettre sur pied sa propre compagnie. Il l"appela : "La Compagnie des Cerveaux".
       Chaque fois que Lilli-Jacob avait un problème à résoudre, cette Compagnie des Cerveaux grimpait en activé et quelques petits garçons futés émergeaient de ses dispositifs intellectuels en demandant :
       -- Quel est le problème ?
       Et ces micros-Lilli-Jacob résolvaient tous les problèmes !
       Lilli-Jacob aimait être une personne juste, et il s"assurait qu"il n"y avait aucune injustice dans la Lilli-Maison. C"est pourquoi il a toujours vérifié que les chats obtenaient assez de nourriture et dans des parts égales. Ainsi les chats devenaient gros, ressemblaient à des barils et encore plus quand ils étaient endormis. Un jour, il a donné à un chat un casse-croûte, mais il s"est aussitôt rendu compte qu"il était injuste de ne pas donner le même casse-croûte à l"autre chat. Mais quand il l"a donné au deuxième chat, il a estimé que le premier chat avait obtenu moins... Il a continué à nourrir les chats jusqu"à ce que le sac de casse-croûtes fut à moitié-vide. Il a alors activé sa "Compagnie des Cerveaux" ; les petits garçons ont sauté et déclaré :
       -- Il n"y a rien à penser, il faut nourrir les chats jusqu"à ce que le sac soit vide.
      
      
       Le chausson droit de Lilli-Lapin regarda au-dessus de mon épaule ce que j"étais en train d"écrire et dit :
       -- N"est-ce pas ce que nous avons avec nos services sociaux ? Ils essayent avec acharnement d"être aussi justes que possible, et ils finissent par vider les sacs... N"ont-ils pourtant pas un système de pensées plus avantageux que celui de la "Compagnie des Cerveaux" de Lilli-Jacob ?
       -- Tu as raison, ai-je répondu. Regarde ce qui se passe avec la société moderne :
       L"appareillage contemporain du gouvernement, encombrant et inefficace, dépense pour lui-même une part énorme du budget basée sur l"ensemble des impôts. L"état n"aime pas dévoiler combien il dépense pour ses infrastructures et son fonctionnement. Bon nombre d"officiels cachent régulièrement leurs dernières dépenses sous le titre obscur de : Autres dépenses. Puisque l"état ne subit pratiquement pas la concurrence qui existe dans le monde des affaires, il n"y a aucun mécanisme efficace externe qui le forcerait à réexaminer les concepts principaux de la vie de la société et il perdure dans ses pratiques.
       D"abord, peut-être est-il nécessaire que la majorité des travaux de l"état soit transférée aux sociétés privées par des commandes rigoureuses et sur une base concurrentielle. Ceci permettra d"exposer les fonctionnements de l"état à l"influence positive de la concurrence. Cela accentuera l"efficacité, réduira les coûts des services et des systèmes pour lesquels l"état porte la responsabilité actuelle. Cette pratique existe, mais elle est insuffisamment adoptée.
       Deuxièmement, les concepts mêmes de la vie économique de la société devraient être réexaminés. Par exemple : l"imposition. Quelle partie de son revenu le représentant actif de la moyenne classe contribue-t-il à l"état sous forme d"impôts, y compris les impôts locaux sur l"immobilier et l"impôt sur la valeur ajoutée (qui habituellement est simplement ajoutée au prix des marchandises, des services et l"essence, payé par les consommateurs) ? Cela semble incroyable, mais c"est malheureusement vrai. En France, la TVA est à 19.60% ; en Norvège, cet impôt (Merverdiavgift) est à 25% ; en Israël (ma"am) il est à 17-18% ; au Canada à 15% (impôt d"Ontario -- 8% pour les marchandises et impôt de services (GST) -- 7%). Les impôts sont aussi élevés aux États-Unis et ces impôts sont additionnels à tous autres impôts ! L"impôt total dans beaucoup de pays excède 50%, et dans certains, il atteint 60 à 70%.
       Une question légitime se pose : pourquoi exactement, l"impôt total doit-il constituer 60% du budget des ménages, et non 80% ? Ou pourquoi pas 100% ? Certes, l"impôt est nécessaire mais quand on sait que sur chaque euro gagné, vous renvoyez un 1,20 euro à l"état, 120% ! juste pour ses privilèges ! il est légitime de penser que c"est exagéré.
       Et pourtant, le peuple est toujours disposé à travailler et à rester silencieux ! Mais cela ne durera pas. Un jour, il se lèvera pour demander haut et fort des comptes au sujet des grandes promesses, comme la réduction d"impôt et alors nous devrions tous applaudir, puis élire d"autres réformateurs qui iront encore plus loin. Le problème se situe dans le fait que l"état oublie dans beaucoup de cas, que l"impôt a été créé par ses sujets pour entretenir les intérêts des sujets eux-mêmes.
       Après nous être tournés vers Rousseau, nous avons lu :
       "Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout."6
       Pourquoi ne serions-nous pas en droit de recevoir en retour de l"état, la réalisation de nos désirs communs et la protection de nos intérêts ? Malheureusement, nous voyons bien que tout cela n"est pas réalisé dans la pratique.
       Je ne pense pas qu"il puisse y avoir n"importe quelle conspiration des gens contre l"état. Il faudrait juste une réorganisation plus efficace du système.
       Les ordinateurs qui sont relativement nouveaux dans ce monde pourraient rendre la plupart des systèmes beaucoup plus efficaces, mais nous les employons le plus souvent comme des machines d"impression ou de jeux, plutôt qu"en associés intelligents.
       D"ailleurs, l"état a pris sur lui-même la responsabilité du bien-être social, décalant cette responsabilité sur l"employeur, le forçant à octroyer des salaires plus élevés, dont la grande partie sert tout naturellement à payer plus d"impôts. Le salaire, lui, reste figé, les maigres augmentations sont bouffées par des taxes sociales additionnelles. Par conséquent, cela rend la main-d"œuvre expansive, et donc les produits et les services plus expansibles à leur tour. La majeure partie de la population qui paye des impôts élevés dégringole inexorablement dans l"enfer de l"endettement, surtout quand elle paye des taux de 18-22% sur les cartes de crédit.
       Où part tout cet argent que l"état recueille ? La dépense principale est la contribution du gouvernement à la création des places de travail afin de combattre le chômage, parce que l"on accepte généralement que dans une société moderne, toutes les personnes en bonne santé doivent travailler. Certes ! Pourtant ceci devrait être réexaminé plus attentivement. Dans un état moderne, ou plus exactement dans un état progressiste, il peut être plus utile à chaque personne de travailler suivant les définitions de la société moderne, et non suivant les préceptes de vieilles approches. Quand la création des places de travail est un critère principal pour l"évaluation de l"activité réussie du gouvernement, la majorité des emplois créés ne produit rien productif ! Cependant, la création des places de travail exige d"énormes dépenses. Ne serait-il pas meilleur marché, par exemple, de laisser les femmes, si elles le souhaitent, à la maison pour prendre soin de leurs enfants, comme dans les vieux jours, mais de les rétribuer efficacement pour ce travail dur et fastidieux ? Certes, cela fera quelques impôts de plus, mais ce n"est pas le gouvernement qui s"en plaindra !
       Les ordinateurs modernes et les systèmes robotiques sont capables d"accomplir la plupart des tâches et bien plus efficacement que les humains. Peut-être l"argent devrait-il être dépensé sur le développement de ces systèmes ?... Confiant ainsi bon nombre de gens à leur famille pour élever leurs enfants, désengorgeant du même coup les grandes villes.
       Vous pensez que les gens ainsi astreints dans leur maison mourront d"ennui... Mais croyez-vous qu"effectuer des travaux durs et pas très efficaces, huit heures par jour (comme la régulation du trafic avec la construction d"une nouvelle route), c"est plus amusant ? Cependant, selon l"opinion d"un état moderne, une telle personne est à sa place.
       L"état est moins critiqué pour des projets inefficaces où il peut employer des milliers de personnes, que pour des taux de chômage élevés... Ainsi, l"état essaye difficilement de créer des emplois, alors que probablement nous devrions juste mettre à jour l"efficacité de nos systèmes en ce qui concerne une nouvelle ère d"intelligence artificielle...
      
      
       Désolé, j"ai oublié que j"écrivais une histoire drôle... je me suis assoupi sur les délires du chausson droit de Lilli-Lapin, le laissant user de ce temps de parole qui vous est si précieux. Il est si ennuyeux !... Revenons donc à nos moutons, enfin, oursons, lapins, chats, ou tout ce que vous voudrez...
      
      
       Lilli-Jacob a toujours souhaité être roi et avoir beaucoup d"argent, même si cela va rarement ensemble de nos jours (sic !). Une fois qu"il se proclama un roi, il manqua presque aussitôt de fonds et il dut, avec respect pour ses sujets, se contenter d"une couronne en papier.
       Il ne resta pas roi bien longtemps. Vous savez qu"il est triste que les rois disparaissent... Naturellement je ne suis pas un défenseur de la monarchie absolue, mais au moins nous avons eu un chef couronné intéressant à imprimer sur nos timbres ! Bien sûr, cela n"affecta pas les principes notre état, et il n"a pas beaucoup changé depuis les temps de Rousseau...
      
      
      
      
       Chapitre 5
       Lilli-Lapin et ses chats
      
      
      
       Lilli-Lapin adorait tous les genres d"animaux : grands et petits, gros et maigres, à fourrure ou nus comme des vers à soie... Il était toujours facile d"amuser Lilli-Lapin en lui contant une histoire au sujet des animaux. C"est pourquoi délibérément, Lilli-Ours venait à la cuisine et lui lisait ses journaux illustrés sur le sujet. Il racontait comment on attrapait les œufs des oiseaux, comment les baleines soufflaient ou comment les éléphants prenaient leur bain... Lilli-Lapin se retrouvait alors quelquefois le cul par terre à rire aux éclats, complètement hors jeu, incapable de cuisiner quoi que ce soit. Pourtant, Lilli-Lapin adorait toutes ces histoires, c"est pourquoi un jour, Lilli-Lapin a émis l"idée d"avoir un animal de compagnie. À ce moment-là, il n"y avait aucun animal de compagnie dans la Lilli-Maison, et il rêvait d"obtenir une vache, un cheval et des porcelets, puis des chiens, des moutons et beaucoup d"autres animaux... Mais Lilli-Ours ne voulait pas partager Lilli-Lapin avec n"importe qui, ainsi très vite, il en eut assez de ces envies extravagantes d"animaux de compagnie. Lilli-Lapin fut extrêmement peiné de ne point pouvoir obtenir tous les animaux de compagnie ou de ferme qu"il souhaitait, ainsi il se mit presque à pleurer et Lilli-Ours céda immédiatement, et accepta de garder un chat à la maison.
       Nous ne nous rendons pas compte à quel point les animaux sont importants dans nos vies. Regardez ce qu"a dit Alain Delon :
       -- Pour moi, un chien ou un chat, c"est comme un enfant handicapé. Il a toutes les qualités de l"homme, moins les défauts : l"intelligence, la perception, mais il s"exprime avec des moyens réduits, et il meurt à 10 ans... Mon chat Poupouss, avec ses trois pattes, grimpe sur les draps et se colle à ma hanche. Je pose ma main sur lui, il commence à ronronner, et alors... alors là, je suis bien... je pourrais mourir !7
      
      
       " Cher Alain Delon, vous auriez pu être un grand poète. Vous auriez pu devenir tout ce que vous auriez voulu... "
      
      
       Le petit chaton obtenu par Lilli-Lapin avait une fourrure dorée, alors ils l"ont appelé Chat d"Or. Lilli-Ours a de suite aimé ce chat, et a commencé à jouer avec lui, à l"entretenir, puis il a aidé Lilli-Lapin à l"instruire.
       En fait, l"occasion de devenir ami avec les chats existe bien, mais seulement quand ils sont petits : encore espiègles et actifs, ils sautent et expriment une activité élevée. Seulement, après avoir grandi, Chat d"Or a découvert sa vraie nature. Il est descendu dans ses pensées philosophiques, et, pouvant rarement les partager, il a dépensé son temps dans le sommeil, dans différentes poses. Généralement, ce métier est appelé : le tourisme somnolent ou le sommeil du touriste. Pendant le jour, il était possible de rencontrer le Chat d"Or dormant sur toutes les tables, sur toutes les chaises, sur tous les lits, sur tous les fauteuils... à vrai dire, il n"y a rien de tel comme endroit pour faire du tourisme exotique, que la couverture du panier du piano et de blanchisserie avec des draps propres.
       Lilli-Lapin étudiait comment Chat d"Or changeait d"endroit pour sommeiller durant vingt-quatre heures. Le jeune pousse a commencé par déplacer timidement sa tête en direction du soleil qui dessinait de bon matin une auréole sur le plancher et l"a suivie dans la chambre à coucher, puis il est passé avec elle dans le couloir, dans une autre pièce et ainsi de suite...
       Après ses recherches encyclopédiques, Lilli-Ours a indiqué que le besoin de soleil de Chat d"Or était provoqué par le processus de la chatosynthèse, raison pour laquelle beaucoup de chats sont constamment occupés. Seulement, si en raison de la photosynthèse les aliments et l"oxygène sont formés, chose utile pour notre entourage, la chatosynthèse ne procurait rien d"autre que le déplacement des chats.
       Vous demanderez pourtant quelle est la véritable raison qui a poussé la nature à créer cette chatosynthèse ? C"est simple, la chatosynthèse est un bon processus. Imaginez... Imaginez que vous chatosynthésez... C"est fait ?... Vous ondulez de la queue... vous courbez le dos, vous vous étirez... et vous changez de place ! C"est bon, n"est-ce pas ?
       Les pensées philosophiques de Chat d"Or tournent toujours autour d"elles-mêmes. Elles commencent en profondeur, planent un long moment en air, puis elles s"allongent, se prolongent et passent dans des rêves pas moins philosophiques. Cependant, en dépit de ce fait, personne dans la Lilli-Maison n"a pu noter la pensée du chat. Personne ne serait d"ailleurs capable de les déchiffrer. Malgré tout, dans la maison, chacun a considéré que Chat d"Or était le plus sage ; et même Lilli-Ours, en tant que grand poète et philosophe, considérait Chat d"Or comme son professeur.
       Les jours passaient. C"étaient des jours d"or pour Chat d"Or. Personne ne l"avait poussé à se mélanger avec d"autres chats, personne ne l"avait appelé : "chat idiot". Mais tout a été chamboulé quand un nouveau chat est apparu dans la maison. Son nom était : Basia, une chatte ! Elle était en opposition complète avec Chat d"Or. Elle était véritablement stupide, étourdie, tatillonne, importune et non équilibrée. Elle sautait partout comme une véritable imbécile et cherchait toujours à mordre Chat d"Or à la tête, au derrière, aux pattes et à la queue. Chat d"Or a presque été hospitalisé avec le terrible diagnostic des "dommages du chat", quand il est tombé en bas de l"escalier, inopinément attaqué par cette stupide Basia. Les pensées philosophiques de Chat d"Or ont commencé à s"affaiblir. Il est devenu nerveux et a pris de l"aspirine pour calmer ses migraines. C"était un grand chamboulement. Frustré et confus, il a même uriné par erreur sur le lit de Lilli-Lapin. Chat d"Or n"a pas estimé que c"était mal puisque ses urines étaient non-venimeuses, pourtant il se préparait à mourir, écrasé du talon comme un serpent. Heureusement, Lilli-Ours a trouvé dans son encyclopédie que les urines n"étaient effectivement pas dangereuses et Chat d"Or a récupéré du poil de la bête.
       Les maladies imaginaires nous frappent souvent soudainement. Vous pouvez le constater à la télévision, au sujet de la grippe aviaire, et vous commencez à éternuer comme un oiseau !
       Ainsi Basia a énormément tracassé Chat d"Or, à tel point qu"il est devenu vraiment mauvais. Il n"a pas immédiatement réclamé de l"aide, quand il a vu Basia avec un ballon jaune attaché autour d"elle suffoquant sous le sofa. Quand Basia est devenue silencieuse parce que presque morte, Chat d"Or s"est pris de pitié pour elle et il a appelé Lilli-Lapin qui a aidé Basia à recouvrer sa liberté.
       Lilli-Ours et Lilli-Jacob ont laissé le ballon monter dans le ciel et ont commencé à tirer des flèches dessus. Mais le ballon n"était pas un imbécile et il ne s"est pas laissé faire. Il a rencontré un moineau et a porté plainte contre Lilli-Ours et Lilli-Jacob. Ainsi, le moineau leur a délibérément largué sa fiente sur leur visage, complètement gratuitement, pure tradition de l"aide mutuelle qui unit tous les pilotes tels que les moineaux et les ballons.
       Le ballon a continué son vol vers le nord et a fini ses jours passagers dans un règlement de compte près de la frontière polonaise. Il fut ensuite utilisé comme un simple bouchon de caoutchouc par un autochtone -- l"ami des champs glacials et des ours blancs -- qui a fermé sa bouteille d"eau ardente acquise avec l"argent du chômage, payée par de bonnes gens du sud. Ce dernier est finalement tombé ivre mort avant que le chauffage global ne fonde sa maison de glace, laissant le vieux ballon déchiré à la dérive.
       Quand Basia a obtenu sa seconde des ses neuf vies de chats, elle a commencé à respecter Chat d"Or, elle a cessé de le déranger et s"est tout à fait calmée.
       C"est ce qui finit par arriver aux créatures de Dieu, à la proximité d"une mort inévitable par étouffement avec la corde d"un ballon jaune et qui perd ses forces sous un sofa, essayant difficilement de s"élever, suffoquée.
        []
       Nous sommes tous ainsi : nous cherchons souvent à posséder des sofas avec les dispositifs de protection en cas de renversement sur nos guiboles. Nous tentons de nous dégager de situations inadaptées et prions pour que la volonté Tout-Puissante nous envoie un Chat d"Or ou un Lilli-Lapin qui nous libérera de la boucle infernale dans laquelle nous sommes entrés de nous-mêmes. Et devant l"adversité, nous devenons meilleurs ; comme s"il n"était pas possible de devenir bon sans cette aventure exceptionnelle.
       Le statut des chats dans la Lilli-Maison a été revu à la baisse. Ils ont obtenu d"être entraînés par des chats stupides appelés en renfort. Chat d"Or, lui, a décidé d"améliorer son français et de laisser de côté ce cauchemar. Il a projeté de se déplacer à Paris, à l"institut Pasteur, où, il y a bien longtemps lui a été offerte la position du chef du laboratoire de chatosynthèse. Chat d"Or parlait seulement la langue des chats que les linguistes appellent le Chatais. En guise de préparatif, il a ouvert le dictionnaire Chatais-Français, mais le bâillement a commencé à le défier tandis qu"il lisait la troisième lettre. Sur la quatrième lettre, le bâillement s"est renforcé pour passer au ronronnement profond.
       Quand le jour suivant Chat d"Or s"est réveillé, au lieu du dictionnaire, il a découvert qu"il dormait sur un livre d"instructions expliquant comment conduire une bicyclette. Ne voulant pas conduire une bicyclette, il est resté vivre dans la Lilli-Maison à condition que Lilli-Lapin n"y apporte pas de troisième chat. Il a néanmoins décidé d"apprendre le français au cas où, et il a même envisagé de se réfugier chez l"ami des gisements de glace qui vivait au nord, près de la frontière polonaise, parce qu"il avait réputation d"être une personne aimable, même si ce n"est pas tout à fait par la nature et dû, la plupart du temps, à la consommation excessive d"eau ardente.
      
      
      
      
       Chapitre 6
       Lilli-Lapin et Monsieur Silvouplaît
      
      
      
       Monsieur Silvouplaît est subitement apparu dans la Lilli-Maison. Lilli-Ours l"avait invité parce qu"il était célèbre pour ses vues ultramodernes et son excellente éducation. Lilli-Ours qui a également lu son livre "Pourquoi les vues ultramodernes nous sauveront tous" a été très impressionné par son érudition. Lilli-Ours a compris que Monsieur Silvouplaît avait fait des rencontres très spéciales : Il connaissait monsieur Presque-Napoléon, le directeur de l"usine de saucisse, monsieur Nouveau-Robespierre, l"associé de madame Guillotine et monsieur Pas-Balzac, un auteur moderne très bien connu. Tous ces messieurs étaient les bons amis de monsieur Silvouplaît, lui-même historien et géographe.
       Lilli-Ours rêvait d"être présenté à cet entourage de vrais intellectuels et il avait écrit cette lettre d"invitation à monsieur Silvouplaît :
      
      
       Cher Monsieur Silvouplaît,
       Nous vous invitons à notre Lilli-Maison. Nous prendrons le dîner. Au menu : salade "Olivier".
       Votre Lilli-Ours
      
      
       Je n"aime pas des livres dans lesquels les auteurs mentionnent de la bonne nourriture, mais ne donnent jamais la recette comment la préparer. Ce n"est pas dans ma mentalité. Je donne toujours la recette si je mentionne quelque chose de délicieux selon mon humble opinion. La salade "Olivier" a été inventée par le cuisinier français Olivier, qui en 1860 a ouvert le restaurant de prestige "L"Hermitage" à Moscou. La version contemporaine a considérablement dérivé de l"originale, mais cela ne diminue en rien l"appréciation qu"ont de nombreuses personnes pour cette salade. Dans la Lilli-Maison, elle a été préparée de la manière suivante :
       Ingrédients
       Bâtons de crabe,
       1 livre de pommes de terre bouillies.
       2 concombres de sel de moyenne taille.
       1 un verre de petits pois en conserve.
       1 oignon découpé en lamelles.
       1 carotte bouillie.
       200 grammes de mayonnaise mélangé à de la crème de qualité.
       2 œufs durs.
       6 belles olives noires.
       8 brins de persil.
       Préparation
       Découpez les bâtons de crabe, les pommes de terre et les concombres en petits cubes. Mélangez le crabe, les pommes de terre, les concombres, les œufs, la carotte et les petits pois et les intégrer dans les lamelles d"oignon. Ajoutez le sel sur la mayonnaise mélangée à la crème de qualité et mélangez le tout sans avoir amoché les légumes. Servir froid.
       Ce n"était pas une recette extravagante, mais Lilli-Ours l"aimait beaucoup.
       Lilli-Ours a relu sa lettre et l"a mise dans l"enveloppe, puis il a essayé d"y joindre le timbre à l"effigie de la Reine. Malheureusement la Reine a fait la grimace, car Lilli-Ours avait léché le timbre du mauvais côté, et elle a rayé l"endroit où il fallait lécher. Lilli-Ours s"est confondu en excuses puis il a léché du bon côté, et la Reine a souri. La Reine et Lilli-Ours s"aimaient vraiment beaucoup.
       Nous devons avouer la vérité : Lilli-Ours a eu quelques légers problèmes avec ses envoies de lettres parce qu"il n"aimait pas lécher l"arrière des personnalités imprimées sur des timbres. Une fois, il avait essayé de lécher le derrière d"un couple mais il a aussitôt eu la nausée. Ainsi, il a t"enté d"humidifier les timbres, mais les personnalités sur les timbres ont commencé à porter plainte à l"un endroit spécialement prévu à cet effet. Ainsi, Lilli-Ours a été invité à lécher les timbre comme tout le monde.
       Lilli-Ours choisissait les timbres avec la Reine, parce qu"il pensait, que s"il devait lécher un timbre, ce ne pouvait être que celui de la Reine.
       Combien de derrières de personnalités avons-nous léché depuis le début de notre longue histoire de l"ère du service postal ? Je pense que c"était un grand moment pour certains, surtout à cette période euphorique, de pouvoir lécher le derrière des VIP mondialement connues, mais aujourd"hui, avec le développement de la démocratie et de la liberté, tout un chacun peut à loisir lécher le derrière de n"importe qui, si, naturellement, son portrait est imprimé sur un timbre... enfin, pas toujours !
       Monsieur Silvouplaît fut très heureux de recevoir l"invitation de Lilli-Ours, parce qu"il avait pris connaissance des travaux philosophiques édités sous le titre : "Philosophie de cuisine" et il était heureux de rencontrer en personne ce penseur distingué de notre époque, qui avait en plus pris soin de mentionner le nom de la salade dans sa lettre. Monsieur Silvouplaît n"en était que plus enchanté d"accepter cette invitation. C"est pourquoi dans la Lilli-Maison personne n"a été étonné quand un jour monsieur Silvouplaît est apparu à la porte.
       -- Voilà, voici, a-t-il dit, payez le taxi, s"il vous plaît !
       Lilli-Lapin s"est activé vers le conducteur du taxi. Le montant des honoraires sur la facture était si important qu"il a d"abord cru que c"était une date ou un numéro de téléphone... Hélas ! C"était bien une facture ! Le conducteur a alors poliment expliqué que monsieur Silvouplaît s"était souvenu à la dernière minute que ses amis du Québec-stand avaient préparé pour l"occasion, des gaufrettes fraîches avec du sirop d"érable. Malheureusement, comme les routes directes étaient coupées, ils ont dû passer par l"Algérie, où ils en ont profité pour acheter des fruits frais, et finalement, ils ont fait un saut par l"atoll de l"océan pacifique où son ami l"ambassadeur était traité pour la maladie du rayonnement qui n"est pas du tout due à un coup de foudre. Cette maladie a été diagnostiquée la première fois dans l"atoll quand les essais nucléaires ont augmenté de fréquence et l"ambassadrice, qui n"a pas aimé dormir avec toute cette lumière, a commencé à se plaindre que la nuit l"ambassadeur était trop brillant et que cela avait brûlé le drap du lit en deux endroits... Alors les médecins l"ont identifiée en tant que maladie du rayonnement. À l"atoll, monsieur Silvouplaît, le conducteur du taxi, Jacques Agauche, et l"ambassadeur malade ont mangé des gaufrettes et les fruits destinés à Lilli-Ours, et donc, Jacques Agauche a dû refaire le chemin en sens inverse, de nouveau en Algérie et au Québec-stand afin de compléter les réserves de fruits et de gaufrettes que monsieur Silvouplaît a, par erreur, encore dévoré juste avant d"arriver chez Lilli-Ours. En outre, Jacques Agauche, contrairement à son associé Philippe Adroite était toujours tourné sur la gauche. C"est pourquoi le taxi a longuement tourné en rond dans le désert algérien et sur l"Atoll, le compteur du taxi faisant tic-tac à n"en plus finir.
       Lilli-Lapin a payé le taxi avec sa carte de crédit, parce qu"il ne pourrait pas refuser l"hospitalité à l"ami instruit de Lilli-Ours.
       Monsieur Silvouplaît a couru en rond dans la maison à la recherche d"un tube pour appeler son épouse. Selon l"avis de monsieur Silvouplaît, les téléphones communs distordaient tellement sa prononciation, le faisant presque passer pour un inculte, qu"il les rejetait totalement.
       Le fait est que monsieur Silvouplaît était obligé d"appeler instamment madame Silvouplaît, car elle était toujours inquiète quand son mari vagabondait quelque part (surtout quand il voyageait dans le taxi de Jacques Agauche !). Madame Silvouplaît étant déjà une très bonne amie bien introduite dans la Lilli-Maison, Lilli-Ours a prêté à monsieur Silvouplaît, son télescope dont il avait sorti à l"avance le verre et le nid d"oiseau où les perroquets effectuaient leur deuxième lune de miel, en observant notre univers. Ainsi, monsieur Silvouplaît a utilisé le tube pour parler avec son épouse. Il faut dire que la famille Silvouplaît n"habitait pas très loin, malgré ce que l"on pourrait penser en regardant la facture du taxi...
       Enfin ils ont pu tous s"installer pour le dîner et Lilli-Ours a entamé une conversation polie :
       -- Monsieur Silvouplaît, a demandé Lilli-Ours, pensez-vous que des vues ultramodernes peuvent vraiment sauver notre monde ?
       -- Oui, naturellement, les gens avec des vues ultramodernes sont toujours en avant-garde de notre nation. Tous mes amis : monsieur Presque-Napoléon, monsieur Nouveau-Robespierre et monsieur Pas-Balzac essayent de transmettre nos valeurs à tout le monde.
       -- Mais moi, a soutenu Lilli-Lapin, je pense que le film "Émilie", par exemple, a favorisé l"émancipation de notre culture vers le reste du monde, plus que toutes nos révolutions et nos armées... Est-il si dur de suivre des règles simples dans la vie, pour que chacun puisse vivre heureux ?
       -- Quelles règles ? est intervenu le chausson gauche.
       -- Très simple, a répondu calmement Lilli-Lapin : respectez Dieu, que vous soyez croyant ou athée ; ne changez pas de croyance trop souvent pour ne pas être considéré comme incertain et contradictoire ; ne soyez pas dogmatique en insistant pour des idées n"ayant plus cours le lendemain ; essayez d"aimer des personnes et des animaux, même s"ils vous blessent parfois ; ne travaillez pas trop, prendre soin de garder des temps de repos sans être trop paresseux ; non seulement ne tuez pas n"importe qui, mais essayez de ne pas blesser n"importe qui, non seulement par la force, mais aussi par des mots ! ; n"agissez pas en porc ni pour la nourriture, ni dans les liaisons amoureuses ; Ne mentez pas tout le temps ; ne prenez pas ce qui ne vous appartient pas ; si vous possédez quelque chose, partagez-le équitablement avec d"autres sans vous blesser ou ceux que vous avez aimés par le passé.
       -- N"est-ce pas le sujet des dix commandements ? demanda monsieur Silvouplaît -- ils sont si vieux et dépassés...
       -- Si par le passé chaque personne avait suivi honnêtement ces règles simples, a déclaré Lilli-Ours, tout au long de l"histoire, chacun aurait vécu heureux !
       -- Mais le bonheur est juste une alchimie de notre cerveau, expliqua monsieur Silvouplaît en souriant, prenez une pilule adaptée et vous serez heureux.
       -- C"est vrai, admit le chausson droit, la majeure partie des personnes de nos temps modernes s"évade dans les pilules du besoin. Sans pilules, le monde sombre dans l"enfer des dépressions... Mais si les gens suivaient ces règles simples, chacun serait heureux sans pilules.
       -- Nous avons une idéologie culturelle très spéciale, affirma Lilli-Katie, mais les gens gagneraient beaucoup s"ils acceptaient de nous écouter ; malheureusement, pour quelques obscures raisons, ils ne suivent pas...
       -- Oui, dit Lilli-Jacob, plus de films comme Émilie qui montrent vraiment comment est mignonne notre vérité simple !...
       -- Mais, commença notre meilleur auteur, Pas-Balsac...
       -- Monsieur Silvouplaît, interrompit Lilli-Lapin, pensez-vous que les enfants puissent entendre les déclarations de notre meilleur auteur ?
       -- Non, acquiesça monsieur Silvouplaît, je ne suis pas sûr...
       -- C"est le problème, admit Lilli-Ours, notre meilleur auteur écrit des choses que non seulement les enfants, mais aussi les adultes ne sont pas censés entendre. J"ai lu une plaisanterie au sujet des femmes sur la première page, et jusqu"à présent, je me sens comme si j"étais descendu dans le bas-fond des égouts...
       -- Ce n"est certainement pas une opinion commune en nos cercles, dit monsieur Silvouplaît en bâillant.
       -- Je pense que notre monde est encore un adolescent, mais qu"il grandira bientôt... ricana Lilli-Lapin.
       -- Vous êtes si étrange ! lança monsieur Silvouplaît, comment faites-vous pour survivre dans un monde moderne ? Vous êtes un tel idéaliste !...
       -- Il est parfois préférable d"être un idéaliste heureux qu"un égoïste dépressif... a conclu le chausson gauche.
      
      
      
      
       Chapitre 7
       Lilli-Lapin et son jeu de golf
      
      
      
       Un jour, Lilli-Lapin eut l"idée de jouer au golf. Lilli-Lapin ne savait pas tout à fait y jouer, aussi il a commencé par examiner des images dans le livre relatif aux riches personnes et il a constaté que pour le jeu de golf, un bâton spécial était exigé, mais aussi des petites boules légèrement plus grandes que les œufs de pigeon, mais encore plus petites que les œufs de poule. Et la chose principale, naturellement, il fallait un associé riche, gentilhomme avec un gros cigare et un visage très cynique.
       La pelouse verte et le trou étaient nécessaires également, alors Lilli-Lapin a décidé de commencer par la pelouse. Malheureusement, la pelouse de l"arrière-cour de Lilli-Lapin avait été entièrement mangée par les taupes. Il décida donc de les combattre, mais les taupes n"ont pas voulu lutter et elles se sont rendues immédiatement ! Cependant, elles n"ont pas cessé d"endommager la pelouse... Alors Lilli-Lapin a mis ses chaussons bleus et est allé voir le surveillant des taupes.
       Vous pensez que j"ai fait une erreur en disant le "surveillant" et que j"aurais dû dire le "Roi des taupes" ? Non, je l"ai dit correctement ! Malgré leur cécité, les taupes sont les individus très clairvoyants et elles ont appris des journaux jetés par des touristes qu"au dehors, il y a bien longtemps que le terme "Roi" n"est plus à la mode. Il est beaucoup plus stylé de s"appeler "surveillant". Alors le Roi des taupes s"est nommé le surveillant du pays des taupes, et il a volontairement enlevé la couronne royale de sa tête puis l"a stockée sous le trône royal jusqu"aux moment où les rois redeviendront à la mode.
       Ainsi, quand Lilli-Lapin est arrivé devant le surveillant des taupes, il lui a dit clairement que si les taupes continuaient à abîmer sa pelouse, la volonté de Lilli-Lapin s"abattrait sur eux de manière foudroyante, qu"il cesserait de les aimer, de les traiter de "mignons et beaux", et qu"il les transférerait dans sa classification du monde animal indigne, telles que sont traitées les souris qu"il n"a jamais vraiment aimées, en raison de leurs queues dénudées, de l"imprévisibilité très élevée et leur irritable impulsivité.
       À l"époque où les souris couraient encore dans la Lilli-Maison, Lilli-Lapin était paniqué et demandait aux chats de l"aider à attraper les souris. Mais les chats étaient trop paresseux pour faire ce travail. Ainsi, Lilli-Lapin attrapait les souris, les mettait dans une fiole et les conduisait loin de la maison, à trois kilomètres au moins. Alors il libérait les souris et leur donnait un sandwich de caviar comme compensation pour le dérangement. Les souris vendaient le caviar à la Mafia russe et revenaient paisiblement à la maison dans une nouvelle voiture de la marque Mercedes (toutes les nouvelles voitures sont désormais fabriquées en tailles qui s"adaptent aux souris).
      
      
       Il faisait nuit et il pleuvait, l"air s"emplissait des sérénades de grenouilles, mais Lilli-Lapin et le surveillant des taupes se reposaient sur la colline et discouraient toujours au sujet de la pelouse de Lilli-Lapin. Enfin, ils ont fini par convenir que Lilli-Lapin offrirait ses vieilles lunettes de soleil au surveillant des taupes afin que les taupes cessent de manger la pelouse.
       Les lunettes de soleil étaient extrêmement utiles au surveillant des taupes, car elles le faisaient ressembler à un voyant parmi les aveugles. Effectivement, qui pourrait imaginer que derrière ses lunettes de soleil, la taupe est aveugle ? Force était de constater que ce monsieur était en vacances ! Il est aussi à considérer qu"un voyant est obligatoirement digne de conserver sa puissance et sa légitimité royale dans un royaume sans visibilité !
       Il est à noter que dans un royaume de taupes, des traditions fortes ont toujours été basées sur les valeurs antiques des rois des taupes dont le lit n"a jamais été déshonoré au moyen d"un bandage noir aux yeux, qu"habituellement nous dérobons dans les avions d"Air France, puis que nous portons durant notre sommeil de sorte que la lumière du matin ne gêne pas nos yeux qui ont vu tellement de choses... Ainsi, être considéré voyant au sein même de la cécité, fixée par tradition nationale, argumente des bases justes et honorables pour s"appeler surveillant ou n"importe quel autre mot nouvellement façonné, qui indique la puissance royale : le Président, le Premier Ministre, le Secrétaire Général...
       Lilli-Lapin avait donné ses vieilles lunettes de soleil au surveillant des taupes, mais elles lui procuraient une allure princière des plus respectables et tout à fait à la mode dans notre nouveau monde. Le surveillant des taupes au sang royal a confortablement installé ses lunettes et toutes les taupes ont aussitôt arrêté de manger la pelouse des voisins, chuchotant l"une à l"autre, que les nouvelles possibilités modernes leur permettaient enfin de rentrer de plein pied et le fièrement dans le troisième millénaire malgré leur cécité.
       La taupe n"est pas aveugle ! Seulement, elle ne regarde pas fixement, se bornant à faire son travail de simple taupe : fouiller et manger la pelouse de quelqu"un. Ne posez jamais votre doigt sur un aveugle parce qu"il est aveugle ! Sinon il trouvera le moyen de vous rendre également aveugle...
       Ainsi, après la signature du pacte "Lunettes de Soleil-Lilli-Lapin", la révolution complète des taupes fut engagée dans un énorme consensus. Lilli-Lapin a donc pu enfin acheter un club et des boules de golf.
       Bien que quelque part, dans l"ordre et la façon de jouer, les méthodes puissent différer du golf conventionnel, ce golf fut appelé : Golf de Lilli-Lapin. Il était tout à fait semblable au golf traditionnel, mais avant le commencement du jeu, il était obligatoirement nécessaire d"effectuer une révolution complète dans un énorme consensus public des aveugles. Chez les taupes, la société est désormais dirigée par la partie régnante des "taupes voyantes" qui peuvent réellement voir aussi bien que vous pouvez le faire dans l"obscurité.
       Finalement, le golf de Lilli-Lapin n"inclut pas un associé cynique avec un cigare...
      
      
      
      
       Chapitre 8
       Lilli-Lapin et sa voiture
      
      
      
       Quand Lilli-Lapin était un bambin, il n"avait pas eu de voiture, alors il avait une petite poche où il rassemblait ses pierres, et autres trésors brillants d"enfance. Mais quand il a commencé à grandir, la poche n"étant plus un endroit suffisamment intéressant pour un tel but, Lilli-Lapin a acheté un sac de service. Malheureusement, les sacs vieillissent, et quand les sacs vieillissent, ils souffrent de la maladie des trous. Tous les trésors de Lilli-Lapin ont commencé ainsi à disparaître par le fond du sac de service, et Lilli-Lapin a dû apporter une serviette qui a temporairement satisfait à ses besoins.
       Cependant, il était nécessaire d"y placer dedans également tous les livres et les écrits, en plus des trésors de Lilli-Lapin qui s"accumulaient avec la collection de cailloux, puisque Lilli-Lapin est allé à l"école des Lilli-Lapins afin de devenir un Lilli-Lapin instruit.
       Plus tard, Lilli-Lapin a acheté un énorme sac économique. À l"intérieur, il a gardé des articles de la vie quotidienne. Puis, le sac est devenu très lourd et Lilli-Lapin lui a adapté des petites roues, puis un volant, un moteur, un carburateur, un corps de voiture, des lumières de signalisation, des phares, un pot d"échappement, un klaxon et des portes, des fenêtres et toutes les autres choses qui sont exigés dans un sac-voiture moderne.
       Malheureusement, le sac ayant vieilli prématurément à cause de toutes ses transformations, il s"est affaissé sous les roues, ce qui a considérablement ralenti le mouvement. Ainsi Lilli-Lapin a décidé de prendre voiture.
       La première voiture était très jeune et naïve, et elle a pensé qu"elle était une vache. Elle a marché sur la pelouse et elle s"est mise à brouter l"herbe fraîche que les taupes avaient laissé pousser. Cependant, après que naturellement Lilli-Lapin lui eut expliqué qu"elle n"était pas une vache, on lui a ôté l"envie de manger l"herbe fraîche. Un peu plus tard, Lilli-Lapin a coloré sa vache, heu... je veux dire, la voiture ! d"une belle couleur rouge bordeaux pour accroître sa gaieté. Lilli-Lapin avait prévu de décorer sa voiture avec des camomilles, mais, pour d"obscures raisons, il ne l"a pas fait.
       Ainsi, il conduisit son sac, je veux dire, la vache, non, la voiture ! au magasin pour faire quelques emplettes. La situation économique du pays où vivait Lilli-Lapin, étonnamment, n"était pas si mauvaise, car elle aurait pu l"être. Lilli-Lapin acheta donc beaucoup d"articles. La machine a terriblement souffert de ses structures et elle n"a pas résisté. Lilli-Lapin l"a traitée avec les carottes fraîches, et quelquefois avec des oranges.
       Il s"est ensuite avérée que la voiture ne connaissait pas tout à fait les règles du trafic et était une très mauvaise conductrice, ce qui est désobligeant pour une voiture, n"est-ce pas ! Ainsi Lilli-Lapin lui a demandé de retourner à l"école apprendre le ballet afin de développer sa rythmique et pour redonner coordination aux mouvements les plus importants, par exemple, marche arrière ou marche avant, demi-tour parfait, tourner à droite, puis à gauche, enfin, tout ce qui permet à une voiture d"avoir une bonne tenue en société et une bonne conduite dans la vie. Lilli-Lapin lui a même cousu pour arpenter le paquet, une jupe courte comme pour les ballerines et des chaussons spéciaux pour le ballet.
       Après école de ballet, la voiture de Lilli-Lapin est devenue très élégante et mobile. Elle a même su arpenter le parc dans toute sa longueur et sur les côtés. Lilli-Lapin et sa voiture devinrent de bons amis et parfois ils ont assisté ensemble à quelques spectacles.
       Une fois, Lilli-Lapin a emmené sa voiture au cirque. Là ils ont acheté de la crème glacée et se sont installés dans la première rangée. Le spectacle a commencé et les chevaux se sont précipités, éclaboussant sans ménagement la sciure sur Lilli-Lapin et les vortex de sa voiture. Mais ils étaient heureux ! Lilli-Lapin a ri et la voiture a pétaradé. Un éléphant est ensuite entré en scène. Il était grand et, apparemment, mangeait beaucoup. Alors nos amis lui sont montés dessus, et un clown qui passait par-là a pris une photo instantanée de Lilli-Lapin avec sa voiture sur l"éléphant. Pouvait-il y avoir meilleure soirée ?!
       Lilli-Lapin et sa voiture ont découvert de nouveaux pays, des continents lointains, et partout, ils faisaient une halte dans les plus belles stations d"essence. Une fois, ils parvirent même à traverser la mer Méditerranée. Mais, franchement parlant, ce n"était pas la vraie mer Méditerranée, c"était juste un énorme magma de détritus en tout genre, et ils l"ont bravement traversée. Ils étaient de grands voyageurs.
       Mais tout n"était pas aussi merveilleux des deux côtés de la Méditerranée : d"un côté, il y avait des grenouilles avec des taches et de l"autre, il y avait des grenouilles sans taches.
       Je n"ai pas besoin d"expliquer à mon honorable lecteur qu"une telle différence est une raison suffisante pour aboutir sur un conflit armé. Il y a déjà tellement d"exemples de conflits entre les populations !
       Les forces armées des grenouilles sans tache, utilisant des porte-voix irritants très puissants, ont commencé par gêner les grenouilles avec les taches, c"est pourquoi les chats sont devenus nerveux et ont maintenu Lilli-Lapin éveillé toute la nuit. Le vrai cauchemar a commencé quand les grenouilles mouchetées sont parvenues à mobiliser leurs forces, ils ont à leur tour déployé leurs voix en réaction à la première vague d"attaques venant du camp des grenouilles adverses. Le bruit était si terrible, que cela ressemblait à une centrale électrique énorme qui fonctionnait près de la maison. Lilli-Lapin a convoqué le conseil qui inclut ses chats, Lilli-Ours, Lilli-Katie, Lilli-Jacob et également sa voiture préférée. La voiture fut envoyée comme déléguée aux grenouilles avec taches et Lilli-Ours a été envoyé aux grenouilles sans tache. On ne pouvait pas envoyer les chats parce qu"ils étaient paresseux et qu"ils n"y seraient pas allés de toute façon, particulièrement puisque l"extérieur était humide. La voiture de Lilli-Lapin ne s"est pas inquiétée que l"extérieur soit humide ou pas, cela ne posait pas de problème, et c"était même bien plus plaisant qu"un soleil brillant trop fort qui aurait fait chauffer ses pneus et son moteur.
       Ainsi, les délégués de Lilli-Lapin sont venus observer la bataille au sommet de sa forme. La situation était désespérée. Les cris des grenouilles résonnaient tellement fort que les voisins avaient un incroyable mal de crâne et tous demandaient à leur épouse de trouver quelques tueurs de douleur. Ainsi chacune a rapidement placé une compresse sur les tempes de son mari.
       Le conflit s"est évidemment développé bien au-delà des frontières de la mer Méditerranée et il a commencé à affecter la région entière. En attendant, les délégués de Lilli-Lapin couraient de négociation en négociation pour tenter d"amadouer tout ce petit monde, tandis que d"autres allaient à la cuisine et commençaient à faire cuire la confiture en prévision de la fin du conflit. En même temps, ils ont commencé à deviser au sujet de notre monde.
      
      
       Les pensées de Lilli-Lapin sur notre monde
       Je cite ici une courte liste des pensées de Lilli-Lapin sur notre monde. La liste entière peut être trouvée dans le 28ème volume des travaux complets de Lilli-Lapin, sauvegardé dans un grand vieux coffre dans son grenier. Vous pouvez également y trouver les commentaires généraux de Lilli-Lapin concernant ses propres pensées, et nous vous recommandons également de suivre l"index de ses "deuxièmes pensées" avec des commentaires additionnels concernant la méthode de cuisson de la confiture, et des différentes améliorations de la cuisson industrielle.
      
      
       Pensée 1 : Si tout est tranquille dans le monde, vous ne devez pas faire de bruit, parce que cela peut rendre les chats nerveux et ne laissera pas n"importe qui sombrer dans le sommeil.
      
      
       Pensée 2 : Si dans le monde quelque chose ne va pas, vous devez lui dire qu"il doit se tourner vers un autre côté, puis lui chanter quelques berceuses au sujet des chats, et finir par une pensée tranquille. Pour la musique, utilisez Scarlatti et Liszt qui composèrent tous deux une "Fugue du chat" ; surtout pas Chopin qui produisit "La valse du chat" au rythme endiablé et malicieux. Peut-être, c"est une bonne idée d"essayer de chanter la "Berceuse pour le chat" que composa Stravinsky.
      
      
       Pensée 3 : Paix du monde ; si le monde demande autre chose, ne le lui donnez pas tout de suite, ne lui demandez pas de se laver les oreilles d"abord, de nettoyer sa pièce et faites-lui promettre de ne plus utiliser le gros mot qu"il a employé pour son voisin.
      
      
       Ces trois pensées, Voltaire a voulu les employer dans son travail extraordinaire, "Le Monde comme il va", mais Lilli-Lapin n"a pas accepté et Voltaire a dû se satisfaire de ses propres pensées. Même des grands esprits comme Voltaire ne sont pas parfaits !
      
      
       Ainsi le délégué Lilli-Ours, avec son parapluie a peint de taches toutes les grenouilles sans tache, et la voiture de Lilli-Lapin a expliqué aux grenouilles mouchetées que toutes les grenouilles sont des frères et des sœurs, et ils les ont marquées pour des buts scientifiques. Alors toutes les grenouilles sont allées tranquillement dormir, et bientôt, Lilli-Lapin, sa voiture et les deux chats sont retournés à la maison et ont pu déguster le thé avec la confiture. Ils étaient très heureux d"apprécier le silence. Si la voiture a aimé le silence et la confiture, c"est parce que si vous dopez votre voiture avec amour et attention, elle marche beaucoup mieux.
      
      
      
      
       Chapitre 9
       Lilli-Lapin et le renard
      
      
      
       Un jour, un renard est entré dans l"arrière-cour de Lilli-Lapin. Le renard était très maigre et Lilli-Lapin a pensé que ce renard était probablement un chien. Lilli-Lapin aimait les chiens : chiens en pain d"épice, chiens parasites, grands chiens, petits chiens, et même les chiens modèles de Baskerville. Mais ce n"était pas un chien, c"était un renard et Lilli-Lapin n"aimait pas vraiment les renards. Il n"aimait pas leurs attitudes, leur comportement immoral, et le fait qu"ils ressemblent à des politiciens ou à des chefs de corporations multinationales faits sur le même moule.
       Le renard qui s"est imposé dans l"arrière-cour de Lilli-Lapin était un arriviste, et il a donné l"impression qu"il allait s"y installer définitivement. Ce monstre a mis sa queue affreuse entre les piquets de la barrière de fer et il a commencé à renifler autour, particulièrement près de l"endroit où Lilli-Lapin et de ses chats avaient l"habitude de se reposer près du feu pour chanter des chansons drôles ou simplement pour s"encourager pendant les longues soirées d"hiver.
       Lilli-Lapin s"est vertement fâché et il a tenté de tirer le renard avec son chiffon qu"il avait justement dans ses mains, mais le renard n"a prêté aucune attention aux tentatives de Lilli-Lapin. Alors Lilli-Lapin est allé chercher son manteau de fourrure de renard du cagibi et l"a déployé devant le nez du renard, ondulant le manteau comme une muleta. Lilli-Lapin espérait ainsi faire comprendre ses intentions inamicales envers ce renard en particulier et tous les renards en général. (De nos jours, ce n"est pas extraordinaire qu"un lapin de classe moyenne possède un manteau de fourrure de renard, et aucun renard ne peut vraiment se sentir en sécurité ; De plus, notre génération est de la génération non seulement des chiens mangeur de chiens, mais aussi des lapins mangeur de renards, et même... celle des "tout-un-chacun-bouffeur-n"importe-quoi".)
       Le renard ne lui a cependant prêté aucune attention ; il a continué de renifler le plat vide où était le gruau. C"était le plat que Lilli-Ours avait utilisé quand il se détendait dans l"étang de l"arrière-cour. Lilli-Ours aimait se reposer dans l"étang comme les millionnaires s"installent dans leurs piscines, mais au lieu du Martini avec des olives, il aimait prendre du gruau épais avec de la cannelle que Lilli-Lapin lui faisait habituellement cuire et servir tiède.
       Lilli-Lapin a pensé que le renard était rabique et afin de s"en assurer, il lui a posé quelques questions sur le gouvernement, le droit de vote, et la situation politique dans notre pays. Le renard n"a pas répondu, ainsi Lilli-Lapin a conclu que le renard n"était pas rabique. Lilli-Lapin a rapporté son manteau de fourrure de renard au cagibi et il a porté plainte à ses chats au sujet du comportement irritant du renard. Les chats ont immédiatement commencé l"exécution du "Plan B". Ils sont allés dans leur litière et ont activé leurs bombes sales qui laisse des chances minimes de survie à l"intrus.
       Lilli-Lapin a demandé à Lilli-Ours de prendre son énorme serviette avec une gravure de léopard. C"est vrai, nous avions dit qu"il n"employait jamais de serviette après s"être baigné, mais Lilli-Lapin en préparait toujours une fraîche, juste au cas où Lilli-Ours serait amené à adopter la nouvelle tactique du "non-penser" désormais employée en psychologie moderne. Lilli-Lapin escomptait qu"en voyant l"image du léopard, le renard verrait et sentirait à proximité la présence de quelques grands chats de classe féline, ce qui pourrait ordonner son congé.
       Mais le renard ne l"entendait pas ainsi, il a mis son masque à gaz et a continué d"explorer l"arrière-cour de Lilli-Lapin.
       " C"est la guerre ! ", a pensé Lilli-Lapin et il a couru à l"intérieur de la maison, a trouvé son vieux klaxon puis a commencé à klaxonner.
       Le renard a pris son cahier et a commencé à tracer le champ de bataille potentiel. Alors Lilli-Lapin a pris ses pétards et s"est approché du renard tandis qu"il était concentré sur ses procédures et il en a allumé un à proximité de son oreille droite.
       Plus tard, dans le livre de ses mémoires : "Ma carrière militaire", le renard a admis que cette action l"avait assommé et qu"il avait éprouvé une légère surdité pour le reste de sa vie, particulièrement quand ses renards de camarades lui ont demandé de leur prêter une certaine somme d"argent. Mais à ce moment-là, le renard n"a montré aucun signe de confusion. Lilli-Lapin a décidé de déclarer un cesser de feu, et il a publié un ultimatum : si le renard ne renonçait pas à toutes actions militaires et ne partait pas de la cour immédiatement, Lilli-Lapin cesserait unilatéralement ses activités militaires et irait dormir, le renard pouvant continuer de se reposer dans l"arrière-cour jusqu"au matin.
       La tactique de Lilli-Lapin était judicieuse, car la rosée du matin sur la pelouse allait humidifier les pattes et la queue du renard (qu"il allait d"ailleurs être obligé de couper), puis elle allait probablement gagner tout sont corps et lui donner des rhumatismes. Pouvez-vous imaginer un renard souffrant de rhumatismes ? Vous chassez les renards avec des rhumatismes peut-être, vous ?
       Alors le renard est parti immédiatement.
       Qui a pu dire que les négociations de paix ne sont pas efficaces ? Vous avez juste besoin d"ajouter quelques menaces paisibles, la paix parle alors d"elle-même et vous obtenez des résultats favorables.
      
      
      
      
       Chapitre 10
       Lilli-Lapin et le Réchauffement Climatique
      
      
      
       Un jour que Lilli-Lapin sortait dans son arrière-cour, il s"aperçut qu"il faisait très chaud. Il est de nouveau rentré chez lui pour allumer sa télévision. Il a alors vu un reportage sur l"Inde où il faisait également très chaud :
       -- C"est le véritable Réchauffement Climatique mondial ! s"est exclamé Lilli-Lapin.
       Alors il est allé vérifier l"état de son manteau de fourrure de renard. Son manteau se portait bien et la fourrure était belle. Lilli-Lapin testa le manteau d"hiver qui connaissait déjà deux commandes : "Viens ici !" et "Va-t-en !"
       Quand le manteau a entendu la commande "Viens ici !", il a lentement glissé de son cintre et s"est mis sur les épaules de Lilli-Lapin. Quand il a entendu la commande "Va-t-en !", il a paisiblement glissé des épaules de Lilli-Lapin et est retourné dormir dans la garde-robe où il combattait les mites avec succès. Lilli-Lapin a tapoté son manteau sur le dos en s"écriant :
       -- Il fait si chaut ! Ce n"est pas aujourd"hui que je vais faire une promenade avec vous !
       L"extérieur était en effet très chaud, l"étang était presque totalement sec et toutes les grenouilles étaient si bronzées qu"elles étaient devenues noires. Lilli-Lapin en a aperçu une et a crié :
       -- Incroyable ! La grenouille est noire !
       La grenouille l"a regardé avec l"irritation, et, d"une voix râpeuse, a répliqué :
       -- Je ne suis pas noire ! Je suis une grenouille afro-américaine !
      
      
       En général, Lilli-Lapin était fin prêt pour le Réchauffement Climatique parce qu"il était toujours à l"affût de ce qui avait une tendance généralisée comme celle-ci : La connerie, l"ignorance, l"indigestion du prêt-à-manger... C"est pourquoi Lilli-Lapin n"était pas très étonné du Réchauffement Climatique mondial.
       Ses chats étaient même très heureux, car quand il faisait simplement chaud les autres années, ils avaient terriblement froid. -- Le problème, c"est que quand il fait aussi chaud, ils sont si fatigués qu"ils passent leur temps à dormir plus que d"habitude. Pas assez profondément cependant pour que l"on ne puisse voir les mimiques de leur visage, les expressions détendues et plaisantes sur leur museau somnolent qui indique : "Ne me réveillez pas !" --
       Leur fourrure rayonnait de chaleur, mais ils ne l"ont pas enlevée ; probablement qu"ils avaient peur de perdre quelques documents de chat qu"ils détenaient évidemment dans leurs poches. Vous dites que les chats n"ont pas de poches ? Mais au moins vous conviendrez qu"ils ont une fourrure, et cette fourrure est l"arme la plus attrayante et la plus charmante par laquelle les chats ont accaparé l"humanité et l"ont mise à leur service, s"installant dans leurs maisons, dormant sur leurs oreillers, et poussant tendrement de leurs pattes, la tête de leurs maîtres de leur place naturelle de repos. C"est pourquoi tous les chats, sans exception, ont une crainte panique de l"humidité, parce qu"un chat humide ne peut pas s"installer sur l"oreiller de son maître !
       D"ailleurs, le chat a fait son examen de conscience : humide, ne serait-il pas une créature répugnante pas beaucoup plus grande qu"un rat ? Si tous les chats étaient souvent humides, ils n"auraient pas pu devenir l"espèce la plus réussie de la Terre, et qui a déjà conquis la majorité de l"humanité.
       Le Réchauffement Climatique n"a pas tracassé outre mesure Lilli-Jacob qui vivait dans la Lilli- Maison : il a commencé à errer sans chemise, arborant fièrement son ventre nu et mignon, et il vérifiait constamment le sable dans son thermomètre de sable qu"il cachait dans son cabinet pour empêcher les chats d"en faire une litière. Cet instrument scientifique complexe n"était évidemment pas fait pour ça !
       Le Réchauffement Climatique n"a pas tracassé Lilli-Katie non plus, parce qu"elle avait acheté trois nouveaux costumes de bain et que cette montée des températures était une excuse pour les humidifier dans l"étang, puis les mettre à sécher, étendus partout dans la maison comme les drapeaux de pays étrangers.
       Seul Lilli-Ours souffrait gravement du Réchauffement Climatique. Presque autant qu"il souffrait tout l"hiver du refroidissement global, et d"autres événements globaux comme la Perte Globale de Poids, la Connerie Globale et le Gaffeur Global que le monde entier rejetait dans ces périodes folles. Lilli-Lapin a donc décidé d"aider Lilli-Ours en l"éclaboussant avec de l"eau froide, mais Lilli-Ours a crié :
       -- Lilli-Lapin ! Vous avez mouillé mes chaussettes !
       Lilli-Lapin a regardé Lilli-Ours. Il avait le pantalon humide, mais ne portait aucune chaussette. Lilli-Lapin aimait les précisions et faisait très attention aux détails :
       -- Comment ce fait-il que j"ai mouillé vos chaussettes quand vous n"en portez aucune ?!
       Lilli-Ours a alors sorti les chaussettes humides de ses poches. Lilli-Lapin s"est souvenu que l"été, Lilli-Ours gardait toujours les chaussettes dans ses poches en cas d"arrivée soudaine du Refroidissement Global ou au cas où l"été finirait subitement.
       Lilli-Ours savait que beaucoup de choses finissaient subitement, comme les biscuits, le sirop d"érable, pour ne pas mentionner les sucreries au chocolat qui disparaissaient inopinément si elles ne passaient pas leur chemin plus loin.
       Lilli-Lapin a donné à Lilli-Ours de la crème glacée et s"en est allé entamer des négociations avec le Réchauffement Climatique. Il a pris avec lui quelques framboises sauvages, des myrtilles et également quelques crêpes fraîches et une petite bouteille de liqueur faite maison. Tout cela était bon pour casser la glace afin de surmonter le malaise des premiers moments de la conversation. Il supposait que le Réchauffement Climatique aimerait l"idée de casser la glace, parce que c"est ce qu"il faisait habituellement de toute façon, nous menaçant par des inondations, nous octroyant l"étalage d"eaux poissonneuses jusque sous nos fenêtres.
       Lilli-Lapin avait compris que sans ces petits présents, il n"est pas très facile de négocier avec le Réchauffement Climatique, et il avait pris la liqueur parce que le Réchauffement Climatique avait déjà atteint l"âge légal de la boisson, et qu"il estimait être un bon remontant tempéré.
       Lilli-Lapin a trouvé le Réchauffement Climatique dans sa propre cour, sur le dos, se reposant tranquillement sans chemise, bronzant au soleil, et jouant aux cartes avec la Stupidité Globale, l"Ignorance Globale, et la Négligence Globale. Cette joyeuse compagnie ne jouait pas juste pour s"amuser, elle jouait pour certaines récompenses. Les effets de ce jeu sont importants, nous pouvons l"observer dans la vie quotidienne de notre monde. Si la Stupidité Globale gagne, tous doivent feindre d"être stupides, si l"Ignorance Globale gagne, tous doivent feindre d"être ignorants, et si la Négligence Globale gagnait, chacun devra toujours indiquer : "Je ne m"inquiète de rein."
       Récemment, le Réchauffement Climatique a essayé de tricher en augmentant la température à son point culminant, mais la Stupidité Globale n"était pas assez futée pour s"en apercevoir, l"Ignorance Globale ne connaissait pas les règles du jeu, et la Négligence Globale, s"en foutant de toute façon, a commencé à s"endormir. Sans préambule, Lilli-Lapin a versé les boissons, et chacun a levé son verre pour un toast grillé à la connaissance. La Négligence Globale a négligemment fini la bouteille et s"est complètement endormie sur le pavé, ainsi Lilli-Lapin a été invité à prendre sa place pour jouer aux cartes. Lilli-Lapin a gagné le premier round et le Réchauffement Climatique a demandé :
       -- Qui êtes-vous ?
       -- Je suis le Lapin-Global, a répondu Lilli-Lapin.
       -- Alors chacun doit être un Lapin, a dit le Réchauffement Climatique en coupant aussitôt le chauffage.
       Ainsi il fit bientôt froid partout dans le monde et Lilli-Ours se sentit mieux, rendant Lilli-Lapin heureux. Seuls, les chats étaient accablés, car ils n"avaient pas eu le temps de finir leurs rêves globalement ardents.
      
      
      
      
       Chapitre 11
       Lilli-Lapin et sa boîte aux lettres
      
      
      
       Au début, Lilli-Lapin possédait une petite boîte aux lettres inexpressive. Elle était près de la route de la Lilli-Maison, de couleur verte, et Lilli-Lapin l"adorait. Malheureusement, venant à passer par-là un jour d"hiver, un mauvais tracteur l"avait complètement détruite. Lilli-Lapin avait alors acheté une nouvelle énorme boîte aux lettres, il l"avait peinte en rouge Bordeaux et avait écrit dessus : "Lilli-Lapin".
       Le poteau sur lequel tenait la boîte aux lettres avait été peint de bandes inclinées rouges et blanches, comme aux postes frontières nationales. Croyant qu"ils avaient affaire à un poste douanier, tous les passants ont alors commencé à s"arrêter et à présenter leurs documents à Lilli-Lapin.
       Lilli-Lapin a alors accroché une énorme affiche :
      
      
      
       Passage !
       Ce n"est pas une frontière !
      
      
      
      
       Mais comme le trafic le long de la route qui longeait la maison était en double sens, Lilli-Lapin a ajouté une inscription au verso :
      
      
      
      
       Et vous passez aussi !
       Ce n"est également pas une frontière !
       Svp : N"enlevez pas votre pantalon.
      
      
      
      
       Généralement, les gens sur Terre sont assez disciplinés : dès qu"ils arrivent près d"une frontière nationale, même si elle est installée n"importe où, du moment qu"ils voient un poteau rayé, ils montrent leurs papiers avec obéissance et sont même prêts à enlever leur pantalon pour une vérification plus complète. Il est vrai que de nos jours, n"importe qui peut transporter n"importe quoi au-delà des limites des poteaux rayés.
       Avant le poteau, c"est autorisé ; après, c"est interdit ! Si vous tentez de passer outre, vous allez en prison. Les Terriens n"aiment pas aller en prison, ils ont donc pour habitude de baisser leur pantalon devant n"importe quel poteau rayé.
       Par le passé, les extraterrestres de la planète Boisson8 avaient décidé de s"installer sur Terre, mais en nous observant avec leur télescope ultra-performant, et en voyant toutes les personnes sur Terre baisser leur pantalon devant les poteaux rayés, ils ont pris peur en pensant que cela était peut-être infectieux ou de toute façon contagieux. Ils se sont donc installé sur une autre planète9, après avoir laissé la Terre aux Terriens.
       Les Terriens ont continué d"établir de nouvelles frontières, et les lignes de personnes avec leur pantalon baissé se sont développées et multipliées par E=Mc2. Et le slogan "Ne transgressez pas !" est désormais un slogan du monde entier. C"est important afin de maintenir l"ordre ! Si nous ne tenions pas la majorité du peuple en ligne avec le pantalon baissé, comment pourrions-nous assurer la paix dans le monde ?
       Personne n"était étonné de voir le poste frontière de Lilli-Lapin, parce que la majorité des citoyens est obéissante, fidèle, et volontairement, les hommes ont renoncé à porter des bretelles afin d"être mieux prêts à soutenir la sûreté nationale en baissant leur pantalon à chaque poteau rayé.
       L"affiche explicative de Lilli-Lapin a pratiquement résolu le problème, mais il est toujours nécessaire, ici ou là, deux à trois fois par jour, d"aider des conducteurs à la vue faible ou qui ne savent pas lire à remettre leur pantalon qu"ils ont enlevé par erreur.
       Généralement la connaissance de toutes les lettres de l"alphabet facilite considérablement la lecture. Il est possible, naturellement, de lire sans connaître toutes les lettres, simplement en tournant attentivement les pages du livre, recherchant les lettres familières, par exemple en recherchant la lettre "B", ou "U".10
       Toutefois, une telle méthode de lecture peut occasionner quelques erreurs de compréhension et déformer la signification d"un texte ; c"est la raison pour laquelle nos écoles essayent de former toutes les personnes à lire la plupart des lettres, bien que certaines lettres présentent des difficultés de compréhension... Depuis que le système scolaire moderne s"est développé, la majorité de population a pris connaissance de l"alphabet, les gens ont commencé même à s"écrire ; la lettre et le service postal ont commencé à se transporter.
       Écrire une lettre à l"étranger est en effet beaucoup plus commode que de passer deux heures au départ et à l"arrivée, debout dans un aéroport, le pantalon baissé, risquant toujours de finir en prison à cause d"une malheureuse paire de ciseaux de manucure... Nous savons que la guerre contre le terrorisme est beaucoup plus importante que des ongles, mais essayez d"expliquer ça aux femmes !...
       Lilli-Lapin n"aimait pas voyager à l"étranger, c"est pourquoi il s"est toujours assuré que sa boîte aux lettres serait prête à accepter de nouvelles lettres. Généralement, à la manière dont vous décorer l"extérieur de votre boîte aux lettres, vous influencez considérablement la nature des lettres et des messages vous allez recevoir. Quand la boîte aux lettres de Lilli-Lapin était verte, toutes les lettres qu"il recevait étaient d"un vert mélancolique, et dès l"apparition de la nouvelle boîte rouge Bordeaux, plus joyeuse, il s"est aussitôt mis à recevoir des cartes postales drôles des pays tropicaux, des félicitations avec des images de camomilles, des périodiques avec des images et des sucreries de Santa Barbara. Lilli-Lapin était très étonné de voir comment la couleur de la boîte aux lettres pouvait influencer l"expéditeur. Lilli-Lapin a écrit sur le sujet à ce phénoménal scientifique, M. Super-Einstein, et il a même été pris par l"ivresse des profondeurs en raison de l"insolvabilité de ce paradoxe. Puis, après une boisson énergétique "spéciale-ivresse" (une solution faite de neutrons rapides), Super-Einstein a donné un nom à ce phénomène : le "paradoxe de Lilli-Einstein-Superbe-Lapin", et c"est ainsi qu"il a été honoré dans les manuels contemporains sur la physique quantique postale.
       Cependant, Lilli-Lapin ne s"est pas seulement contenté de vagues paroles sur la science théorique, il s"est assis dans les buissons à côté de la boîte aux lettres pour voir ce qui se produisait vraiment quand arrivait le facteur, Monsieur Bonnes-Nouvelles.
       Sitôt le facteur présent, la boîte aux lettres a démontré une réjouissant exceptionnelle et elle s"est mise à lécher l"agent sur le nez, gesticulant du poteau comme si c"était une queue.
       -- Repos ! a invectivé le facteur, du calme, la boîte !
       La boîte aux lettres a reniflé le sac postal, a saisi l"une des plus joyeuses cartes postales et l"a avalé aussitôt. Mais le facteur ne s"est pas montré fâché contre elle ! Il faut dire qu"il y avait toujours assez de lettres dans le sac du facteur pour toutes les autres boîtes rouge Bordeaux.
       Quand le facteur est parti, Lilli-Lapin a pris sa boîte aux lettres pour une promenade, puis il lui a construit une niche et lui a acheté un os comme pour un chien.
      
      
      
      
       Chapitre 12
       Lilli-Lapin et son éponge
      
      
      
       Être aristocrate, ce n"est plus une attestation d"origine et de sang noble, ou d"une délicieuse enfance et une superbe éducation. Désormais, il est possible de rencontrer un aristocrate dans n"importe quelle classe sociale : les ouvriers, les paysans et même... les éponges, les tubes de pâte dentifrice, les ciseaux de manucure, et en particulier, cela va de soi, les écrins de poudre. J"ai personnellement eu l"honneur d"en connaître un remarquable, qu"exceptionnellement j"évoque ici, qui vit dans la poche secrète de la bourse de Lilli-Lapin et qu"il n"a pas beaucoup utilisé pour se poudrer le nez, et exclusivement pour d"élégantes conversations.
       Mlle Écrin-de-Poudre a été présentée par Lilli-Ours en tant que bonne vieille amie de la famille de la grand-mère de Lilli-Ours, qui, elle-même, avait été présentée à Mlle Écrin-de-Poudre à l"exposition internationale de Paris en 1937. Assez âgée, Mlle Écrin-de-Poudre vivait depuis, isolée. Célibataire et jolie, mais jugée trop vieille pour vivre dans la boîte des jeunes jouets de Lilli-Ours qui étaient tout à fait intolérants. Mlle Écrin-de-Poudre a favorablement consenti à accepter la proposition de se ranger dans la bourse de Lilli-Lapin où elle a trouvé des appartements modestes mais confortables.
       L"éponge de Lilli-Lapin était également aristocrate. Lilli-Lapin n"osait donc pas une telle insolence : employer ses services comme une éponge ordinaire. D"ailleurs, Lilli-Lapin avait l"habitude de se savonner avec l"éponge de Lilli-Ours qui ne l"employait de toute façon pas souvent lorsqu"il se baignait dans l"étang. Bien qu"il ne soit pas nécessaire de dire que Lilli-Ours avait constamment exigé l"achat d"une autre éponge, surtout qu"il avait même vivement protesté car certains braves gens l"avaient utilisé pour nettoyer les murs du Kremlin à l"époque communiste de Moscou... (Maintenant il n"y a plus de beaucoup de braves gens pour faire cela... ce qui peut signifier la victoire totale de la liberté en Russie).
       Les murs de Lilli-Maison ont été recouverts de briques rouges style Kremlin, ainsi Lilli-Ours avait placardé une affiche :
      
      
      
       Éponge à l"ours !
      
      
      
      
       Fort de cela, il avait proclamé le slogan révolutionnaire : "Une éponge à l"ours !", "Une éponge à l"ours !", le mot "éponge" étant prononcé de manière entraînante : "épo-o-o-o-o-o-o-o-o-o-onge". Pris de pitié, Lilli-Lapin avait fini par lui acheter une nouvelle éponge, après quoi Lilli-Ours a immédiatement perdu tout intérêt à l"action, puisque de toute façon, il n"utilisait pas d"éponge pour se baigner dans l"étang. Ainsi, Lilli-Lapin a dû ensuite sur-employer les éponges afin de maintenir un taux de chômage assez bas dans la Lilli-Maison.
       Comme vous vous le rappelez probablement, Lilli-Lapin a été légalement élu Président et il s"inquiétait du taux de chômage, ce qui pourrait servir de bon exemple à d"autres présidents. Si vous vous inquiétez du taux de chômage, vous ne pouvez pas vous inquiéter de toute autre chose. Le taux de chômage est maintenant le nouveau Dieu des politiciens. Vous pouvez tricher, mentir, voler... avec soins, si le taux de chômage monte, vous êtes politiquement mort. Comme nous l"expliquions par le passé, chaque individu sain doit travailler, et peu importe s"il travaille comme éponge et nettoie quelqu"un... Peu importe d"ailleurs qui savonne qui... Le savonneur et le savonné sont des employés !
       Ainsi, après avoir été libérée de ses responsabilités officielles, l"ancienne éponge a transmis ses droits de lavage de Lilli-Lapin à sa plus jeune collègue, la nouvelle éponge de Lilli-Ours, et s"est occupée d"écrire cette poésie :
      
      
       Vous avez pris ma santé.
       Comme une tasse de thé.
       Pour vous c"est le passé.
       Pour vous, je suis mort...
      
      
       Mon savon a été séché,
       Vous m"avez laissée
       Pour ne pas perdre, au moins,
       L"espoir du bonheur !
      
      
       Mlle éponge a regardé par la fenêtre de la salle de bains, et, fumant une longue cigarette pour dame, elle a terminé le dernier couplet :
      
      
       Laissez-moi seule !
       C"est mon dernier vol
       Dans les nuages du savon,
       Plus rien ne sera bon !
      
      
       Lilli-Lapin écoutait et posait parfois des questions provocatrices qui pouvaient irriter n"importe quel poète :
       -- Mlle éponge, les éponges peuvent-elles voler ?
       -- Laissez-moi seule ! Laissez-moi seule ! répondait Mlle Éponge, très énervée.
       La mélancolie de Mlle éponge s"est accrue chaque jour. Elle estimait qu"elle était constamment abaissée par la force insurmontable et intransigeante de la gravitation terrestre ; elle s"est mouillée, a doublé de volume, tombant ainsi lourdement sur le plancher, arrachant du même coup le crochet sur lequel elle était suspendue. Elle s"est alors investie dans l"art de l"autoportrait, mais ce ne fut pas une grande réussite.
       Lilli-Lapin a commencé à s"inquiéter pour Mlle Éponge. Il l"a montrée au célèbre thérapeute, le psychologue Neo-Freudo-Pet, Docteur Cercueil, qui a émis l"idée qu"il n"est pas nécessaire de tenir à l"intérieur ce qui peut rester dehors. Ses livres sur la psychologie du Neo-Freudo-Petantisme étaient déjà un réel succès. Dans le bureau du psychologue, Mlle éponge a gémi puis libéré quelques bulles de savon. Le docteur Cercueil qui était gai en raison de son devoir, a proposé à Mlle éponge de voyager, mais elle a simplement objecté :
       -- Laissez-moi seule...
       L"épouse du docteur Cercueil tenait la seule agence de voyage en ville, et pour des raisons inexplicables, tous les patients du docteur Cercueil recevaient une recommandation de voyager. La thérapie proposée était souvent de faire un tour du monde en Concorde supersonique afin de guérir plus vite. L"épouse du docteur Cercueil ajoutait au pack guérison un petit détour autour de la lune à un prix astronomiquement bon, car ce corps céleste contenait des vitamines virtuelles très efficaces. Mlle éponge a essayé d"entretenir le docteur Cercueil sur son enfance malheureuse alors qu"elle était maintenue au sec dans un magasin sombre, sans voir une seule gouttelette de savon pendant plus d"une année et demie. Cependant, le docteur Cercueil n"a pas voulu l"écouter. Déçue, Mlle éponge n"a pas suivi ses conseils de voyage, se contentant de demander à voir le nouveau livre du docteur Cercueil : "Laissez tout dehors !" et qui, pour donner plus de crédibilité à son livre, le vendait à un prix très spéculatif.
       Pourquoi des psychologues sont-ils toujours insatisfaits de ce que nous payons pour leurs séances ? Pourquoi essayent-ils toujours de nous vendre en plus leurs livres ? Peut-être parce que les écrivains essayent toujours de vendre leurs conseils psychologiques dans leurs livres ? Il y a une concurrence constante entre les psychologues et les écrivains. Lequel des deux fait le plus de profits ? En tout cas, les psychologues et des écrivains sont très dangereux. Parfois ils sont ambitieux, avides, et impulsifs.
       Les écrivains ne lisent pas. Ils disent toujours : " Je ne suis pas un lecteur, je suis un auteur ! " Et les psychologues ont une vie personnelle malsaine. " Pourquoi quiconque serait-il heureux, si moi je ne le suis pas ? " Vous pourriez dire : " Vous n"êtes probablement pas psychologue. Mais, évidemment, vous êtes un auteur. Pourquoi dites-vous de telles choses ? " Je ne sais pas... Peut-être suis-je un bon auteur ! Parce que j"essaye d"être honnête ! Je sais déjà que ce que je vais acheter sur mon prix Nobel de Littérature. Ce sera un nouvel aspirateur. Cet instrument a un nom très trompeur... Si vous espérez un aspirateur, vous devriez l"appeler espérateur. Vous pourriez demander : " Et pourquoi je parle d"aspirateurs maintenant ? " Bien, si vous êtes un bon auteur, vous ne vous inquiétez pas ce que vous dites... Une parole juste ne vient jamais par l"esprit.
       Mlle éponge n"a pas acheté le livre. Elle a simplement quitté le psychologue en se disant qu"elle était malade et allait bientôt mourir. À la télévision, elle a vu une publicité sur une éponge avec un pantalon cintré et qui parlait. Maintenant, elle pense que toutes les éponges sont comme des personnes : Elles ont un pantalon, un cerveau et même une âme !
       Lilli-Lapin a décidé de distraire Mlle éponge de ses tristes pensées. Il lui a acheté des fleurs, mais elle a eu une réaction tragique : " Gardez ces fleurs pour l"enterrement ! Je n"ai pas d"enfant, et je ne sais pas qui pourra mettre quelques fleurs sur mon tombeau. "
       Lilli-Lapin a compris que Mlle éponge était triste parce qu"elle n"avait pas eu d"enfant, alors il lui a apporté un animal domestique de sorte qu"elle prenne soin de lui et oublie sa dépression. Cet animal était une mouche ! Une mouche un peu potelée que Mlle éponge n"a pas voulu prendre avec elle, car c"était une mouche à merde qui n"était pas très propre. Finalement, cette mouche a été rejetée en clinique de réhabilitation, car elle a été attrapée fumant un joint de thé vert, un puissant aphrodisiaque illégal pour des mouches.
       Ainsi, Mlle éponge s"est retrouvée de nouveau seule. Ses poésies sont devenues de plus en plus tristes, des maux de tête sont apparus, elle ne pouvait plus dormir. Elle a longuement souffert de la sécheresse et, mon Dieu ! Mlle éponge a commencé à perdre des petits morceaux...
      
      
       Les vents secs de la mort
       Me déchirent une pièce !
       Je ne serai pas heureuse !
       Je ne serai pas heureuse...
      
      
       Me rendre humide
       Est-ce votre art ?
       Rendez-moi alors savonneuse
       Pour une dernière fois...
      
      
       Quand Lilli-Lapin a entendu cette poésie, il a commencé à pleurer et a immédiatement savonné Mlle Éponge. Mais Mlle éponge a embroché le savon et a crié qu"elle ne voulait pas d"un savon terreux ; qu"elle avait besoin d"un savon spirituel. Lilli-Lapin ne comprit pas grand chose de cette âme faible d"éponge. Il était très inquiet pour la santé de Mlle éponge, et il l"a aidée à se parer de son voile préféré, fait à partir du papier toilette, sans lequel elle ne sortait jamais de la salle de bain. Il l"a ensuite instamment transportée chez le docteur Mortrapide qui lui a fait un IRM spongieux grâce à l"injection d"un shampooing contrastant dans l"artère spongiforme. Mlle éponge a été diagnostiquée avec la Mélancolie Généralisée des éponges (la M.G.E.) et l"Insuffisance Chronique de Savon (la I.C.S.). La conclusion est tombée comme un couperet : interdiction formelle d"écrire des vers. Mlle éponge a immédiatement demandé à voir un prêtre. Vous ne savez peut-être pas, mais les éponges sont très religieuses.
       Le destin de Mlle éponge a été décidé le matin du jour suivant, quand, après l"admission dans le confessionnal de la salle de bain, elle fut préparée à quitter ce monde imparfait où la propreté n"est plus obligatoire. Heureusement, ce matin-là, Lilli-Lapin avait noté que Lilli-Ours était très amorphe après être resté trop longtemps allongé. Une solution drastique s"imposait. Oubliant dans quel état se trouvait Mlle éponge, il la saisit par la taille et se précipita sur Lilli-Ours pour l"obliger à prendre un bain savonneux.
       Étonnamment, Mlle éponge a aussitôt récupéré tous ses moyens et elle ne fut plus jamais malade.
      
      
      
      
       Chapitre 13
       Lilli-Lapin et l"Économie Totale
      
      
      
       Un jour que le Lilli-Lapin se rendait au marché acheter quelques écrous pour Lilli-Ours, il s"aperçut que la pancarte d"entrée avait changé. Au lieu du vieux slogan : "Bienvenue au marché !" il y avait désormais :
      
      
      
       Bienvenue à l"économie Totale
      
      
      
      
       Lilli-Lapin n"a tout d"abord pas prêté attention à ce changement mineur. Il s"est orienté vers la vendeuse d"écrous qui trichait régulièrement sur les comptes en défalquant deux ou trois écrous, arguant du fait que c"était un impôt spécial sur les écrous. Lilli-Lapin devinait que la dame du marché trichait probablement, mais il n"a jamais rien objecté, parce qu"il était un citoyen honnête et payait toujours ses impôts en temps et en heure.
       Mais ce jour-là, la vendeuse d"écrous était devenue Mme l"économie Totale, et elle n"a rien donné en échange de ce que Lilli-Lapin avait payé, arguant du fait que l"impôt était désormais de 100%, et qu"il devait concéder la totalité de ce qu"il avait acheté. Incrédule, Lilli-Lapin a regardé Mme L"économie Totale, comprenant qu"avec ce nouveau concept, il ne pouvait plus acheter d"écrous du tout ! Même en payant mille ou un million d"écrous, il n"en obtiendrait pas un seul en retour !
       Nous devons admettre que les nouvelles règles en matière d"achat d"écrous étaient difficilement acceptables pour Lilli-Lapin, car même s"il savait combien il fallait consentir d"efforts pour la bonne marche de la société industrielle et pétrolière, surtout en terme d"huile d"olive fraîche et de lait caillé, il n"était néanmoins pas prêt à retourner à la maison les mains vides, sans écrou du tout ! alors qu"il en avait déjà payé trois à Mme l"économie Totale ! Mais le pire dans tout ça, c"est qu"allait bien pouvoir penser Lilli-Ours ? Qu"il les avait mangés en cours de route ! surtout que Lilli-Ours était loin de s"apitoyer sur des problèmes de société découlant des nouveaux concepts économiques. Et puis, Lilli-Lapin aimait tellement Lilli-Ours qu"il ne pouvait pas décevoir son ami d"une manière aussi brutale en ne lui rapportant RIEN ! Et même si c"était dans un joli emballage avec des oursons très mignons dessinés sur du papier rouge !
       Lilli-Ours était un idéaliste doté d"un esprit pratique. Il avait la naïveté de penser que si vous payez pour trois écrous, vous devez obtenir avec précision trois écrous, et non deux et demi, ni un trois-quarts ni même quatre comme cela s"est produit dans d"autres pays où il n"a d"ailleurs jamais vécu. Une fois, Lilli-Ours avait relu les livres révolutionnaires de Jean-Jacques Rousseau, et depuis, il avait commencé à observer l"État maltraiter ses citoyens. Lilli-Lapin avait été très inquiet à ce sujet, car l"état n"aime pas quand quelqu"un l"observe d"un peu trop près... surtout qu"il est un peu obèse depuis qu"il se sucre avec opulence sur le dos des citoyens
       Lilli-Lapin décida avec respect de négocier un accord avec la vendeuse :
       -- Désolé, Mme L"économie Totale, commença poliment Lilli-Lapin, je ne m"attendais pas à une attitude aussi provocante : au lieu des trois écrous payés, vous ne me donnez plus rien, outre cet emballage très joli. Mais Lilli-Ours ne va pas s"en satisfaire, lui ! Il va dire : " J"aime les écrous ! Je veux des écrous ! " Êtes-vous sûre que ces nouvelles règles du marketing sont vraiment opérationnelles ?
       -- Absolument sûre, assura Mme l"économie Totale en regardant Lilli-Lapin de ses yeux globalement honnêtes.
       -- Mais cela est si étrange, continua Lilli-Lapin, que...
       -- Qu"y a-t-il d"étrange ? coupa la vendeuse en colère et en regardant farouchement chaque objet autour d"elle, je ne vois rien d"étrange, sacré nom de Dieu !
       -- Bien, je ne suis pas tout à fait sûr que tout cela soit équitable, expliqua Lilli-Lapin en essayant de rester calme. (Quand vous êtes chauffé dans un endroit public, vous pouvez facilement vous faire arrêter et même vous faire tuer sans aucune raison. C"est un des avantages de notre société, que d"être tué n"importe où et n"importe quand. C"est si pratique ! -- Oui, je sais, il n"y a pas de rapport, mais, je viens juste d"y penser !).
       -- Savez-vous combien coûte le changement de la liste des prix ? Nous avons dépensé beaucoup d"argent... expliqua Mme l"économie Totale de manière très convaincante.
       Elle poussa Lilli-Lapin de ses formes totalement rondes, et Lilli-Lapin pensa qu"il était probablement juste temps de rentrer à la maison avant qu"il n"ait entendu quelque chose de pire, mais Mme l"économie Totale a continué :
       -- Vous êtes un membre intelligent de notre société. Vous devez comprendre que cette consommation d"écrous ne constitue pas un besoin fondamental de Lilli-Ours selon la balance des besoins du grand sociologue américain M.A. Slow. Par conséquent, l"acquisition des écrous est maintenant chargée d"un taux d"imposition de 100% avec profit immédiat d"une compensation compréhensible prenant la forme d"un emballage très artistique. Vous devrez naturellement compléter correctement votre formulaire de l"impôt global. Le voici ! Prenez-le et complétez la formule N.u.t.s. № 433 et renvoyez-le-moi dès que ce sera fait. Ainsi je pourrai récupérer le prix de l"emballage.
       Lilli-Lapin a pris le formulaire et même dit merci, mais il a cependant demandé une dernière chose :
       -- êtes-vous sûre que c"est le bon formulaire ? Je n"avais jamais entendu parler de cet impôt de 100% et de ce formulaire global.
       -- évidemment ! a répondu Mme l"économie Totale en prenant son air le plus chaloupé, puisque l"économie devient totale, tout devient global. Et "global", M. Lilli-Lapin, veut bien dire ce que ça veut dire ! Si vous ne l"avez pas appris à l"école, je peux vous l"expliquer...
       -- Mais quel est le besoin de base du Lilli-Ours, selon votre M.A. Slow ?
       -- Eh bien ! C"est le gruau que nous considérons comme besoin de base pour lui. Par conséquent la consommation du gruau est presque affranchie d"impôt, excepté les Impôts Locaux de Gruau (ILG), que je ne crois pas élevés du tout. Seulement une cuillère... pour deux mangées !
       -- Mais Lilli-Ours a déjà commencé à lire Rousseau, et maintenant il a les idées bien arrêtées... Je crains qu"il n"accepte les nouvelles réglementations.
       -- Avez-vous le sens profond du développement de l"économie totale, Monsieur, demanda Mme l"économie Totale ? une sincère amertume dans sa voix, c"est à vous de le convaincre, désormais !
       -- Mais comment les gens peuvent-ils survivre dans de telles circonstances? demanda Lilli-Lapin.
       -- Vous pouvez casser les lois, ne pas payer tous les impôts... C"est votre libre choix ! Mais si nous le découvrons, vous resterez en prison tout le reste de votre vie. C"est ça un pays libre ! Chacun peut choisir quand aller en prison !
       -- Ainsi, vous allez mettre tout le monde en prison ? hurla Lilli-Lapin avec désespoir.
       -- Pas nécessairement ! Vous sentez-vous coupable, Monsieur Lilli-Lapin ?
       -- Non, mais comment mon Lilli-Ours va-t-il survivre sans écrou ? se désespéra Lilli-Lapin, il les aime tellement !
       -- Excusez-moi, je n"ai pas refusé de vous vendre les écrous ! a froidement répondu Mme l"économie Totale, j"ai juste appliqué l"impôt qui était dû !
       -- Mais où va tout cet argent ? demanda Lilli-Lapin, suspicieux.
       -- Ne regardez-vous pas la télévision ? s"indigna Mme l"économie Totale, ne savez-vous pas que nous devons aider l"Afrique ?
       -- Ainsi vous leur envoyez les écrous ? soupira Lilli-Lapin, espérant que cet impôt servait une noble cause. Lilli-Jacob aide aussi les gosses en Afrique depuis longtemps. Il leur envoie une bonne brioche chaque dimanche.
       -- C"est très beau de sa part, mais je vois, Lilli-Lapin, vous êtes très loin de comprendre l"économie totale, nous vendons des écrous et achetons des bottes chaudes.
       -- Pourquoi auraient-ils besoin de bottes chaudes ? s"esclaffa Lilli-Lapin, il fait trop chaud en Afrique !
       -- C"est ainsi qu"ils équilibrent leur économie, expliqua Mme l"économie Totale, nous leur envoyons des bottes chaudes qu"ils revendent au nord, et elles reviennent remplies de boissons alcoolisées utilisées comme cocktail Molotov pour combattre.
       -- Pour combattre qui ?
       -- Peu importe ! Ils sont des nations indépendantes, ils peuvent combattre qui ils veulent ! Nous ne pouvons pas interférer dans leurs choix. La non-intervention est notre principe démocratique de base, indiqua fièrement Mme l"économie Totale.
       -- Je ne comprends pas tout... soupira Lilli-Lapin avec anéantissement.
       -- Vous n"êtes pas censé comprendre, répondit poliment Mme l"économie Totale, ce n"est pas votre rôle ! Vous payez vos impôts et fermez votre bouche. Vous n"habitez pas en Afrique, soyez donc heureux !
       -- Mais comment mon Lilli-Ours peut-il être heureux sans écrou ?
       Totalement excédée, la vendeuse demanda :
       -- Mais pourquoi insistez-vous ?
       -- Prévention des processus douteux ! indiqua Lilli-Lapin.
       -- Eh bien ! fit-elle en donnant un écrou en récompense à Lilli-Lapin, la prévention est très bonne pour l"économie.
       Surpris et heureux, Lilli-Lapin s"en alla. La vendeuse attendit qu"il eut disparu et elle avala une grande pièce d"écrous, impôt immédiat pris sur le dos de Lilli-Ours. Elle se mit alors à méditer sur sa conversation avec Lilli-Lapin.
       La méditation ayant duré trop longtemps, les impôts finirent dévorés par Mme l"économie Totale. En Afrique ils ne reçurent pas de bottes chaudes et les peuples du nord sont restés avec un excédent de bouteilles vides qu"ils ont utilisé pour envoyer des S.O.S. en les jetant à la mer pour plaisanter. Quand les sauveteurs sont arrivés, ils ont vu que les gens du nord s"amusaient follement et ils ont ri ensemble en buvant les boissons alcoolisées.
       Il va de soi qu"en Afrique, si un manque de bouteilles se fait sentir, les conflits s"arrêtent comme par magie. Ainsi, Africain désœuvré ayant reçu une brioche de Lilli-Jacob, eut soudain la bonne idée de cultiver du blé pour faire sa propre brioche.
       -- Pourquoi n"y ai-je pas pensé pendant des années ? se demanda-t-il.
      
      
      
      
       Chapitre 14
       Lilli-Lapin et sa névrose
      
      
      
       C"était une nuit très sombre. Tout était silencieux dans la Lilli-Maison. Seule l"horloge du grand-père ne dormait pas, parce qu"elle avait dormi toute la journée, et elle marchait silencieusement autour de la maison. Les chats ronflaient à l"unisson, et le chausson gauche de Lilli-Lapin avait un sommeil agité. On pouvait l"entendre murmurer : " Distribuez la richesse... Distribuez... " La vieille horloge dégustait de temps à autre la crème aigre-douce dans le réfrigérateur de Lilli-Lapin.
       Peut-être ne saviez-vous pas que toutes les horloges ont besoin de produits laitiers frais ? Sans eux, elles commencent à se battre entre-elles avec leur pendule. Heureusement, les produits laitiers calment leurs ardeurs.
       Ayant fini une crème, l"horloge de Lilli-Lapin regarda l"affichage électronique du four micro-onde en maugréant :
       -- Dieu du ciel protégez-moi ! Il est trois heures vingt-trois minutes et j"ai encore tant de tic-tac à faire pour finir ma nuit !
       La vieille horloge du grand-père était désespérée de voir qu"elle était si vieille qu"elle ne pourrait plus compter le temps par elle-même, obligé qu"elle était d"utiliser l"affichage digital d"un micro-onde avec pour s"affranchir du temps. La démarche lourde, l"horloge passa par la salle à manger, puis elle s"essuya d"un torchon son cadran fatigué et sali avec de la crème aigre-douce.
       " Bang ! " a sonné l"horloge de Lilli-Lapin. Comme d"habitude, elle sonnait sans se dépêcher et les intervalles entre les coups étaient parfois si longs que personne ne pourraient savoir si un "bang" sonné était relié à l"heure précédente ou déjà à la prochaine. L"horloge de Lilli-Lapin a écouté le silence :
       -- C"est bon, je n"ai réveillé personne. Même la chatte Basia ne s"est pas réveillée, bien qu"elle se soit dormie sur la couverture du vieux piano à queue dans la salle à manger, juste à côté.
       L"horloge soupira un "Tic", puis un "Tac", en admirant le piano.
       Lilli-Ours avait laissé traîner les notes de musique. Le piano rêvait que son ami arrive enfin à jouer complètement la Nocturne de Chopin que ses cordes n"avaient plus réussi à jouer depuis au moins un demi-siècle.
       Lilli-Ours jouait souvent des mélodies de sa propre composition, mais elles étaient toujours tournées sur des chants soporifiques d"ours, du style : "Un petit ours en balade". Il suffisait alors d"une pause entre deux "bang" pour que l"horloge s"effondre contre le mur dans un profond sommeil, de sorte que le lendemain, Lilli-Lapin n"arrêtait pas de se plaindre, pourquoi cette horloge ne fonctionnait pas des jours entiers alors qu"elle continuait à émettre pudiquement son tic-tac et se gavait de crème aigre-douce avec du fromage blanc toute la nuit.
       La maison était toujours plongée dans son profond silence, interrompu seulement une fois par un cri ensommeillé de Lilli-Ours : "Terre !" Il devait encore être en train de rêver du roman de Jules Verne dans lequel il était marin-ours et voyageait à bord d"un vrai bateau.
       Soudain quelqu"un a frappé à la porte: " Toc ! Toc ! Toc !" Lilli-Lapin se réveilla aussitôt. Il n"était pas étonné puisqu"il arrivait fréquemment que les voisins frappent la nuit, demandant en toute innocence un oignon ou des lunettes de soleil. Lilli-Lapin a réveillé ses deux chaussons, parce qu"il ne voulait pas marcher nu-pieds en pleine nuit. Il a pris l"oignon sur la table de nuit qu"il avait préparé ainsi que les lunettes de soleil et, sans la moindre irritation à murmuré : " Qui cela peut-il bien être ? " Bien sûr, ce devait être son adorable voisin M. Pressure qui, la nuit, pressait du bouleau avec des pelures d"oignon frais pour étouffer et en soutirer du sirop d"érable. Les lunettes de soleil étaient nécessaires pour que l"oignon ne fasse pas pleurer M. Pressure, car ce dernier n"aimait pas pleurer lui-même, préférant faire pleurer les autres quand c"était nécessaire. Excepté cela, c"était un monsieur très plaisant en ses premières années de retraite.
       Vous pensez probablement que le voisin de Lilli-Lapin était un individualiste retardé en attente d"internement dans un hospice ? Eh bien, vous allez être étonné du contraire ! Toute sa vie, l"homme a fait d"honorables affaires et il a dupé simplement son monde autour de lui, comme le font bon nombre d"entre-nous, la majeure partie du temps ! Il n"est donc pas nécessaire de tirer des conclusions prématurées ! Ne ricanez pas : " Pourquoi aurait-il besoin de lunettes de soleil la nuit ? C"est pathétique ! " Vous êtes pathétique vous-même si vous vous précipitez pour sauter sur des conclusions hâtives. Il est nécessaire de respecter son travail, particulièrement quand on est promptement récompensé par une superbe petite fiole de sirop d"érable, que le voisin reconnaissant avait l"habitude d"apporter comme cadeau, marque de son amitié. Lilli-Lapin l"offrait à Lilli-Ours et n"était pas plus incommodé que cela par ces petits dérangements nocturnes.
       Mon lecteur honorable, SVP, ne commencez pas par dire : " Voyons ! Vous ne pouvez pas tirer du sirop d"érable d"un bouleau ! Même avec des oignons ! " Peut-être, diriez-vous également que les horloges ne mangent pas la crème aigre-douce ? Alors, SVP, dans ce cas, refermez le livre, car maintenant commence le plus intéressant et le plus incroyable. (Est-ce que j"ai dit que toutes les histoires de ce livre sont basées sur les faits véridiques ? Croyez-moi, ce sont souvent les plus incroyables !)
       Lilli-Lapin a ouvert sa porte... Alors, vous voyez que j"ai raison !
      
      
       Ce n"était pas M. Pressure ! Il a aussitôt caché l"oignon et les lunettes derrière son dos. Sur le seuil se tenait la névrose de Lilli-Lapin.
       -- Avez-vous arrêté la théière ? a-t-elle demandé avec impatience.
       -- Oui ! a répondu Lilli-Lapin et il a refermé la porte.
       Après avoir laissé les lunettes de soleil et l"oignon près de la porte au cas où M. Pressure viendrait plus tard, Lilli-Lapin est retourné vers sa chambre à coucher en passant par la cuisine pour contrôler la théière. Tout était parfait, il a haussé les épaules.
       À peine Lilli-Lapin avait-il fermé les yeux, qu"on frappait de nouveau à la porte ; plus nerveusement et avec insistance, cette fois-ci. Lilli-Lapin a sauté du lit en pensant : " C"est probablement un autre voisin, M. Boutonneux ! "
       M. Boutonneux collectionnait les boutons et il venait régulièrement en chercher la nuit, car il avait peur d"en louper si quelques-uns venaient à fuguer au petit matin. Lilli-Lapin a pris un sac de boutons qu"il avait préparé en bas de l"escalier et ouvrit la porte. Sur le seuil se tenait de nouveau sa névrose :
       -- Vous m"excuserez, Monsieur Lilli-Lapin, commença-t-elle très poliment, mais contenant avec difficulté une certaine agitation, avez-vous couvert vos fleurs ? Elles peuvent sécher pendant la nuit.
       -- Non, elles ne sécheront pas, déclara Lilli-Lapin en s"apprêtant à refermer la porte, pendant la nuit le soleil ne brille pas !
       -- Et si une supernova venait à éclater tout près ?
       Lilli-Lapin s"est alors souvenu que Lilli-Ours lui avait parlé d"une supernova qui habitait non loin de la voix lactée ; il a alors serré avec ferveur la main de sa névrose et ils sont allés tous deux dans le jardin pour couvrir les fleurs d"un tissu efficace contre les puissants rayonnements. Après avoir rempli leur mission, ils se sont souhaités bonne nuit et Lilli-Lapin est retourné dans son lit.
       Tandis que Lilli-Lapin sombrait de nouveau dans un profond sommeil, satisfait d"avoir contrôlé la théière et abrité des fleurs, il a de nouveau entendu des coups sur la porte. Cette fois, les coups étaient si puissants qu"il est tombé du lit. Le souffle court, sans chausson, il a couru, affolé, et a ouvert la porte. C"était encore sa névrose ! Ses cheveux étaient réduits en lambeaux et ses petits yeux malheureux furetaient malicieusement dans l"obscurité.
       -- Vous avez oublié votre portefeuille au marché ! a rugi la névrose.
       Sans vérifier la véracité de cette affirmation, Lilli-Lapin a sauté dans sa voiture et ils sont partis sur les chapeaux de roues au marché. Ils n"y ont pas trouvé le portefeuille. Il y avait partout des montagnes de coquilles vides d"écrous que l"économie Totale avait dévorés par erreur après sa conversation du matin avec Lilli-Lapin.
       Lilli-Lapin est retourné à la maison où il a trouvé son portefeuille. La névrose de Lilli-Lapin a poliment présenté ses excuses et, avec respect, a quitté la maison, promettant de ne plus le tracasser.
       Fermement résolu à ne plus se laisser envahir par sa névrose, Lilli-Lapin s"est enfoui à nouveau dans son lit douillet, mais dès qu"il s"est gentiment enveloppé dans sa couverture, quelqu"un a commencé à gratter sur la fenêtre. Lilli-Lapin a pensé que c"était un de ses chats, échappé tandis qu"il partait en trombe au marché. Imaginant qu"un renard affamé pouvait manger son chat, Lilli-Lapin s"est avancé jusqu"à la fenêtre et l"a ouverte. Il a appelé le chat, mais c"est le museau de sa névrose qui est apparu :
       -- Avez-vous nourri le hamster ?
       -- Le hamster est parti depuis bien longtemps dans un autre appartement ! s"est insurgé Lilli-Lapin en claquant la fenêtre.
       Malgré tout, il a couru en bas vérifier s"il y avait assez de nourriture dans le réfrigérateur au cas où le hamster reviendrait inopinément. Retournant derechef se faire bercer dans les bras de Morphée, Lilli-Lapin s"est enfoncé dans son lit, mais soudain, dans la cheminée de sa chambre, il a entendu un bruit sourd. Il s"est aussitôt redressé tandis que sa névrose est tombait dans les cendres refroidies.
       -- N"estimez-vous pas qu"il y a comme une odeur d"oxyde de carbone dans l"air ? demanda celle-ci.
       Lilli-Lapin était un lapin instruit et il savait que l"oxyde de carbone n"avait pas d"odeur, mais il a néanmoins redressé son nez pour renifler.
       -- Non, je ne sens rien, a-t-il dit nerveusement, en refermant le pare-feu sur sa névrose.
       Après avoir ouvert toutes les fenêtres par mesure de sécurité, Lilli-Lapin a décidé d"aller s"enfermer dans la salle de bain pour finir sa nuit. Malheureusement, juste comme il s"apprêtait à déposer une serviette dans la baignoire, il aperçut sa névrose reposant au fond, les jambes croisées et les mains sous la nuque :
       -- Pourquoi avez-vous ouvert toutes les fenêtres ? demanda-t-elle, Lilli-Ours risque d"attraper froid !
       Lilli-Lapin a remis la serviette à sa place et s"en est allé refermer toutes les fenêtres. Cependant, la névrose de Lilli-Lapin ayant passé trop de temps dans la salle de bain, elle était complètement humide et il était nécessaire de l"essuyer avec une serviette sèche puis de la réchauffer avec un thé bouillant parfumé aux framboises.
       En attendant que le thé soit prêt, la névrose de Lilli-Lapin claquait des dents :
       -- Et si votre plafond s"émiettait ? a-t-elle demandé nerveusement.
       Le Lilli-Lapin a aussitôt étayé son plafond.
       -- Et si une météorite tombait soudainement ?
       Lilli-Lapin est monté pour attacher un immense airbag sur le toit afin d"amortir un éventuel impact.
       Ainsi, tout cela n"arrêta pas jusqu"au matin :
       -- Et si... et si... et si...
       La nuit suivante, Lilli-Lapin a pris des somnifères et s"est enveloppée confortablement dans son couvre-lit. La névrose de Lilli-Lapin s"est ennuyée toute la nuit dans la cavité du vieux chêne qui se déployait dans l"arrière-cour de la Lilli-Maison, puis, elle a fini par s"endormir. Au petit matin, quelqu"un a frappé sur le vieux chêne. C"était Lilli-Lapin :
       -- Avez-vous vérifié que les racines du chêne étaient bien ancrées dans la terre ? a-t-il demandé, le regard espiègle. Bienvenue au club !
       Lilli-Lapin et sa névrose ont décidé de faire la paix et ils se sont embrassés. La nuit suivante, Lilli-Lapin a donné du lait chaud avec du miel à sa névrose pour l"apaiser et cette dernière a passé la nuit dans le panier du Chat d"Or qu"il n"utilisait pas car il dormait n"importe où dans la maison.
       La névrose s"est assagie quelque temps avant d"aller embêter le voisin, un certain M. Pressure, qui, bientôt fatigué et démoralisé, ne songea plus à tirer du sirop d"érable de ses bouleaux...
      
      
      
      
       Chapitre 15
       Lilli-Lapin et son avocat
      
      
      
       Un soir, après course effrénée dans l"escalier menant à sa chambre à coucher afin d"entrer au plus vite dans son lit, Lilli-Lapin fut si fatigué qu"il en était tout essoufflé. Ce fut juste le moment que choisi M. Trublion pour lui rendre visite. M. Trublion exerçait légalement le métier d"avocat dans une ville voisine, car il avait une affaire urgente à traiter.
       Selon une décision gouvernementale de 1882, l"état pouvait construire une route sur les terres de Lilli-Lapin, et même traverser l"arrière-cour, la coupant ainsi en deux. Par conséquent, le maire avait depuis longtemps un droit légal de passage, ce qui signifiait que lui et ses représentants pouvait traverser librement à tout moment. Toutes ces années durant lesquelles Lilli-Lapin a vécu dans sa maison, cette formalité n"a jamais dérangé ni lui, ni n"importe quel habitant de la Lilli-Maison. Chaque fois que le maire ou son adjoint traversait l"arrière-cour, ils enfermaient les chats à l"intérieur pour les empêcher de courir sous les roues des voitures municipales. Lilli-Lapin tenait également sa boîte aux lettres par la courte chaîne afin qu"elle ne chasse pas la "six-chevaux" du maire. Lilli-Ours prenait même son plus beau drapeau national, qui d"ailleurs était toujours malade, et il l"attachait lui-même avec les nœuds incroyables pour ne pas compromettre la dignité de l"état. Il faut dire que depuis que Lilli-Ours avait balancé le drapeau par la fenêtre, il braillait plutôt qu"il ne chantait l"hymne national, ce qui ne manquait pas de choquer le maire et ses adjoints qui, pour passer par-là venaient juste de traverser, pieds nus, cet énorme magma qu"était devenue la mer Méditerranée, comme nous vous l"avons raconté au chapitre 8. Et, comme chacun sait, un maire qui vient de subir une telle épreuve a besoin de tous les égards.
       Malheureusement, une fois, au lieu de brailler l"hymne, le drapeau a chanté une chanson paillarde dont nous tairons les odieuses paroles. Si le maire a souri, c"est là que tous les problèmes ont commencé !
       L"honneur du maire étant bafoué, il a nommé son adjoint nouveau propriétaire de la Lilli-Maison, et ce représentant municipal a pris la fâcheuse habitude de venir fumer un énorme cigare partout où cela gênait le plus, même dans les toilettes ! Le drapeau a été également disqualifié et il a été attaché par un triple nœud qui ne pouvait plus être défait, le condamnant ainsi au silence absolu. Lilli-Ours a essayé plusieurs fois de chanter "bienvenue Monsieur l"adjoint au maire", mais le nom de famille de ce fonctionnaire rimait mal avec le texte, bafouant encore plus l"hymne national.
       Le soir où il a reçu la visite de M. Trublion, Lilli-Lapin venait tout juste de retirer tous les mégots que l"adjoint au maire avait planté un peu partout, jusque dans le pot de confiture de framboise. Lilli-Ours avait donc convoqué M. Trublion afin qu"il trouve une solution pour supprimer du contrat le droit de passage dans la Lilli-Maison. Une route avait déjà été construite, il y a cent ans, quinze kilomètres au sud de la propriété de Lilli-Lapin, il n"y avait donc aucun besoin national de venir planter des mégots de cigare dans les pots de confiture de framboise ! Même le drapeau était complètement d"accord avec cette décision et il essayait de donner son avis par des mimiques ou des gestes compréhensibles à ses voisins, même si les lavettes, peu patriotiques, se moquaient du drapeau délabré.
       Le matin suivant l"arrivée de M. Trublion, Lilli-Lapin a mis son costume d"affaires noir composé d"un T-shirt avec l"inscription "I"m busy". (Je suis occupé !) Il a également mis la deuxième pièce de son costume d"affaires : son pantalon de sports gris.
       M. Trublion a rencontré Lilli-Lapin dans son bureau et il lui a immédiatement avoué que ce n"était pas d"une issue simple. Il a parlé pendant deux heures en tournant autour du sujet sans jamais toucher la question elle-même. Tous les avocats sont formés ainsi, à parler pour ne rien dire ! Vous pouvez gagner devant un tribunal à condition d"avoir un avocat formé au monologue soporifique. Quand l"épouse d"un avocat lui demande s"il veut du thé ou du café, il commence par l"histoire de la question si bien que la boisson arrive toujours froide. Nous devons bien admettre qu"un avocat qui ne maîtriserait pas une telle façon de parler pourrait être jugé responsable de n"importe quoi à la place de son client, il en va donc de sa notoriété !
       Lilli-Lapin a écouté patiemment, mais à la fin il a demandé :
       -- Alors, pouvons-nous résoudre ce problème ?
       -- Bien, a répondu M. Trublion, c"est possible, mais il y a un petit obstacle.
       -- C"est bon, s"est enthousiasmé Lilli-Lapin, un petit obstacle n"est pas un problème !
       -- Il est possible que nous soyons obligés de faire quelques légers ajustements à votre propriété avant de plaider la demande de suppression du droit de passage.
       -- Aucun problème. Que représentent-ils ?
       -- En fait, précisa l"avocat en consultant son livre de lois, c"est juste un changement qui devrait être fait.
       -- Et ce changement est... s"impatienta Lilli-Lapin.
       -- Détruire votre maison ! a conclu M. Trublion avec un sourire. En fait, selon des règlements datés de 1892, afin de supprimer un droit au passage, outre le titre de propriété, le demandeur doit présenter une preuve que la terre en question est vierge de toute construction, de hangars ou autres structures. Pourquoi un tel règlement a vu le jour, je vous l"avoue, je n"en sais rien, mais ne vous inquiétez pas, M. Lilli-Lapin, c"est un procédé assez classique. Je vous recommande de commencer les démolitions sans plus tarder, parce que la période d"atermoiement se termine ce vendredi et selon des informations fiables venant du cercle fermé proche du maire, il va nommer M. éléphanteau, planificateur et chargé opérationnel des déchargements en matière fécale. Je ne vous cache pas que la situation sera extrêmement embarrassante pour vous, car les éléphants ont pris l"habitude à salir d"une certaine manière, et leurs capacités fécales sont assez importantes.
       Notre société moderne tend souvent à mettre les gens dans des situations complètement désespérées. Ainsi, tel était le cas de Lilli-Lapin avec sa maison. Un règlement stupide écrit il y a cent ans par un certain législateur, évidemment ivre ou aliéné, et voilà le pauvre Lilli-Lapin placé devant un dilemme : détruire sa maison ou passer le reste de sa vie à nettoyer l"immondice des éléphants dans l"arrière-cour. Lilli-Lapin était habituellement très réservé et il n"a pas montré son anéantissement. Il a juste ouvert sa bouche et a commencé à crier très fort :
       -- Аh ! Аh ! Аh ! Аh ! Аh !
       Lilli-Lapin s"est mis à fermer simultanément la bouche, les yeux et les oreilles, en bougeant ses mains à toute vitesse. Cela allait si vite que M. Trublion a cru avoir affaire à Shiva, le Dieu indien à plusieurs bras et il s"est jeté à genoux pour prier. Il faut dire que M. Trublion était habitué à respecter les puissants dieux antiques et qu"il en avait une frousse bleue. Et le miracle s"est produit.
       Au grand soulagement de Lilli-Lapin, M. Trublion a avoué qu"en réalité il connaissait M. Éléphanteau depuis longtemps, que c"était un grand ami à lui et qu"il allait pouvoir tout arranger. M. Trublion s"est ensuite redressé et il s"est versé un verre de l"eau qu"il pensait bénite par Lilli-Lapin. Ce dernier a payé les honoraires de M. Trublion et il est parti rassurer ses amis après avoir remercié et raccompagné l"avocat.
       M. Trublion a promis de revenir visiter la Lilli-Maison afin de s"assurer que chacun était satisfait de son sort. M. Trublion aimait participer à la vie sociale de ses clients, particulièrement quand ses derniers l"invitaient à déjeuner ou à dîner, ainsi avait-il l"impression qu"on avait aimé ses services. À table et sans cérémonie pompeuse, il pouvait honnêtement placer d"autres services utiles, comme l"entreprise de démolition de son neveu et la société de construction de son beau-frère qui pouvaient respectivement démolir et reconstruire les maisons à des prix très raisonnables.
       Il serait injuste de supposer que M. Trublion poursuivait un but douteux ou un intérêt quelconque. Quand il recommandait quelqu"un, son honneur était en jeu. C"est pour ça qu"il avait demandé au maire de nommer son ami, M. Éléphanteau, chargé du passage sur les propriétés de ses clients. Cher honorable lecteur, pourquoi voyez-vous toujours une fraude dans une simple coïncidence ? Naturellement, quand vous présentez toutes ces ressemblances sous leurs mauvais aspects, vous mettez M. Trublion en porte-à-faux. Or, M. Trublion est un véritable gentilhomme et il a toujours dépanné les dames, surtout les vieilles rentières ! Et il distribue ses bons conseils à tous ceux qui ont des problèmes insurmontables, même s"il y a beaucoup d"argent en jeu. Les vrais gentilshommes ne poursuivent jamais des buts mercantiles, mais s"il s"avère, que tout ce qu"ils font va seulement à leur avantage, je peux vous assurer que c"est une pure coïncidence.
       Ainsi, le soir où M. Trublion se joignit à Lilli-Lapin et ses amis pour le dîner, après avoir fini son pudding, il proposa de discuter les options au sujet du problème de la Lilli-Maison. Le chausson droit de Lilli-Lapin proposa de délier le drapeau et de l"offrir à M. Éléphanteau comme dessous de table de sorte qu"il choisisse des éléphants plus petits et ne les alimente pas trop... Mais le chausson gauche a indiqué qu"il était interdit de suborner un fonctionnaire ! Au moins, pas avec le drapeau national ! Il a cependant proposé de délier le drapeau de toute façon et de commencer une guerre civile pour l"indépendance des éléphants. Lilli-Katie et Lilli-Jacob ont proposé de vendre la maison avant qu"elle ne soit salie et d"en acheter une neuve quelque part sous les tropiques, là où il n"y a pas d"éléphant. Les chats ont proposé de se coucher pour dormir pendant que M. Éléphanteau et ses acolytes passeront dans la cour puis d"embaucher la voiture de Lilli-Lapin pour nettoyer le désordre. Mais cette dernière n"était pas d"accord ; elle a déclaré qu"elle resterait dans son garage, et que c"était aux chats de tout nettoyer.
       Lilli-Ours est resté silencieux, car il s"était endormi. Quant à M. Trublion qui n"a pas moufté de toute la soirée, on est à même de se demander ce qu"il a réellement trafiqué, car le vendredi suivant, juste après que M. Éléphanteau ne reçoive sa mission du maire, le gentilhomme honoré mentionné ci-dessus est promptement apparu dans l"arrière-cour de Lilli-Lapin avec une colonie entière d"éléphants. La situation était désespérée, mais Lilli-Lapin n"avait pas dit son dernier mot...
       Au moment où les éléphants ont commencé à s"affaisser sur leurs pattes pour se mettre en position d"attaque fécale, la terre s"est mise à trembler et des milliers de souris sont sorties des trous que les taupes avaient creusés pendant la nuit pour l"occasion. Affolés, les éléphants se sont aussitôt redressés sur leurs pattes, et, enlevant avec eux M. Éléphanteau, ils se sont mis à courir pour fuir les lieux.
       Depuis lors, ni M. Éléphanteau, ni ses éléphants, n"ont plus réapparu dans l"arrière-cour de Lilli-Lapin. L"idée géniale de faire peur aux éléphants avait été discrètement émise à Lilli-Lapin par Hamster-le-Jeune, descendant direct de la Reine de Sabah, l"une des nombreuses épouses du Roi Salomon.
       Vous ne le savez peut-être pas, mais toute cette histoire a été racontée sur le canal national géographique et découvertes d"une chaîne mondialement connue et diffusée partout dans l"univers.
      
      
      
      
       Chapitre 16
       Lilli-Lapin et la Réforme Monétaire
      
      
      
       M.Brocheau vivait dans une ville voisine et il était connu pour son comportement désagréable. Il offensait toute personne qui passait à sa proximité. M. Brocheau vivait dans le train cassé. Alors que ce train fonctionnait encore, M. Brocheau avait tellement offensé de passagers, que tous les autres trains s"étaient enfuis loin dans une autre ville, sauf un seul, cassé, qui ne pouvait pas s"échapper. Ainsi, M. Brocheau avait soldé le compte de ce train cassé, pauvre comme William le Conquérant qui avait envahi l"Angleterre. Bien que le cas de ce William ne soit jusqu"ici pas résolu, on peut dire que dans la longue histoire tortueuse des peuples, il aura permis un mélange parfait des Anglo-Saxons avec des Normands, même si certains mauvais esprits ont noyé l"anglais de mots français...
       Vous ne le réalisez probablement pas, mais William le Conquérant était une personne très paisible. Tout ce qu"il voulait faire, c"était appeler Harold, le roi d"Angleterre, pour le féliciter sur sa victoire sur les Norvégiens. Mais qui aurait cru que William ne supportait pas les répondeurs ? Il a quand même voulu laisser un message, mais le répondeur du Roi Harold avait tant d"options, qu"il a fait passer William pour un pauvre fou. Intercepté par la Manche, le message a été interprété comme une invitation à combattre près de l"endroit appelé Hastings. Le Roi Harold revenait juste d"une victoire avec des Norvégiens au nord, il a vu le problème et a appelé Police-Secours de son portable pour rendre compte de l"intrusion, mais il est également tombé sur un répondeur : " C"est un service de secours. Si vous avez une urgence, pressez le un, sinon raccrochez SVP maintenant ! "
       Le Roi Harold a pressé le 1 et il a obtenu un autre menu :
       " Si vous êtes menacé d"assassinat, pressez le 1. Si vous êtes en train de vous faire violer, pressez le 2. Si vous êtes sur le point d"être étranglé, pressez le 3. Si vous n"êtes pas sûr ce que le coupable va faire avec vous, SVP demandez-lui. Si vous n"obtenez pas de réponse, SVP, restez en ligne, le premier représentant disponible sera heureux de vous aider. Si... "
       Le Roi Harold n"a pas pu entendre la suite parce qu"il venait de recevoir une flèche dans l"œil et il est mort sur le coup... avec toute sa splendeur ! William, âme faible, est alors parti régner en Angleterre... Ce n"est pas facile même en nos jours !... Il n"est pas plus facile de régner sur la France. Personnellement, je préférerais régner la Papouasie Nouvelle-Guinée ; au moins, ils n"ont pas beaucoup de répondeurs là-bas...
       Si l"intrusion de William était d"une façon ou d"une autre explicable, le cas de M. Brocheau accédant au train cassé était incontestablement inacceptable. Les citoyens de la ville n"ont pas soutenu une telle invasion et un tel règlement de compte dans le train cassé, mais M. Brocheau n"a pas semblé s"inquiéter beaucoup de ce que les autres pouvaient penser de lui et de ses actions. Il était un adepte d"Arthur Schopenhauer, l"un des plus grands philosophes du 19ème siècle, parce qu"il a dit que nous pouvons arrêter de nous inquiéter de ce que d"autres pensent de nous. C"est une si grande idée !
       L"évasion pressante des trains a privé M. Brocheau de son métier primaire : voyager et offenser les passagers. Ainsi, il a dû se trouver une nouvelle profession qui correspondrait parfaitement à ses talents professionnels. Il a décidé de devenir un conseiller financier et de conduire la réforme monétaire en ville, par laquelle toutes les pièces de monnaie des citadins deviendront carrées. Cette réforme était nécessaire depuis bien longtemps, parce que la pièce de monnaie ronde pouvait rouler et se perdre. C"est ce qui arrivait sûrement très souvent ! Autrement comment leur pauvreté pourrait-elle s"expliquer ?
       M. Brocheau a pénétré par effraction dans la banque centrale en pleine nuit et il a mordu avec ses dents 52 368 000 000 000 différentes pièces de monnaie, structurant à la forme carrée presque parfaite ce qui composait la partie principale du capital monétaire des citadins. Lorsqu"au matin, les citadins ont entendu à la radio que leurs capitaux avaient été ajustés, ils sont sortis dans la rue, puis, l"air hagard, ils se sont vite rendu compte que cela ne servait plus à rien.
       Chose étrange, la plupart des réformes ont le même effet : au début les gens sont excités, mais ensuite ils errent, hagards, se demandant comment ils ont pu s"exciter pour des choses aussi futiles ! Mais le sentiment du repentir ne rend pas nécessairement les gens plus futés, et l"instant d"après ils sont prêts à applaudir ou dénigrer la prochaine réforme.
       Comment pouvons-nous monter si haut avec notre système d"éducation et permettre à nos enfants de fumer un joint la majeure partie du temps ? Qu"est-ce qui cloche ? Est-ce le résultat des réformes qui n"en finissent pas d"être réformées ? "L"école, en tant qu"institution, est devenue aussi anxiogène pour les enfants que pour les parents."11 C"est si vrai, Monsieur Lambert, c"est si vrai !...
       Mon plus cher lecteur ne sera pas étonné de voir que les citadins fâchés contre M. Brocheau ont envoyé le gendarme, M. Bâtonnier, pour l"arrêter. Mais l"officier est revenu les mains vides, pleurant et se plaignant que M. Brocheau l"avait offensé de telle manière qu"il ne voulait plus avoir affaire avec lui. La police aime habituellement être traitée poliment par de gentilles personnes... et nous ne pouvons pas la blâmer pour cela !
       Alors les citadins ont indiqué qu"après tout, l"argent mordu était toujours de l"argent, et ils ont décidé d"accepter la réforme des devises lancée par M. Brocheau. Dès lors, un nombre de plus en plus important de pièces de monnaie a été mordu. Les citadins faisaient la queue devant le train de M. Brocheau pour échanger leurs pièces de monnaie rondes contre des pièces fraîchement carrées. Vous savez, parfois il est bon de laisser les gens s"assortir à la devise qu"ils possèdent. Les gens carrés méritent l"argent carré... M. Brocheau a servi les gens très poliment, et étonnamment, il n"a offensé personne. Cela ne signifiait pas que M. Brocheau avait abandonné ses pratiques blessantes. C"est juste parce que quand quelqu"un vous offense par l"action, il n"y a pas nécessité de vous offenser par des mots...
       Lilli-Lapin ne gardait pas son argent en banque parce qu"il était fermier, il n"avait donc pas beaucoup d"argent. Il consommait une partie de ce qu"il avait produit, laissant le reste au gouvernement.
       Un jour, Lilli-Lapin alla à la poste envoyer une carte postale de congratulations qu"avait écrit Lilli-Ours à M. Big-Bang qu"il avait vu à la télévision. Il voulait le féliciter pour son excellente prestation sur scène. M. Big-Bang avait sauté sur scène comme une chèvre, et son costume avait brillé des milliers de jouets de Noël dont il était fait. Il avait également produit un formidable bruit renforcé par le microphone : "Bang-Bong ! Bang-Bong ! Bang-Bong !" Lilli-Ours avait mis de côté son livre et admiré la performance de M. Big-Bang, curieux de voir comment cela allait finir. Après le cliquetis des jouets de Noël de différents modèles, M. Big-Bang avait tintinnabulé en cassant sur scène le plus grand jouet. Ce spectacle avait causé un enthousiasme indescriptible de l"assistance. Sans tarder, Lilli-Ours avait écrit sa carte postale de félicitation :
      
      
       Cher M. Big-Bang,
       Merci pour votre musique ! J"ai aimé votre Bang, mais la plupart du temps j"ai aimé aussi votre Bong ! Bien que les arts de la musique ne s"épanouissent pas toujours aujourd"hui, on a tort d"indiquer qu"il n"y a aucun interprète doué.
       Regardez-vous ! Votre "Bang" m"a fait chavirer ! votre "Bong" aussi. Vous effectuez un travail de premier ordre, particulièrement en sautant sur scène et en cassant tous les jouets de Noël à la fin du spectacle !
       Faites beaucoup de Bangs et de Bongs !
       Votre Lilli-Ours.
      
      
       Il a voulu coller un timbre, mais il n"avait plus ses timbres préférés avec la Reine. Il ne restait plus qu"un grand timbre avec un ours blanc. Lilli-Ours avait peur de le lécher parce que l"ours blanc pouvait le mordre. Même en étant son congénère, Lilli-Ours ne pouvait pas faire confiance à cet ours polaire. Lilli-Lapin qui n"était naturellement pas un ours n"a pas voulu non plus lui faire confiance. Il faut dire que cet ours blanc ne paraissait pas tout à fait digne et Lilli-Lapin a également décidé de ne pas lécher le timbre. Le timbre est retourné à sa place dans la boîte aux équipements postaux, et Lilli-Lapin a été à la poste afin d"acheter à Lilli-Ours son timbre préféré avec la Reine.
       À la poste, Lilli-Lapin a voulu payer avec sa pièce de monnaie ronde, mais le guichetier ne l"a pas accepté, parce que la réforme des devises avait été accomplie avec succès et le paiement était désormais reçu seulement avec des pièces de monnaie carrées mordues par M. Brocheau. Ainsi, Lilli-Lapin a dû rendre visite à M. Brocheau afin d"échanger ses pièces de monnaie rondes.
       -- Où avez-vous obtenu votre argent, a demandé M. Brocheau.
       -- Je suis fermier, a répondu poliment Lilli-Lapin, et je vends quelques surplus de ce que je produis.
       Vous n"êtes pas sans savoir que vous êtes maintenant enquêté sur la source de vos revenus. Si vous venez à la banque déposer une certaine somme d"argent, ils vous en demandent l"origine afin d"empêcher le blanchiment d"argent. C"est très important pour n"importe quel gouvernement que l"argent reste toujours sale ! Ainsi, les fonctionnaires s"attendent à ce que les escrocs déclarent leurs ressources : "argent volé" ou "trafic de drogue". Il est vraiment temps de mettre ces options sur le questionnaire afin de rendre le remplissage plus plaisant et plus facile. Ne pensez-vous pas ?
       M. Brocheau a échangé l"argent en indiquant qu"il aimait Lilli-Lapin et qu"il irait tantôt lui rendre visite. Ainsi, Lilli-Lapin est allé de nouveau à la poste acheter un timbre avec la Reine, puis il est vite retourné à la maison afin de préparer la visite d"une telle personnalité aussi importante qu"était devenu M. Brocheau suite à sa réforme des devises.
       Quand Lilli-Lapin est arrivé à la maison, il fut étonné de découvrir que M. Brocheau était déjà là, assis dans la salle à manger avec ses pieds sur la table. Il s"était installé et se comportait grossièrement avec les chaussons de Lilli-Lapin. Le chausson droit, avec ses verres sur son nez, était choqué du comportement inapproprié de M. Brocheau et il lui disait :
       -- Vous êtes un malotru !
       -- C"est vrai ! a répondu M. Brocheau en se levant ouvrir le réfrigérateur de Lilli-Lapin pour savourer sans égard les salades froides préparées pour le dîner.
       Lilli-Lapin a invité tout le monde à la table, avant que M. Brocheau ne finisse toute la nourriture, parce qu"il avait la responsabilité de nourrir ses amis. Malheureusement, beaucoup n"ont pas eu assez de temps pour manger parce que M. Brocheau a non seulement fini toutes les salades froides, mais également, complètement par accident, il a retourné la casserole de potage sur les deux chats de Lilli-Lapin. Nous devons admettre que ce n"était pas tout à fait accidentel, parce que M. Brocheau voulait chasser la chatte Basia et le Chat d"Or qui était dans la phase la plus intense de chatosynthèse et ne pouvait pas se déplacer facilement.
       Quand chacun fut installé à table autour de M. Brocheau, il a commencé son discours :
       -- La réforme monétaire était nécessaire pour la ville puisque les trains ont, pour quelques raisons, cessé de fonctionner. Et les trains devenant plus rares, notre ville a été privée de ses symboles.
       -- Je dis, a admis le chausson gauche, que la réforme monétaire doit être continuée.
       -- Vrai ! a hurlé M. Brocheau après avoir craché sur le tapis de Lilli-Lapin, c"est une grande idée ! Il devrait y a une réforme monétaire permanente !
       Il a embrassé le chausson gauche en l"invitant :
       -- Continuez, allez au fond de votre idée...
       -- D"abord, a indiqué fermement le chausson gauche comme s"il y pensait depuis longtemps, toutes les pièces de monnaie carrées devraient être enroulées dans du papier glacé et être noués par des fils d"or, puis saupoudrés de sucrerie ou de nougatine tout autour.
       -- Mais, a demandé le chausson droit en redressant ses verres sur le nez car il souffrait de myopie, contrairement au chausson gauche qui souffrait de la prévoyance et pouvait voir très loin, mais rien de près bien qu"il n"ait jamais accepté de porter les lunettes, comment conduire ainsi l"échange des produits ? Comment courir à l"économie de marché ?
       -- Nous pouvons axer la bourse du commerce sur la confiance pure. L"argent est une chose sale, et puisque les gouvernements ne permettent pas le blanchiment, il est devenu encore plus sale. Sans argent, toutes les personnes deviendront honnêtes et il n"y aura plus besoin d"argent du tout.
       -- J"accepte ! s"exclama M. Brocheau.
       La conversation a commencé à se calmer et M. Brocheau est resté pour passer la nuit à la Lilli-Maison.
       Le jour suivant, à peine fini son déjeuné, M. Brocheau retourna en ville dans la voiture de Lilli-Lapin afin de continuer la réforme monétaire comme l"avait proposé le chausson gauche. Mais il a été arrêté par un policier, car il n"avait pas de permis de conduire. Il a essayé d"offenser ce policier, mais ce dernier a sorti son arme et M. Brocheau s"est rendu compte qu"il avait affaire à quelqu"un de réellement peu maniable.
       Bien que M. Brocheau ait craché dans la voiture du policier, ce denier a dû le laisser partir, car comme nous le disions, la police préfère s"occuper de personnes propres et polies et non de celles qui crachent dans votre voiture !
       En soirée, Lilli-Lapin grimpa dans le cagibi où il gardait le coffre de son chapeau de nuit. Le coffret était vide, mais il y avait une note écrite par le chapeau de nuit de Lilli-Lapin :
       " J"ai été volé par M. Brocheau. J"appellerai quand j"aurai accès au téléphone. Ne vous inquiétez pas.
       Votre Chapeau de Nuit. "
       Lilli-Lapin s"est aussitôt installé près du téléphone pour attendre l"appel téléphonique de son chapeau de nuit. Ce dernier n"a pas appelé ; cependant, Lilli-Lapin a reçu un télégramme pressant :
       " M. Brocheau a fait des cambriolages en m"utilisant pour cacher sa tête et ses yeux. Nous sommes à l"intérieur de la banque du centre ville. Nous roulons les pièces de monnaie mordues dans des tubes. Quand nous aurons fini, je me ferai expédier par la poste. "
       -- C"est un outrage ! a rugi Lilli-Lapin.
       Le chausson gauche a courageusement commencé à chanter la chanson révolutionnaire :
      
      
       Debout, les forçats de la faim
       La raison tonne en son cratère,
       C"est l"éruption de la faim.
       Du passé faisons table rase,
       Foule esclave, debout, debout !
       Le monde va changer de base,
       Nous ne sommes rien, soyons tout.
       C"est la lutte finale ;
       Groupons-nous et demain
       L"Internationale
       Sera le genre humain.
      
      
       Le chausson gauche a senti une telle agitation qu"il est sorti fumer sur le balcon tout en continuant à chanter à tue-tête :
      
      
       L"État comprime et la loi triche,
       L"impôt saigne le malheureux...
      
      
       Le matin suivant, le facteur apporta un colis dans lequel se trouvait le chapeau de nuit de Lilli-Lapin. M. Brocheau lui avait réellement fait deux grands trous pour des yeux sans scrupule, parce les yeux sans scrupule sont toujours grands et ronds comme à demander :
       -- Qu"y a-t-il ?
       Lilli-Lapin a embrasé son chapeau de nuit, puis il a entendu quelqu"un sonner la cloche de sa porte. C"était le gendarme, M. Bâtonnier. Pensant qu"il était venu arrêter son chapeau de nuit pour sa participation au larcin de la nuit, Lilli-Lapin l"a caché promptement sous son lit. Cependant, il s"est avéré que le policier était venu pour un appel urgent signalé par Lilli-Ours, qui, voulant demander une intervention sur les programmes trop aléatoires de sa télévision avait été hasardeusement dirigé vers Police-Secours. Naturellement il avait raccroché immédiatement, mais ce service de secours procédait la reconnaissance d"appel, et l"officier de police venait vérifier par routine si les programmes s"étaient stabilisés. M. Bâtonnier a examiné le poste de télévision et il a constaté la présence de quelques contusions et des éraflures sur le côté. Il est alors promptement parti vérifier dans la maison voisine où la vieille dame avait confondu le combiné de téléphone et la calculatrice pour vérifier dans quel état se trouvait son propre poste.
       Les habitants de la Lilli-Maison ont tenu conciliabule dans la salle à manger. C"est alors qu"ils ont découvert que le pot de soupe n"était pas vide, mais au lieu du potage, ils ont trouvé M. Brocheau. Ce dernier a avoué qu"il se cachait de la police, et parce qu"elle le suivait à la trace, il avait été obligé de boire toute la soupe. Après s"être assuré que tout était silencieux dans la maison, M. Brocheau a envoyé Lilli-Ours acheter des cigarettes, puis il a traité le Chat d"Or de "sale soupçonneux", et la chatte Basia de "blondasse illégale" alors qu"elle était légalement noire. Si M. Brocheau s"est comporté aussi grossièrement ce soir-là, s"est parce que la deuxième étape de sa réforme monétaire lui était glorieusement montée à la tête !
       Restant passer la nuit dans le lit de Lilli-Lapin alors que ce dernier devait dormir dehors, M. Brocheau s"est plaint qu"il ne pouvait pas dormir dans de bonnes conditions : en effet, ayant bu trop de potage, il était gonflé et le matelas était trop rigide. De plus, il devait fréquemment courir aux toilettes, trébuchant chaque fois sur la névrose de Lilli-Lapin qui avait pris quelques somnifères et s"était installée dans le vieux panier de Chat d"Or.
       Le matin suivant, après le petit déjeuner, il a été déclaré à la radio que puisque M. Brocheau n"avait pas été retrouvé, les poursuites contre lui étaient abandonnées. Il restait néanmoins une certaine somme d"argent non réformée à traiter, et les habitants avaient alors unanimement élu M. Brocheau Maire de la ville afin qu"il accomplisse les dernières conversions.
       Après avoir dérobé le T-short avec l"inscription "je suis occupé !" et le nœud papillon de Chat d"Or, M. Brocheau a quitté la Lilli-Maison sans tarder pour accepter le poste de Maire de la ville. Les problèmes de la ville l"ont tellement submergé, que M. Brocheau n"est plus apparu dans la chambre de Lilli-Lapin qui, après avoir recousu les trous de son chapeau de nuit, a continué de vivre comme avant.
      
      
      
      
       Chapitre 17
       Lilli-Lapin et les macaronis
      
      
      
       De source religieuse garantie, on indique que quand Notre-Seigneur a alimenté des milliers de personnes avec cinq pains, ce n"étaient pas exactement des pains, mais des casseroles de macaronis. Et ceci ne minimise nullement le miracle, puisque les macaronis sont réellement un aliment merveilleux.
       Lilli-Ours n"aimait pas des macaronis, mais quand il a vu combien ils coûtaient en magasin et le nombre de rouleaux de pièces carrées qu"il fallait, il a au moins commencé à les respecter, parce qu"il était un ours très raisonnable et pensif. Comment est-il possible de négliger un produit aussi remarquable et de haute calorie, qui nécessite pour l"acquérir des rouleaux de pièces de monnaie par paquets !
       Lilli-Lapin adorait les macaronis, mais il n"avait pas confiance dans les macaronis vendus en magasin. Ainsi il a décidé de produire ses macaronis tout seul. D"abord, Lilli-Lapin a planté dans le sol de son arrière-cour un peu de vermicelles, mais apparemment, ce n"était pas la bonne période de l"année et les vermicelles ne se sont pas tout à fait épanouis. Le même échec a soldé la deuxième tentative de semer des gaines de blé concassé. La plantation de nouilles dans le potager de Lilli-Lapin s"est révélée également infructueuse. Lilli-Ours et Lilli-Lapin ont alors étudié de plus près ce qui était erroné avec les macaronis. Dans les livres, il était dit qu"il fallait les arroser, les égaliser et répandent du fromage au-dessus du jardin. Cependant, ils ont appris aussi qu"il ne fallait pas moissonner les macaronis, mais les vendanger à la fourchette.
       Dans une encyclopédie de la Bibliothèque Nationale, ils ont découvert également que les macaronis ne se développaient pas dans un véritable jardin, et devaient être plantés comme des tomates, en serre chaude. Lilli-Lapin était intrigué, car il savait qu"en Italie, sur la terre natale des macaronis, le sol était assez chaud, et donc, les macaronis comme les tomates devraient se développer à l"intérieur des maisons vertes.
       Nos spécialistes en herbes ont tout de même fait des essais de culture en serre chaude, mais cela n"a donné aucun résultat, excepté le négatif, ce que ni Lilli-Lapin, ni Lilli-Ours, comme vous comprenez, ne pouvait accepter. Ils ont alors décidé de chercher sur le Web mondial.
       Malheureusement, ils ont fait une grossière erreur : Au lieu de surfer sur ordinateur, comme l"aurait fait n"importe qui, ils sont allés au sous-sol, où la Web_araignée s"était développée et vivait depuis plus de dix ans, et ils ont commencé à la consulter. La Web_araignée a expliqué que les macaronis étaient faits à base de farine, puis elle a détaillé sa recette des macaronis...
       Lilli-Lapin a commencé à faire les premiers macaronis suivant les prescriptions de la Web_araignée et c"est alors que le drame est arrivé : la production s"est emballée sans jamais pouvoir s"arrêter ! Le comble, c"est qu"il n"y avait pas assez d"espace dans la Lilli-Maison pour accueillir tous ces macaronis qui n"en finissaient plus de courir et de s"engouffrer partout !
       Lilli-Ours a alors collé l"extrémité d"un macaroni dans une enveloppe qu"il a envoyé par courrier à son hérisson en caoutchouc, un vieil ami qui habitait à l"autre extrémité de la Terre. Tandis que la lettre parcourait plus de la moitié de la Terre, soulagé, Lilli-Lapin a continué ses longs macaronis. Malheureusement, le hérisson en caoutchouc étant absent pour une envie pressante, la lettre fut retournée à l"envoyeur ! Seulement cette fois, la lettre a voyagé au-dessus de l"autre côté de la Terre. Comme vous le savez probablement, la Terre est ronde. (C"est du moins ce qu"ils enseignent toujours à l"école !).
      
      
       Un matin, Lilli-Lapin fut réveillé par les hurlements de sa boîte aux lettres. Il s"est aussitôt précipité au dehors. La boîte aux lettres était dans tous ses états. Le chien n"arrêtait pas de lui sauter dessus en jappant et en griffant son pied. Lilli-Lapin s"est approché rapidement et il s"est aperçu qu"un énorme macaroni s"étirait à l"horizon derrière la boîte aux lettres.
       D"abord paniqué, Lilli-Lapin a alors eu une idée de génie : il a pris l"enveloppe de la boîte et a attaché l"autre extrémité de ses macaronis qui étaient dans la cuisine. Par un tel procédé Lilli-Lapin avait créé sans le savoir la ronde infernale des macaronis, la RIDM qui couvrait le globe terrestre tout entier. Lilli-Lapin a aussitôt invité les représentants de l"Académie des Sciences qui lui ont donné un certificat pour sa nouvelle preuve que la Terre était ronde. Toutes les preuves précédentes ont été rayées des manuels scolaires, car jugées insuffisantes par l"Académie des Sciences.
       La délégation italienne est ensuite arrivée à la Lilli-Maison et a prélevé une section de macaroni pour des tests d"ADN. Il s"est révélé que ces macaronis étaient parents éloignés des macaronis italiens. Ils ont alors publié un certificat officiel exposant ce fait important.
       Les représentants de l"Agence Spatiale sont arrivés à leur tour afin d"acquérir l"expérience de la production de macaronis colossaux et vigoureux, parce qu"ils projetaient de lancer des macaronis très longs dans l"espace afin d"atteindre la surface de la Lune, Mars, voire plus loin, assurant ainsi la livraison ininterrompue de haute-calorie en proportion gigantesque et à des prix défiant toute concurrence aux futurs tenants des mondes célestes.
       Les périodiques français : Paris-Bourse, Paris-pas-trop-cher et même France-Avenir ont publié de grands articles avec des photographies en couleur et des reportages sur la vie personnelle de Lilli-Lapin, de ses découvertes en raisons desquelles il était devenu célèbre.
       Tout s"est malheureusement subitement terminé quand Lilli-Lapin, trop fatigué par tous ces événements est allé se coucher en ayant oublié de préparer le dîner de Lilli-Ours. Le matin suivant, d"abord dans la Lilli-Maison, puis également dans le monde entier, il s"est authentifiée une nouvelles renversante : les macaronis globaux de Lilli-Lapin, le dernier espoir de l"humanité pour résorber la faim dans le monde, avaient disparu.
       Chacun a d"abord pensé que c"était la faute des terroristes, mais ils ont démenti et tout le monde les a cru. Le monde fait confiance, surtout quand les terroristes parlent, parce qu"ils font toujours ce qu"ils menacent de faire...
       La perte des macaronis était une catastrophe planétaire, et d"abord, bien sûr, dans la Lilli-Maison. La névrose de Lilli-Lapin qui vivait dans le panier du chat, et la névrose de Lilli-Ours qui vivait dans le panier à papiers étaient, elles aussi, alarmées. Elles n"arrêtaient pas de monter et descendre, s"interférant simultanément le long de l"escalier, se cognant le front jusqu"à tomber malade. Elles sont allées voir le docteur Mortrapide qui a diagnostiqué une certaine forme d"infection virale, et a renvoyé les névroses à la maison sans traitement.
       Lilli-Lapin a d"abord été contrarié par la disparition de ses macaronis, puis, après étude, il a pris son mal en patience. Il a longuement soupçonné le Maire, M. Brocheau qui avait énormément grossi, mais il n"a pas trouvé de preuve. Puis, il s"est fait à l"idée...
       Mais ! diriez-vous, cher lecteur, et la recette !!! Et oui, vous avez raison, il suffit de suivre la recette ! Mais le problème, c"est que Lilli-Lapin, pris dans sa tourmente, l"a oubliée ! Et le malheur, s"est que jugeant qu"il y avait trop de tapage dans la maison, la web_araignée est partie vivre ailleurs ! Et personne ne sait où ! Gloire à celui qui la retrouvera...
       Enfin, tout cela n"est pas plus mal ainsi, les nombreux photographes effrayaient trop les hiboux par leurs flashes, et la nuit il n"y avait plus personne pour faire des "Hou ! Ouh !"
      
      
      
      
       Chapitre 18
       Lilli-Lapin et la banalité
      
      
      
       Les conversations sont rusées : parfois elles se laissent aimer, parfois elles se font détester ! Elles vivent habituellement dans les couloirs, les magasins, les cuisines, les trains ou les cafés -- Eh oui, où ne vivent-elles pas ! Il y a bien des conversations sagaces, mais elles se font rares, ne font que passer et ne vivent pas très longtemps, habituellement une nuit tel un papillon noir, et elles sont bien accompagnées, de certains hors-d"œuvre de qualité et de boissons parfois pétillantes.
       La banalité est souvent tout à fait ennuyante, vides et pas très sophistiquée. Parfois, la banalité ne sait même pas dans quel but elle existe et elle a toujours tendance à mourir prématurément, parce qu"une vie sans but est en effet une expérience tout à fait désagréable. N"avez-vous jamais essayé de vivre avec la banalité ? Essayez, vous verrez...
       Lorsque vous naissez, il n"importe pas que vous ayez un but dans la vie. Il n"importe pas non plus que vous appréciiez cette vie, ou ne l"appréciiez pas tout à fait. Vous devez vivre, manger, boire, faire l"amour et garder votre bouche fermée. C"est une loi fondamentale de la nature. Si vous êtes vivant, soyez heureux et ne vous plaignez pas ! Si vous mourez, alors vous pourrez vous plaindre, mais personne n"est tout à fait sûr que ce soit possible. Ainsi, les gens se plaignent tandis qu"ils sont vivants et d"autres ne veulent pas entendre leurs complaintes, il a donc été trouvé une grande invention : "la banalité", la créature la plus indéfinie et la plus inutile sur terre, qui nous enseigne la meilleure manière de parler sans partager toutes les pensées, les informations ou les sentiments d"aucune sorte.
       Naturellement, il y a d"autres styles de conversations. Par exemple les entretiens d"affaires, ou les entretiens érotiques... Mais tous deux ne sont pas toujours bienveillants.
       Une banalité a sauté sur Lilli-Lapin tandis qu"il marchait dans la rue. Une autre s"est accrochée sur son oreille quand il était dans l"épicerie. Oui, elle s"est accrochée, car comme la plupart d"âmes sans but, les banalités sont assez suicidaires, alors un groupe entier de banalités a sauté sur Lilli-Lapin :
       -- Beau temps, aujourd"hui !
       C"était la même banalité que Lilli-Lapin avait lu dans le journal illustré qu"il avait acheté pour Lilli-Ours et qu"on lui avait d"ailleurs volé. Excédé, Lilli-Lapin a sorti sa névrose, parce qu"elle avait besoin d"air frais. Tous deux étaient victimes d"une attaque en règle de loups... Ah, je suis désolé, je voulais dire de banalités. Les banalités s"accordent habituellement en groupe, d"où la confusion. Les banalités sauvages sont dangereuses pour les jeunes névroses. La névrose de Lilli-Lapin était ainsi frustrée, et elle a commencé à courir en rond et elle est même tombée dans le fossé. Lilli-Lapin a aidé sa névrose à s"en sortir et il lui a fermé les oreilles avec une écharpe. Il a même dû lui acheter une énorme barre de chocolat pour la calmer.
       Vous savez que le chocolat est une manière capable de calmer votre névrose, de provoquez votre diabète, et de détruire vos dents d"un seul coup ? Les dentistes médiévaux ont inventé le chocolat afin d"assurer leurs revenus jusqu"à la fin des temps.
       Une autre banalité a attaqué Lilli-Lapin alors qu"il achetait justement le chocolat pour sa névrose.
       -- êtes-vous prêt pour l"été ?
       C"est à se demander si Lilli-Lapin pouvait appeler l"été au téléphone pour lui demander de venir un peu plus tard ! évidemment, Lilli-Lapin n"était encore pas prêt. Le machiavélisme des banalités est pourtant évident. Elles utilisent des moustaches de cancrelat pour guetter les habitants de la ville. Elles utilisent ces moustaches pour justes effleurer leurs voisins ou les piétons. S"ils répondent par une banalité appropriée, cela signifie que celui-ci est un autochtone, mais si elles n"obtiennent pas la bonne réponse, cela signifie -- Oh, mon dieu ! -- qu"il est étranger ! Je me demande si la banalité n"est pas une arme de guerre foudroyante inventée par les cafards pour dominer le monde !...
       La banalité doit son origine à une tradition très antique, aussi primitive que l"organisation d"une cellule. Un jour que Lilli-Jacob regardait dans son microscope, il a entendu deux cellules occupées à... produire une banalité !
       -- Comment va votre mitose ? a demandé la première.
       -- ça va, merci, a répondu l"autre.
       Et toutes les deux ont répliqué cette même banalité tour à tour. Quelle vie ennuyeuse pour les cellules ! Elles n"utilisent pas de sexe pour la reproduction. Il est vrai que nous-même n"utilisons parfois pas le sexe pour la reproduction, mais enfin, si nous voulons, nous pouvons, et sans sombrer dans la banalité.
       Lilli-Lapin cultivait pour la vie, ainsi il ne pouvait pas se permettre de garder ses propres petites banalités à la ferme, car elles mangeaient beaucoup et rien d"utile n"en sortait. Ce n"est pas comme la poule que vous pouvez nourrir, vous obtiendrez au moins quelques œufs frais en échange. Les banalités sont comme les virus qui peuvent se reproduire eux-mêmes avec l"aide malveillante de votre propre tête comme centre serveur. Après l"invasion des banalités vous obtenez la tête vide, comme une casserole vide, et c"est malheureusement une autre petite étape qui vous conduit vers une non-existence que nous appelons familièrement "mort cérébrale". Et c"est souvent définitif !
       Les banalités que Lilli-Lapin a dû prendre avec lui à la maison plus tôt, ont ainsi effrayé sa névrose. La névrose de Lilli-Lapin s"est donc lancée dans une course effrénée dans la maison et s"est cognée dans la névrose de Lilli-Ours qui s"est engouffrée sous le banc de la cuisine et n"a plus voulu sortir, même quand Lilli-Lapin a essayé de l"appâter avec une barre de chocolat. Heureusement, les chats de Lilli-Lapin, pris de pitié pour sa névrose, se sont intentionnellement endormis sous ce même banc, lui offrant un peu de chaleur et réconfort.
       La névrose de Lilli-Ours était si retournée par cette situation cauchemardesque qui s"est produit avec la névrose de Lilli-Lapin en ville, qu"elle a décidé d"arrêter toutes ses visites en ville et elle a persuadé Lilli-Ours d"en faire de même. Vous savez, parfois, la névrose peut être très persuasive !
       Les banalités et les cultivateurs ne vont pas très bien ensemble, car quand une banalité demande à une telle personne ce qu"elle pense du temps qu"il fait, l"agriculteur commence toujours pas expliquer ce qu"il pense réellement du temps, parce que le temps pour des agriculteur n"est pas une matière abstraite du tout. Et si le fermier répondait exactement ce qu"il pense du temps la banalité pourrait mourir ! Et si vous n"appliquez pas immédiatement une expression du type : " Que faites-vous pour Pâques ? ", il sera trop tard pour tenter de ressusciter la banalité... Ainsi, Lilli-Lapin avait peur de tuer subitement trop de banalités, cela peut causer de nombreux malaises inutiles dans notre communauté, et la Petite Association des Banalités (PAB) peut intervenir et demander des dommages et intérêts sur le compte des banalitricides, car c"est considéré comme un acte grave dans notre culture, presque aussi important qu"un homicide. L"homocide devient moins grave que le crime, parce que cette population se développe toujours, et ces gens cessent d"être rares, ce qui banalise le cas.
       Veuillez ne pas me blâmer pour cet outrage. Je suis un auteur, vraisemblablement une source du parler vrai, et j"écris juste ce que je vois à la télévision, parce que je sors rarement... Et ce que je vois à la télévision me convainc que le prix de la vie humaine n"est pas très élevé du tout... tandis que les banalités coûtent très cher en nos jours !
       Lilli-Lapin était inquiet, car cela ne lui convenait pas vraiment. C"était comme si toute la ville apprenait par cœur des questions stupides, et des réponses pas moins idiotes :
       -- Comment allez-vous passer votre week-end ?
       -- Pas mal du tout a priori...
       -- Vous amusez-vous ?
       -- Oh ! Absolument ! Merci.
       Ces banalités abrutissaient les gens comme s"ils étaient des répondeurs... Lilli-Lapin ne voulait pas être engagé dans cette folie de masse. Pris de pitié pour Lilli-Lapin, Lilli-Jacob a activé sa Compagnie des Cerveaux. Les Micro-lilli-Jacobs ont sauté en demandant :
       -- BIEN ! Quel est le problème ?
       Quand ils ont appris ce qui tracassait Lilli-Lapin, ils ont ri pendant une demi-heure puis ils ont médité une autre demi-heure avant de proposer l"invention suivante : le "Petit Générateur d"Anti-Banalités." Il était composé d"une boîte, celle que la névrose de Lilli-Ours adorait mettre au-dessus de sa tête quand il était particulièrement nerveux, juste pour débloquer la mécanique cervicale. à l"intérieur de la boîte, il y avait deux perroquets qui connaissaient dix à quinze expressions dont sont composés habituellement n"importe quels petits entretiens peu banals. Quoique la conversation de ce générateur soit assez aléatoire, cela semblait être un vrai petit moulin à paroles de première qualité. équipé de cet appareil ultra-perfectionné, Lilli-Lapin est redescendu dans la rue.
        []
       La première banalité a sauté devant lui sur le trottoir :
       -- Comment trouvez-vous le temps ?
       Lilli-Lapin a voulu répondre honnêtement : " Pas très bien. Le printemps est en retard, et le temps est toujours très froid. Ce n"est pas bon pour mon potager. " Mais une telle réponse aurait immédiatement causé une crise cardiaque à une faible banalité, et sa mort soudaine aurait déclenché une enquête : "Vous êtes fermier ? Êtes-vous sérieux ?" Et cela aurait pu dégénérer avec la police emprisonnant Lilli-Lapin avec sa boîte suspecte. Les perroquets ne voulaient pas aller en prison, c"est pourquoi ils se sont réveillés aussitôt pour sortir Lilli-Lapin de ce mauvais pas :
       -- Le temps ? se sont-ils exclamés, il est CORRECT ! Pas trop mauvais !
       -- êtes-vous prêt pour Noël ?
       La banalité qui les avait accostés était particulièrement répugnante avec sa dent cassée et elle avait mis un déprimant manteau d"hiver. Lilli-Lapin a voulu lui indiquer que c"était presque le printemps, et que même si c"était tôt pour parler de Noël, il fallait commencer à y penser, mais un tel dialogue aurait déprimé la banalité qui se serait certainement suicidé sur-le-champ. Il est vrai que les gens se préparent de plus en plus tôt pour Noël et si l"on est pas prêt à temps c"est déprimant !
       La ville de Lilli-Lapin était profondément ancrée dans la province profonde, là où les gens sont prêts pour Noël en premier ressort. Il y en a d"autres, d"ailleurs ! Il y a même des endroits où Noël est là chaque jour. Vous pensez que c"est au Pôle Nord ? Non ! C"est là où les investisseurs ont des intérêts. C"est ainsi, de plus en plus de fêtes règnent sur le monde.
       -- Oui ! nous sommes prêts ! ont répondu les perroquets à l"intérieur de la boîte.
       Lilli-Lapin fut alors considéré comme une gentille personne qui maîtrise à la perfection l"art de procréer des banalités et il a dû abandonner son générateur anti-banalités. Les perroquets étaient épuisés, mais heureux, parce que c"était la première fois qu"ils avaient pu apprécier une liberté de parole aussi valorisante !
      
      
      
      
       Chapitre 19
       Lilli-Lapin et les théories cosmologiques
      
      
      
       Les Professeurs de Cosmologie sont des célébrités scientifiques universellement identifiées, mais embrouillés dans un environnement trop théorique. À tel point, désormais, qu"ils sont totalement incompréhensibles pour le commun des mortels. Par exemple, l"émergence du nouveau concept sur la création du potage de chou : l"intégrité des masses en jeu est remise en question, mettant en danger la conception même de ce potage, ne serait-ce qu"en lui choisissant un nom trop scientifique : le P2C ! Tant de questions se posent et elles sont si compliquées : Qui a fait cuire le potage de chou ? Comment le chou a-t-il été créé ? Combien d"heures la cuisson du chou peut-elle durer ? Tant de questions insolubles aujourd"hui, que des professeurs respectables en Cosmologie, les chevaliers d"une science sans crainte, ont placé aux avants-postes de la gastronomie moléculaire, en raison de leurs observations sensibles faites il y a quatre-vingts ans grâce dans un télescope ultra-précis. Comme si tout que nous vivions, tout ce qui était et sera, était axé autour du potage de chou ! Quatre-vingts années passées à raffiner dans le détail par petits groupes de raffinage scientifiques sans réellement savoir ce qui était à détailler et même de quels détails il s"agissait...
       Quand le vieux pape a pris connaissance des conclusions scientifiques, il est presque tombé raide mort de déception et d"anéantissement, mais après sa conférence avec le Seigneur, (il avait de bons rapports avec lui), il a décidé d"approuver leurs théories et il a donc déclaré que si l"univers n"était rien d"autre qu"un potage de chou, cela signifiait que quelqu"un l"avait fait cuire, les donations Cataleptiques faites à l"église ne pouvaient donc pas cesser.
       Vous n"y comprenez rien ? Ce n"est pas grave, moi non plus ! C"est de la science moderne !
       Les professeurs de potage de chou n"ont tout d"abord pas accepté Lilli-Lapin dans leur cercle d"instruction. Ils ont pensé que Lilli-Lapin et son ami Lilli-Ours avait l"esprit trop pratique pour être occupé avec des théories fondamentales telles que le potage de chou. Mais par la suite, quand un professeur de potage de chou a découvert un grand segment de chou dans le potage et qu"il s"est sans conteste avéré que les potages de chou étaient réellement faits de chou, le bonheur du professeur fut sans limite, à la hauteur de ce qu"aurait été son inquiétude s"il y avait trouvé des ordures ordinaires. Il a invité Lilli-Lapin et Lilli-Ours à sa conférence afin de leur démontrer sa découverte remarquable.
       Lilli-Ours s"est préparé sérieusement à cet événement parce qu"il voulait expliquer au monde scientifique sa théorie selon laquelle l"univers n"était pas un potage de chou, mais un gruau avec de la confiture de framboise (G.A.C.F.). à plusieurs reprises, il avait déjà fait l"expérience avec un gruau expérimental et il pensait pouvoir prouver facilement que sa théorie était non moins et pas plus absurde que la théorie du professeur de potage de chou.
       Cependant, le gruau spécialement préparé pour la démonstration s"est révélé particulièrement instable. En réalité, il n"a existé qu"une fraction de seconde. Il faut avouer qu"à peine sorti de son emballage, Lilli-Ours l"avait déjà englouti ; il n"y avait donc plus rien à emporter à la conférence confirmer l"hypothèse de Lilli-Ours, et comme nous le savons bien, les confirmations extraordinaires doivent avoir les preuves irréfutables... Les professeurs du potage de chou n"ont pas cru à tout ce qui ne pourrait pas être prouvé. Ils étaient eux-mêmes des personnes très honnêtes, ils ne pouvaient donc pas se contenter de l"honneur.
       La théorie de Lilli-Ours rend Dieu très heureux, parce qu"il aime le gruau avec de la confiture de framboise. Et vous, aimez-vous le gruau avec de la confiture de framboise ? C"est une nourriture divine. La seule fois où Dieu n"a pas pensé quelle théorie de son univers était la plus mauvaise. Il était si fatigué avec la théorie approximative des trois éléphants, baleines, tortues, que la théorie du potage de chou n"a fait aucune impression sur lui. Il a même décidé de ne pas venir à la conférence, puisqu"il était occupé à préparer un déluge dans le Sahara, ce coin de terre devenu particulièrement poussiéreux qu"il avait mis de côté depuis déjà vingt millions d"années. (Je formule ici une image bidon qui, un jour, dans des années, sera le plus grand déluge du monde. C"est un secret très antique, le génie des prévisions astronomiques. Mais je fais ici le pari que l"inondation du Sahara est juste le fruit de mon imagination.) D"ailleurs, il est nécessaire de rendre hommage aux professeurs de potage de chou qui, pris de pitié pour les oreilles de Dieu, ne lui ont pas envoyé d"invitation officielle en disant : " Veuille qui pourra !... "
       Les professeurs de potage de chou n"ont pas eu de très bons rapports avec Dieu, surtout depuis que Leibniz a dit que Dieu n"était pas un composant important dans les preuves scientifiques... Ainsi, les professeurs de potage de chou ont appris à contrôler leurs travaux sans prendre en compte l"existence de Dieu, pas parce qu"ils l"ont nié, non, parce qu"il n"était pas nécessaire comme preuve. Il est par contre nécessaire de dire que la pratique scientifique appliquée a considérablement contribué à la création d"appareils extraordinaires qui facilitent nos vies, mais les théoriciens, d"une façon ou d"une autre, ne nous ont rien fourni d"utile. Ils se sont embourbés dans leur potage de chou pendant quatre-vingts années... Même lorsque M. Super-Einstein leur a dit avec son charmant accent allemand :
       -- C"est stupide ! L"univers n"est pas un potage de chou ! C"est un Bretzel avec des Graines de Sésame (théorie du B.G.S.).
       Mais ils ne l"ont pas cru :
       -- Ce vieil homme est incapable d"accepter les nouvelles tendances des futures générations, ont-ils dit, il a découvert que tout était relatif, il l"a prouvé en portant tout quelque part alors que personne ne pouvait trouver où c"était parce qu"il l"avait déjà rapporté... Enfin, il peut jouer du violon du moment que ça n"interfère pas dans notre progrès du potage de chou !
       Vous voyez, le besoin de preuve n"exige pas de preuve ! C"est aussi évident que le fait que notre univers soit juste un potage de chou ! Regardez autour de vous et vous verrez. Vous ne pouvez pas voir ? De quel jardin d"enfants avez-vous reçu un diplôme ? Que dit votre diplôme ?
      
      
       Diplôme du Jardin d"enfants
      
      
       Nous reconnaissons que M. Lecteur Ennuyant a suivi un cours d"étude dans notre Jardin d"enfants. M. Lecteur Ennuyant a démontré scientifiquement qu"il était capable de retirer son pantalon avant l"utilisation des toilettes.
      
      
      
      
       Maintenant, je vois. Vous êtes une personne instruite, en effet ! Vous avez terminé le cours complet du jardin d"enfants avec succès. Vous pouvez aller aux toilettes en toute indépendance. Naturellement, les choses s"oublient avec les années... Nous ne nous rappelons pas beaucoup de ce que l"on nous a enseigné par le passé... Autrement comment pourraient être expliqués les problèmes d"usages basiques, dans les maisons de repos, par exemple ?
       Hitler a très clairement essayé de démontrer que l"univers était un Morceau de Merde. (Théorie du M.M.), et l"humanité, probablement, aurait pu accepter cette théorie, mais le bruit généré était en désaccord avec les préceptes humains, et l"humanité a décidé d"adhérer au paradigme conventionnel, basée sur la théorie du potage de chou. D"ailleurs, maintenant, les scientifiques essayent de montrer qu"il y a d"autres potages. Défaut de reproduction sonore ! (selon une nouvelle théorie du Multi-Chou-Potages).
       Lilli-Lapin a considéré que l"univers était une carotte, mais il n"a jamais partagé cette théorie brillante avec d"autres, bien que toutes les expériences avec les carottes expérimentales aient indiqué une exactitude incontestable du théorème.
       Lilli-Katie a considéré que l"univers était constitué de nouilles, parce que tout était imbriqué dans un ensemble "mutuellement-complexe". Socrate lui-même lui a écrit une lettre enthousiaste, mais il l"a écrite sur une table de cire, et Lilli-Ours a tout rayé, parce qu"il pensait que c"était un jouet. Il serait nécessaire d"établir une conversation téléphonique avec la Grèce antique, mais là, personne ne répondra, parce que chacun se cache du monstre, le taureau Minotaure.
       Lilli-Jacob a considéré que l"univers était une fiole dans laquelle nous sommes agglutinés comme des insectes, et Dieu nous observerait à la loupe.
       Les chats ont considéré que l"univers était cette grande boîte arénacée de litière qu"ils ne maîtrisaient pas encore entièrement, sachant que cela leur importait peu, car ils comptaient sur les nouvelles générations de chats pour la maîtriser un jour. Ils ont envoyé un télégramme à M. Bouche, Président d"Extases Uniques et lui ont exprimé leur satisfaction d"avoir vu projeté en l"air l"idée de la maîtrise de l"univers grâce aux dépenses colossales correspondant à vingt ans de budget d"un d"état entier, de sorte que l"astronaute des Extases Uniques ait pu être le premier à pisser sur le sable de Mars. Le peuple des Extases Uniques a soutenu son Président. En effet, qui ne rêve pas secrètement de pisser sur un corps céleste ? Lilli-Ours a même envoyé un télégramme au Président pour lui proposer son idée :
      
      
       Proposition d"une Lilli-Idée de Lilli-Ours :
      
      
       Cher Président,
       Je propose de remplacer les astronautes prévus pour Mars par un chausson. Il estampillera son empreinte sur la planète rouge et repartira par la même voie, comme si elle avait été tamponnée par un astronaute ; cependant, nous n"aurons pas besoin de l"alimenter en gruau pendant le voyage. L"énorme bénéfice engendré pourra être divisé en deux : une moitié pour vous et une autre pour moi. Car le prix du gruau, de nos jours, a commencé à monter. D"ailleurs, depuis que vous êtes en guerre, le prix des framboises monte, et le prix du gruau grimpe encore plus.
       Nous pouvons donc déléguer notre chausson pour la mission de tir. Le chausson gauche de Lilli-Lapin a donné son consentement et il a déjà commencé sa formation de pilote. Avec mes respects cosmiques.
       Lilli-Ours
      
      
       Les perroquets ne savaient pas que l"univers existe. Quand ils vivaient dans leur nid, ils l"avaient pourtant vu dans le télescope que Lilli-Ours avait prêté à l"épouse de monsieur Silvouplaît, mais le cerveau des oiseaux étant ce qu"il est, ils ont tout oublié. Il faut dire à leur décharge, qu"ils ont tranquillement observé des étoiles et les galaxies directement sous leur forme imagée et non par des expériences complexes avec des potages, du gruau ou des nouilles de chou. Et quand on observe directement un objet, parfois, on n"exige aucune explication, et cela ne marque pas beaucoup les esprits, surtout pour les oiseaux !...
      
      
      
      
       Chapitre 20
       Lilli-Lapin dans le village
      
      
      
       Est-il nécessaire de préciser que l"échec d"ensemencement des macaronis avait passablement contrarié Lilli-Lapin, parce qu"il était un peu perfectionniste sur les bords ? Il savait pourtant qu"être perfectionniste était stupide, mais cet échec le chagrinait quand même. Il a pourtant tout tenté selon les procédés habituels de la science agraire : il a planté des macaronis dans un sol chaud et ajouté du ketchup comme engrais, mais rien n"y a fait... Lilli-Lapin a alors décidé qu"il devrait entreprendre un voyage d"étude dans un village rural pour acquérir l"expérience des vrais laboureurs, qui, comme on sait, se produisent uniquement dans les villages ruraux. Lilli-Lapin ne pouvait plus attendre pour rencontrer de tels spécialistes de la charrue et de la herse, les chevaliers de l"engrais simple et de l"engrais nitrique, sorciers de l"ensemencement et de la moisson ! Le village choisi s"appelait Joint-ville. Ce village n"était pas très lointain : à peine à l"extrémité de la route, parce que la route montait tellement en ce temps-là, qu"elle ne pourrait pas aller plus loin !
       Après avoir embarqué dans sa voiture tous les habitants de la maison, Lilli-Lapin est allé visiter cet endroit en tant qu"invité. Il avait un ami dans ce village, l"agronome de la petite maison, M. Lapelleteuse, avec qui il correspondait au sujet des avantages de différentes agricultures, et qu"il avait toujours projeté de visiter.
       Ils étaient partis très tôt, à l"heure où l"odeur de l"humus imprégné de rosée exhale toute la fraîcheur et la pureté des jours ouvrables ruraux... " Si vous ne fertilisez pas, vous ne mangerez pas ! " dit une vieille sagesse rurale ; " Vous ne mangerez pas, vous ne fertiliserez pas ! " réplique en écho une plaisanterie pas moins sage. Nous, habitants des villes, avons oublié depuis bien longtemps que cette vérité est aussi simple que le jour, vérité de l"interdépendance de tout avec tout.
       Cette rotation incessante n"occupe naturellement pas toutes nos pensées ; elle ne nous inquiète pas outre mesure la nuit par sa vérité commandée et incorruptible de l"existence... Nous-mêmes sommes devenus des énormes usines de traitement de produits valables dans des produits pas moins valables dont la valeur est contestée par beaucoup de parfumeurs en philosophie. Cependant, par son contresens et l"agitation de sa prose dans un état proto-génique propre, la senteur ne diminue pas, elle fait obstacle aux jets immuables qui se versent sur notre gagne-pain ; une plante verte par exemple qui deviendrait notre pain essentiel afin de retourner à son état primaire après avoir visité nos estomacs insatiables... Vous n"avez rien compris ? C"est normal, seuls les parfumeurs en philosophie peuvent comprendre !
       Vous devriez aimer cette odeur d"humus, cette odeur de terre et d"herbes humides... la source de notre vie, celle qui nous a aidé à chasser les mammouths, mais qui aujourd"hui se repose placidement devant les téléviseurs. Vous devriez aimer cette odeur ! Puisque qu"elle porte en elle la force de la vie et immunise contre la vache folle ! Vous devriez aimer ; en l"aimant, vous aimez l"amour...
       Lilli-Lapin s"est vite imprégné du contexte sentimento-environnemental. Il a concentré son attention sur le premier champ rempli d"une culture très offensive qui s"était développée avec une telle santé que même les mauvaises herbes se développaient vigoureusement et sainement. Lilli-Lapin a même demandé à la voiture de s"arrêter. Il s"est approché du champ, a touché la terre, l"a remué puis senti, et déjà, en tant que vrai fermier expérimenté, il a goûté la terre, redressant le front et la larme à l"œil... Tout était clair : le champ se reposait... Par conséquent il n"était pas étonnant que la nature se soit comportée aussi violemment par amour de la vie où par la sorcellerie fertilisante, devenant de jeunes pousses, puis rapidement des baobabs bien-alimentés.
       Lilli-Lapin ne comprenait pas pourquoi ils fertilisaient aussi les mauvaises herbes, mais, revenant à la voiture, il a expliqué à ses camarades que le champ se reposait. Lilli-Ours a cru que le champ se reposait sur un banc ou sur un sofa, et le Chat d"Or a imaginé que le champ baignait entièrement dans du lait frais... Champ inondé entièrement de lait frais... Océan entier de lait frais... Univers entier de lait frais... L"éternité entière de lait frais... sans homme autour, aucun de ces monstres répugnants avec cornes ou des sabots qui visent les postérieurs des chats... (Chat D"or n"aime pas des vaches, bien qu"il adore leur lait. C"est normal, comme pour moi : très souvent les gens aiment ce que j"écris bien qu"ils me détestent). Après avoir imaginé le lait frais multiplié à infini, le Chat d"Or s"est endormi avec satisfaction, heureux, tout à son imagination laiteuse...
       Mais la chatte Basia n"a rien pensé, parce qu"elle avait oublié ses lunettes à la maison et qu"elle ne pouvait pas penser sans ses lunettes. En réalité, elle n"avait pas une vision très altérée et sa vision était même exceptionnelle, mais elle disait qu"elle était incapable de penser sans lunettes. Une fois Lilli-Jacob avait fait une expérience scientifique en l"obligeant à les porter, mais il s"était avéré qu"avec ses lunettes, elle ne pouvait pas penser non plus. Lilli-Jacob a décidé de cachés ses conclusions, car la chatte Basia avait été profondément traumatisée après l"histoire du ballon à air qui avait failli l"étrangler quand elle avait essayé de soulever le sofa ; le ballon attaché à son cou l"avait presque tuée. Depuis, à la vue de n"importe quel ballon, la chatte Basia mangeait de l"herbe et tombait dans une excitation psychosomatique constante. Raison pour laquelle il fallait lui cacher son incapacité à penser avec ou sans lunettes.
       D"une façon générale, Lilli-Lapin est adepte de la vieille école médicale, quand le médecin de famille essaye de ne pas dire des choses désagréables au patient. Ne connaissant pas la mauvaise nouvelle au sujet de ses chances de survie, le patient se sent toujours mieux et même parfois, il guérit malgré les prévisions de son médecin. C"est pourquoi les médecins ne se dérangent plus beaucoup : moins ils se déplacent, plus fortes sont les chances de survie de leurs patients, bien qu"ils soient toujours fiers de leur capacité à faire le pronostic exact de la maladie incurable avec les médicaments.
       Et c"est pareil dans les hôpitaux ! Un jour, un docteur a dit à l"autre : " Ce patient va mourir dans exactement deux heures et trois minutes. " Mais l"autre docteur objecta : " SVP, cher collègue, permettez-moi d"être en désaccord avec vous. Pas deux heures et trois minutes, mais deux heures et quatre minutes ! " Et tous les deux, tranquilles, de regarder la mort faire son travail avec un chronomètre à la main tandis que le patient gémissait et demandait des médicaments ou de l"aide pour qu"au moins on enlève l"oreiller que l"infirmière avait oublié sur son visage après avoir fait son lit. Il faut dire que le patient ne pouvait pas le faire tout seul, parce qu"il avait ses mains attachées aux côtés du lit pour l"empêcher d"enlever la ligne IV et d"éteindre le moniteur. Ainsi, une mort inévitable par suffocation résulta probablement d"un oreiller oublié et obstruant le passage respiratoire du patient... La preuve est faite : un homme en bonne santé arrive à l"hôpital pour prouver qu"il est en bonne santé, et le diagnostic incontestable est : SAO (Suffocation Aiguë par Oreiller).
       Ne pensez pas qu"il s"est produit quelque chose de mal. L"autopsie a démontré une narcose certaine antérieure à l"événement, ainsi le patient n"était pas tout à fait conscient, et quand il s"est réveillé, il s"est trouvé attaché au lit avec un oreiller sur le visage. Les médecins qui étaient venus pour le voir étaient d"abord très préoccupés par les résultats de leur chronométrage et ne pouvaient pas voir l"oreiller, (et d"ailleurs, ce n"est pas du ressort des médecins de faire les lits), ensuite les lectures du moniteur indiquaient clairement que le patient allait mourir bientôt, il n"y avait donc pas manière à se démener plus que de raison. En réalité, on trouve là, les limites de la médecine : le souci du résultat des chronométrages est si important, tout comme la lecture des moniteurs pour prédire avec précision l"heure de la mort du patient, que le patient est relégué en second plan. Ce dernier, naturellement, essaye de combattre pour sa vie avec force et ténacité, ce qui perturbe le travail des médecins qui n"aiment pas être dérangés dans leurs décisions. Ils ajoutent donc quelques drogues de relaxation à la ligne IV pour rendre des patients plus détendus...
       Au petit matin, les médecins sont obligés de présenter leurs condoléances à la famille, leur expliquant qu"ils ont fait tout leur possible... évidemment, l"autopsie peut difficilement déterminer la vraie cause de la mort, parce que le corps n"est jamais transporté au réfrigérateur avec l"oreiller... ou tout autre OTNI (Objet Tuant Non Identifié). Généralement, l"OTNI n"est pas un sujet médical et n"a aucun rapport avec la maladie... Il est souvent conclu par évidence que le patient est mort d"un virus qu"il a obtenu de la Chine. Le patient n"a rien à voir avec la Chine ? Détrompez-vous, les patients vont souvent au restaurant chinois avant une hospitalisation !
       Je ne veux pas dire que la médecine tourne plus mal de nos jours que par le passé. C"est ainsi depuis toujours. Mais jadis les patients ne savaient pas quand ils allaient mourir, car les médecins n"avaient pas de chronomètres. Je mets au défit quiconque de démontrer que les médecins sont moins dangereux que les armes à feu. Le nombre de médecins aux États-Unis est de 700 000. Les décès accidentels provoqués par des médecins par an sont de 120 000, soi 17,14% ! (Courtoisie des statistiques du département des États-Unis de la santé et des services humains.) Regardons maintenant les statistiques des armes à feu : Le nombre de propriétaires d"armes à feu aux États-Unis est de 80 000 000 (oui, 80 millions !!!) Le nombre de décès accidentels par arme à feu par an, toutes catégories d"âge confondues, est de 1 500, soit 0,001875% ! (Courtoisie des statistiques du FBI). Statistiquement, les médecins sont donc approximativement 9 000 fois plus dangereux que les armes à feu. Souvenez-vous, les pistolets ne tuent quasiment pas les gens, les médecins, oui ! Si vous pensez toujours que je suis fou (c"est possible !), faites attention : tout le monde n"a pas un pistolet, mais presque chacun a au moins un docteur !
       Maintenant, la médecine a fait un pas colossal en avant : elle a conclu que si les patients mouraient, il n"y avait là rien de terrible. En effet, combien de personnes restent toujours en bonne santé ? Pourquoi les médecins devraient-ils être occupés avec les mourants qui persistent dans leur inclination à être malades et de mourir ? Ils ne devraient pas non plus être occupés avec les sains puisque comme le démontre l"exemple ci-dessus, les personnes en bonne santé n"ont pas tout à fait besoin d"un docteur... Un docteur pour une personne en bonne santé, c"est comme un boucher pour un coq vivant...
       Ainsi les médecins se sont plus préoccupés que par leur métier préféré : déterminer avec exactitude combien de temps il reste à vivre à leurs patients. Et cela rend considérablement heureuses les compagnies d"assurance, qui, comme c"est bien compréhensible, ont tout intérêt à désassurer leurs clients en temps et en heure, afin que ces derniers ne soient pas obligés de payer leur prime à la dernière minute de leur vie, leur évitant ainsi de payer pour rien leur dernière cotisation...
       Lilli-Lapin avait donc caché le diagnostic évident fait à la chatte Basia qui souffrait en réalité de la stupidité aiguë des chats (SAC), bien que le docteur Mortrapide n"ait pas été d"accord avec ce diagnostic. On avait déclaré que la chatte souffrait d"une sorte de virus, cette dernière l"avait cru et s"était lavée avec un shampooing antiviral qui ne l"avait pas rendue plus futée. Il y a un certain accord de coopération entre les médecins et les virus. D"un côté, les médecins sont obligés de ne pas chercher la manière efficace de combattre les virus, et d"un autre côté, les virus couvrent les médecins qui ne sont pas en mesure ou ne veulent pas trouver un diagnostic correct.
       Revenons maintenant à l"agriculture. Lilli-Lapin était si enthousiasmé de ce qu"il avait vu dans les champs, qu"il ne pouvait pas attendre plus longtemps pour rencontrer M. Lapelleteuse, son ami qui pouvait lui expliquer cette nouvelle méthode d"agriculture.
       M. Lapelleteuse était une personne simple. Certains ont appelé de telles personnes des "cous rouges", et je pense que c"est inacceptable parce que la couleur des cous est une propriété privée, comme la couleur de la peau ou la couleur des véhicules, qui ne devrait pas être mentionnée en vain. Je conviens absolument que nous ne devons pas employer la couleur pour décrire n"importe quoi. C"est comme le trou noir énorme au centre de notre galaxie, il pourrait trouver offense à être nommé "trou noir", et il avalerait notre soleil avec notre malheureuse planète. Cessez d"employer les couleurs, pour la sécurité de notre système solaire ! D"une façon générale les gens supposent que ces prétendus "cous rouges" sont différents d"un pays à l"autre. Ce n"est pas vrai ! Ils sont tous identiques partout, ils travaillent dur et sont la base de notre bien-être. Autrement, qui consommerait les boissons alcoolisées que nous produisons dans les villes ?
       En ses jeunes années, Lilli-Lapin a beaucoup voyagé et il a confirmé que les personnes sont identiques partout. Oui, naturellement, extérieurement elles peuvent être différentes : il y a ceux qui utilisent la brosse à dents ou pas. C"est la seule différence ! Dans n"importe quel village éloigné de n"importe quel pays, tous regardent dans le même sens. Et les grandes villes sont semblables comme deux gouttes d"eau, elles pondent des tours célèbres et s"entourent de périphériques. Londres regarde la même direction que Toronto, Toronto regarde la même que New York, et entre-elles, la terre est uniforme : des zones industrielles partout ! La campagne est le seul endroit où vous pouvez rencontrer les vrais autochtones du pays ; une véritable oasis où vous pouvez rencontrer le vrai visage de la terre.
       Lilli-Lapin a rencontré M. Lapelleteuse près de l"entrée du village où il attendait apparemment ses plus chers invités. Lilli-Lapin lui a demandé pourquoi tous les champs autour du village se reposaient, étaient pleins de mauvaises herbes, et pourquoi le peuple les fertilisait avec du compost.
       -- écoute, Lilli-Lapin, a répondu l"hôte, tout d"abord, ce ne sont pas des mauvaises herbes, c"est une variété très valable : la "Greedyslutus - Swampus". Elle s"accroît d"elle-même et n"a besoin d"aucun soin spécial. Pas besoin de la semer, elle se sème ! Pas besoin de moissonner non plus... ça marche tout seul !
       -- Mais pourquoi en avez-vous besoin ? a demandé Lilli-Lapin avec surprise.
       -- Oh ! C"est simple, a expliqué M. Lapelleteuse, par la photosynthèse, elle fournit de l"air frais. Ainsi le gouvernement nous assigne des subventions pour nous aider à accroître ce "Greedyslutus - Swampus" car sinon, dans les citées, la population suffoquerait.
       -- Par ce moyen, vous obtenez de l"argent frais !
       -- Depuis quand les lapins s"intéressent-ils à l"argent ? a plaisanté M. Lapelleteuse, essayant d"éviter la masse de questions qui se profilait au sujet de ses activités de vente d"air.
       -- Ne cultivez-vous pas de blé du tout, M. Lapelleteuse ?
       -- Crénons de non ! C"est interdit ! Il n"y a aucun besoin de cultiver le blé. Le pain est produit en usine à partir des pains-fibres. Ici, à Joint-ville, nous passons par-dessus la nouvelle entité agricole ; mais en plus du Greedyslutus - Swampus, nous exploitons une nouvelle culture dans nos sous-sols. Tant de visiteurs sont intéressés à retrouver leurs racines, continua M. Lapelleteuse, et ici, ils les trouvent. Parfois, ils rampent pendant trois heures entre deux rangées pour trouver leurs racines.
       -- Quelle est cette nouvelle chose qui se développe dans le sous-sol ? s"est enquis Lilli-Lapin avec curiosité.
       -- Le cannabis aime les sous-sols a répondu M Lapelleteuse avec un sourire, c"est plus facile pour lui de grandir sous terre en raison de leur botanique spéciale.
       -- J"ai cru comprendre que ces plantes grandissent uniquement quand la lune se lève, comment expliquez-vous qu"ici elles grandissent même par nuit noire ?
       -- Nous avons installé des lampes pour leur donner beaucoup de chaleur et de la lumière, et c"est ainsi que les plantes poussent vite.
       M. Lapelleteuse était célèbre en raison de son hospitalité, c"est pourquoi il n"a pas insisté pour que ses invités se joignent à lui à dîner. Très souvent les gens insistent pour que les invités finissent tous les restes de la maison, ce qui est particulièrement désagréable si le ménage n"est pas souvent fait. Un tel traitement rend les invités écœurés et ils vomissent partout. Cela diminue considérablement la prospérité du village et ruine l"industrie locale du tourisme, ce qui est très grave de nos jours.
       -- Le fait que les touristes achètent parfois cette nouvelle plante qui se développe de part le monde en sous-sol, a expliqué M. Lapelleteuse, est seulement un phénomène nostalgique, pour le côté artistique des années Peace and Love. Parfois certes, le touriste en fume, mais c"est juste pour se débarrasser des moustiques, c"est tout ! Vous ne réalisez pas combien de moustiques sont là dans notre campagne ! Depuis que le Greedyslutus - Swampus a couvert le domaine, la terre est devenue spongieuse et l"eau du puits s"est couverte d"algues. Savez-vous que les algues sont les premières créatures qui sont apparues sur terre ? C"est également le seul espoir pour "terra-former" Mars. Le fait que les algues aient commencé à réapparaître dans nos puits signifie que l"évolution va recommencer, dans un deuxième cycle. Cette fois, les humains ne seront pas dérivés des singes, ils seront dérivés de l"appareil de production pétrochimique, ils seront synthétiques, et les boissons alcoolisées seront produites directement dans les corps. Ils n"auront plus besoin d"en boire.
       Lilli-Lapin et ses compagnons ont pris congé de M. Lapelleteuse et sont allés dîner dans l"arrière-cour d"une maison voisine, puis ils ont continué leur visite. À la maison suivante, ils ont rencontré Charles Baudelaire qui était en train de vérifier si les habitants avaient assez de nourriture. Il contrôlait combien morceaux de pain ils consommaient par an, et combien ils buvaient par jour. En fait, il rassemblait les éléments pour son nouveau livre "Les racines du mal" où il voulait exprimer ses pensées générales, développer son argumentaire au sujet des racines, particulièrement les racines carrées, plus rigides et plus austères que les racines habituelles, longues, rondes et trop spirituelles.
       Quand Charles Baudelaire a vu Lilli-Lapin, il était très excité. Il lui a donné son livre, "Les fleurs du mal" et lui a dédicacé : " À un vrai Lilli-Lapin, du vrai Charles Baudelaire. "
       Cette précision était nécessaire parce que récemment, les gens ont commencé à douter qu"il soit le vrai Baudelaire, ils touchaient ses cheveux en disant : " Est-ce lui, vraiment ? " Ainsi, lui-même commençait à douter de sa personne et parfois il se touchait le front en se demandant : " Qui suis-je ? " L"opinion publique est très influente, si vous trouvez un article de vous-même dans le journal, où l"on dit que vous êtes un idiot, tôt ou tard vous vous rendrez compte que vous êtes devenu un idiot. C"est encore plus vrai si on dit que vous êtes mort, mais cela ne fonctionne pas tout à fait quand on dit que vous êtes un saint. Être un saint est beaucoup plus dur qu"être mort. Cela inclut beaucoup plus de responsabilités qui ne sont pas reflétée dans la vie. C"est pourquoi il y a de moins en moins de saints, et de plus en plus de morts. L"opinion publique peut également vous nommer "bâtard" ou "bonnet d"âne". Les deux titres sont très respectueux et fortement désirés, parce qu"ils sont habituellement donnés aux chefs d"État ou autres individus extraordinaires qui ont le niveau monétaire le plus élevé à l"égard du public.
       Lilli-Lapin a demandé à Charles Baudelaire de récrire son célèbre livre : "Les fleurs du mal" et le re-titrer "Les fleurs du mâle" ou "Les fleurs pannées" parce que de nos jours, vous devez parler soit de la nourriture, soit de l"homosexualité pour devenir un auteur à succès. Charles Baudelaire a trouvé l"idée passionnante et il a décidé de suivre les recommandations de Lilli-Lapin en titrant son nouveau livre : "Le mâle fané"" parce que Charles Baudelaire doit rester un auteur célèbre à tout prix, autrement, quel livre les lecteurs du monde pourraient-ils lire avant de dormir ?
       Lilli-Lapin a dit au revoir à Charles Baudelaire et s"en est aller voir où les vaches étaient tenues, cependant, il n"a trouvé aucune vache. Lilli-Lapin projetait d"obtenir sa propre vache, voulant ainsi apprendre aux autres l"expérience, la façon dont les vaches devaient être traitées et nourries. Lilli-Lapin aimait beaucoup les vaches et il était un peu déçu de ne pas en trouver. Il est revenu voir M. Lapelleteuse et lui a demandé où toutes les vaches étaient allées. M. Lapelleteuse lui a alors expliqué que toutes les vaches étaient devenues folles et qu"elles s"étaient envolées vers sud. Très étonné, Lilli-Lapin a pensé : " comment est-il possible que les vaches puissent voler vers le sud au printemps ? Pourquoi ne changeraient-elles pas d"air en automne, comme les oiseaux migrateurs ? " Mais Lilli-Lapin s"est dit que probablement, les vaches voulaient avoir leurs vacances d"été, comme tout un chacun !
       -- Alors pourquoi devraient-elles être considérées folles ? a demandé Lilli-Lapin, n"est-ce pas une certaine forme d"injustice ? Ces créatures travaillant dur dans la rumination afin de produire une substance graisseuse qui fertilise nos champs. Pourquoi ne devrions-nous pas respecter ces herbivores gracieux ?
       -- Cest exact ! a admis M. Lapelleteuse, c"est zoologiquement inacceptable !
       Lilli-Lapin est resté une nuit entière dans le hangar parce qu"il voulait dormir dans un lit de paille. Il trouvait cela très amusement. N"est-ce pas ce que vous faites quand vous allez à la campagne ? Mais il n"y avait rien, pas même du foin, parce qu"après l"histoire de la vache folle, il y avait eu la grippe aviaire, et tout avait été brûlé. Par conséquent, Lilli-Lapin a dû dormir sur un vieux matelas que M. Lapelleteuse a commodément placé à gauche dans le hangar. Lilli-Lapin a regardé le matelas et il a vu beaucoup d"inscriptions. Ce matelas avait été emprunté à l"hôpital psychiatrique local, où les patients avaient laissé beaucoup de poésies et d"autres textes sur cet objet rare. Lilli-Lapin a apprécié la lecture, et il s"est demandé combien de personnes vraiment douées étaient confinées dans des établissements psychiatriques. De nos jours, il est très difficile de distinguer le normal de l"anormal. Les choses qui sont considérées aujourd"hui normales méritaient une punition capitale deux décennies plus tôt. N"importe quel interprète du show-business moderne serait admis sans hésitation dans un établissement de ce type il y a 60 ans. Des individus qui se battraient en duel pour résoudre un conflit passionnel seraient maintenant internés ou emprisonnés alors qu"il y a 200 ans, ils auraient été considérés parfaitement normaux et décents. Mourir pour des idées, c"est bien beau, mais lesquelles ?12
       Les compagnons de Lilli-Lapin sont allés dormir dans la voiture parce qu"il n"y avait qu"un seul matelas dans le hangar. Lilli-Lapin a préféré dormir dans le hangar même si c"était sur un matelas moderne et lisible.
       La nuit, une faute d"orthographe a mordu très profondément Lilli-Lapin, c"était Mlle Lafote qui, humiliée par la poésie et les proses, vivait isolée dans les profondeurs du matelas. Lilli-Lapin s"est réveillé et ses cris de douleur ont sauté sur Mlle Lafote :
       -- Qu"avez-vous fait ?! Vous avez mordu le Président ! Ne vous rappelez-vous pas que Lilli-Lapin a été élu Président ?
       -- Je ne m"inquiète pas qu"il soit Président ! a répliqué la faute avec dégoût, je ne m"inquiète pas de ceux que je mords ! Je suis une faute libre ! Et les fautes libres vendent chèrement leur vie avant d"être gommées.
       Les fautes libres sont comme des journalistes : vous ne pouvez pas les acheter à moins de payer un très bon prix. Même si vous les payez, cela ne signifie pas qu"ils ne diront pas la vérité. Ils indiqueront juste votre point de vue. Vous ne pouvez pas inciter un journaliste à truquer, parce que les journalistes sont des grandes personnes, et les grandes personnes ne mentent jamais. C"est parce qu"ils définissent ce qui est vrai ou faux, et c"est pourquoi ce qu"ils disent ne peut pas être erroné. Ils sont presque comme les médecins : leur point est souvent final, et leurs clients ne peuvent rien objecter, surtout s"ils sont morts ou comateux, ce qui est presque identique.
       Lilli-Lapin a quitté le hangar pour réveiller ses compagnons :
       -- Il est temps de rentrer, a expliqué Lilli-Lapin, de nos jours, les villages sont faits seulement pour des individus très en bonne santé qui ne tomberont pas malades en côtoyant tant de personnes malades. Je dois vraiment planter mes pommes de terre avant qu"elles ne s"envolent vers le sud comme les vaches. Qui sait ce que vaut leur botanique !
      
      
      
      
       Chapitre 21
       Lilli-Lapin et les poissons 007
      
      
      
       C"était un matin ordinaire dans la maison de Lilli-Lapin. Comme d"habitude, Lilli-Ours avait reçu l"amitié du taureau en peluche qu"il avait gagné dans le Texazistan, le pays des taureaux en peluche.
       Quand Lilli-Ours avait obtenu ce taureau en peluche, il s"était engagé contre lui dans un combat de taureaux appelé Corrida. À la demande de Lilli-Ours, le taureau en peluche tombait dès qu"il était compté trois, en criant : ouf ! Alors Lilli-Lapin dansait pour Lilli-Ours la vraie danse du Flamenco. Lilli-Ours applaudissait avec excitation et Lilli-Lapin criait : Bravo !
       La seule chose qui était ennuyeux ce matin-là, c"était que Lilli-Lapin avait prévu d"aller pêcher et il avait dansé le flamenco deux fois plus vite que d"habitude. Lilli-Ours avait lancé des applaudissements si intenses et ses pattes étaient devenues si chaudes, qu"il avait dû souffler dessus pour les refroidir.
       Le taureau en peluche était allé silencieusement se reposer sur le tapis moelleux, essuyant au passage quelques commentaires et critiques innocentes de la part des autres peluches qui trouvaient ces combats chaque matin plutôt singuliers. Mais nous pouvons comprendre, Lilli-Ours se lançait avec le taureau en peluche dans l"arène seulement pour que Lilli-Lapin danse le Flamenco, et Lilli-Lapin refusait de danser à n"importe quelle heure de la journée parce qu"il était très occupé.
       Mais comme Lilli-Ours gagnait contre le taureau en peluche chaque matin, Lilli-Lapin ne pouvait pas refuser de danser, car, selon la tradition qui avait été conservée inchangée pendant des siècles, il fallait danser le flamenco pour tous les gagnants des Corridas...
       La veille, Lilli-Lapin avait obtenu une information secrète de son agence d"intelligence située dans son Lilli-Lac. En effet, Lilli-Lapin possédait une agence bourrée de poissons 007 qui était si secrète, que lui-même avait perdu sa trace. Mais heureusement, l"agence d"intelligence continuait de fonctionner et lui envoyait des informations valables sur le temps et les meilleurs endroits où Lilli-Lapin pouvait semer, pêcher ou faire les courses. Les recommandations étaient très fiables, mais il était très difficile d"obtenir l"information principale que Lilli-Lapin attendait, à savoir, l"endroit où étaient cachés les dangereux poissons 007 du contre-espionnage que le Lilli-Lapin avait presque réussi à pêcher. Une fois, en passant 24 heures caché dans une tache droite devant le nez d"un poisson 007 agent-double, et la deuxième fois, en leur offrant des vacances dans un appartement spécial sous la Mer Morte. Seuls les poissons amis spécialement équipés pouvaient survivre dans ce lieu inhospitalier. Malheureusement, une fuite a dû se produire, car ce jour-là, la Mer Morte était vide.
       Lorsque Lilli-Lapin a obtenu l"information que des poissons 007 du contre-espionnage étaient arrivés dans le Lilli-Lac, il a décidé d"agir rapidement. Certes les activités terrifiantes des poissons contre-espions 007, pour parler franchement, n"avaient rien de terrible, mais il fallait agir. Lilli-Lapin a donc décidé de jouer franc-jeu avec eux.
       Écoutez maintenant, s"il était permis à Lilli-Ours de s"engager dans une Corrida avec le taureau en peluche chaque matin, pourquoi Lilli-Lapin ne pourrait-il pas jouer franc-jeu avec les dangereux espions qui jouaient double jeu ? En effet, les contre-espions poissons 007 travaillaient simultanément pour deux agences d"intelligence ennemies : l"agence maritime et l"agence sous-marine. C"était probablement juste le fruit de l"imagination fantastique de Lilli-Lapin, mais il était très inquiet. Vous pourriez maintenant dire que ce n"était pas un fruit, mais un mauvais légume de son imagination, mais alors Lilli-Lapin deviendrait VRAIMENT sérieux, car attention, quand un lapin tombe nez à nez avec une carotte, cela devient VRAIMENT très sérieux !
       Mon lecteur rigoureux pourrait dire que mon héros, se fait un peu duper sur les bords, et que je suis dupé avec lui, que mon texte a trop de mots, et que peu d"entre eux vous touchent vraiment. Vous pourriez dire aussi qu"il y a probablement quelques mots émouvants en mon texte, mais qu"il est difficile de les trouver, particulièrement après que vous ayez perdu tout espoir et jeté mon livre sous le sofa... Maintenant, imaginez que vous êtes chez-vous, juste avant l"arrivée de vos invités, rendant un hommage stupide à cette tradition idiote du ménage global avant l"arrivée des invités, simplement pour leur permettre de salir de nouveau alors que c"était déjà le cas. Et, faisant quelques découvertes étonnantes sous votre sofa, parmi les articles non identifiés comme une robe, un reste de pomme qui a essayé d"être mangée pour être consommée avant l"aube de la dernière crise économique, vous trouviez mon livre, l"ouvriez aléatoirement à cette même page, lisiez mes longues phrases, deveniez fâché de nouveau, et le jetiez encore sous le sofa... perdant tout espoir de trouver tous les mots émouvants de mon livre, énumérés dans un désordre alphabétique. Quel drame ! N"invitez donc personne, ne faites pas le ménage et lisez mon livre, ça vaudra mieux !
       Ayez pitié, vous pourriez trouver un hameçon pour repêcher votre âme si vous acceptiez d"écrire sur vous-même. Moi, j"ose ! Vous pensez que je dupe le monde. Mais tout le monde dupe tout le monde ! Vous-même dupez autour de vous quand vous nettoyez chez vous avant que les invités n"arrivent ; vous vous dupez également vous-même quand vous ne lisez pas mon livre, et le jetez sous le sofa ; mais vous dupez votre entourage, même si vous lisez mon livre et découvrez les mots émouvants !
       Je peux facilement démontrer que le monde entier dupe sans interruption autour de lui. Regardez les visages des chefs les plus sérieux à la télévision : ils sont si sérieux et impénétrables, mais semblent prêts à se retourner pour éclater de rire. Est-ce que cela vous étonne ? Le monde dupe depuis toujours. Lisez l"histoire du monde de ce point de vue... Naturellement, vous trouverez beaucoup de raisons économiques, de luttes idéologiques d"intérêts, mais le résultat est inférieur à l"attente et il y a toujours un grand imbécile qui a dupé son monde. Regardez Alexandre le grand, Napoléon, et lisez l"histoire entière en cherchant par votre analyse où se cache la duperie. Vous détecterez facilement que la duperie sert de base finale à tous les développements historiques de l"humanité. Mais la plupart des "empêcheurs de tourner en rond" sont des imbéciles professionnels malgré leur intelligence, et ils obtiennent le sommet de leur puissance en dupant les amateurs autour d"eux toute leur vie. Le SI, "Services Intelligents", est le seul département d"état qui dupe tout à fait officiellement. Dans quel autre département d"état pouvez-vous rapporter les dépenses d"une maison de putains ? Faire un sondage sur la bière et le whisky ? Ou l"étude du peuple afin de rassembler sur lui les informations les plus intimes de sa vie privée, qui est assez grise comme chacun sait... Qui peut classer des comptes rendus au sujet des réunions secrètes et les archiver soigneusement pendant des décennies avec l"accès "classé défense". Ils doivent édulcorer l"évidence de leur duperie en nettoyant la source d"informations ; les options pour le faire sont abondantes, vous pouvez choisir dans la liste : assassinat, ou, avec plus de précision, annihilation, asphyxie, coup de poing, bosse au front, boucherie, crucifixion, expédition, noyade, vidage, électrocution, suppression, effacement, exécution, extermination, extirpation, finition, coup et blessure diverses, liquidation, lynchage, massacre, meurtre, neutralisation, empoisonnement, polissage, déportation en Chine, abattage, étouffement, étranglement, suffocation, ou défiguration... Quoiqu"ils chargent le gouvernement pour toutes ces activités colorées, la majeure partie du temps vous serez étonnés de trouver un individu innocent destiné à mourir d"une manière la plus brutale et la plus horrible. Les services d"intelligence continuent à prospérer en dépit de toutes les menaces mentionnées ci-dessus. Il y a certes des erreurs qui se produisent, comme partout, mais ils peuvent juste truquer le rapport de la liquidation et dépenser l"argent en bières supplémentaires.
       Tandis que les officiers de l"intelligence approchent les piétons innocents dans la rue pour rassembler sur eux des informations "valables", des avions s"écrasent sur les gratte-ciel, des bâtiments explosent et des terroristes prennent des otages ! Mais ce n"est pas un problème du tout, parce que les documents sont en règle et soigneusement archivés. Les documents sont le plus sûr moyen de prouver que tout est très bien dans l"ordre et dans les règles. Nous ne pouvons pas critiquer les services de l"intelligence, parce que nous pouvons voir seulement leurs échecs. Nous ne savons pas combien de tentatives de terroriste ont été empêchées. Peut-être en ce moment-même, quand vous poser vos fesses sur le sofa en lisant ces lignes, un officier anonyme de l"intelligence sauve-t-il le monde... Le monde tient dans des mains souillées de sang, au bord d"un précipice très profond, et l"officier de l"intelligence essaye de le sauver tandis que nous sommes assis ici, sur le sofa, et que nous ne savons rien de ce qui se trame. Le seul résultat de cette opération qui demeurera dans l"histoire, sera un minuscule reçu froissé, ou un billet de train dont nous ne connaîtrons même pas la vraie destination... Pourtant, s"il n"y a qu"un seul billet, cela signifie qu"il n"a pas fait le voyage du retour (je me demande toujours ce qu"il n"a pas fait !) et s"il y a un billet de retour, cela ne signifie rien de toute façon, enfin, juste que le monde a été sauvé. Si le monde n"est pas sauvé, nous ne le saurons pas parce que nous mourrons tous immédiatement.
       Vous dites que les services de l"intelligence ne dupent pas professionnellement ? Oh ! C"est un monde rempli de reçus de bière payée par le budget du gouvernement, qui se déplace en avant quand vous devez aller vers l"arrière, manœuvre vers la gauche quand vous avez besoin de lui à droite, et vice versa... C"est doublement compliqué, un triple ou quadruple jeu dans un monde multipolaire où tout le monde est simultanément bon et mauvais, et tout le monde perd la voie pour savoir qui travaille, qui paye qui... Et où nous devrions tous courir parce que l"intelligence pénètre partout ! Ils ont un appétit féroce, et ne souffrent d"aucune dignité habituellement amputée par chirurgie cosmétique pour chaque spectre sur le compte du gouvernement.
       N"avez-vous pas su que la dignité est désormais occupée par des cabinets de consultation cosmétiques ? Précédemment, la dignité était un organe interne, mais maintenant, elle a tellement gonflé qu"on la considère comme organe externe qui peut considérablement déshonorer la face, le visage et autres parties du corps. C"est pourquoi ils ont commencé à stigmatiser les personnes ou à amputer les taupes de leur dignité pour les empêcher de s"écarter de la voie souhaitée sous la forme d"une certaine honnêteté où le monde moderne est considéré comme une maladie maligne. Je ne veux pas dire l"honnêteté de l"imbécile bénin ! Dans la majorité des citoyens des sociétés occidentales riches, on commence par se montrer nu, sans les sous-vêtements spéciaux qui représentent l"honnêteté. Cela s"appelle le nudisme honnête. Ce nudisme honnête peut vous rendre malade et il n"a rien en commun avec une véritable honnêteté maligne, parce que l"honnêteté bénigne se développe en dehors des autres types de tissu et elle forme une partie de la "glande-lâche" qui est située dans la région de la face d"âne du corps humain. L"honnêteté vraie se développe dans son âme qui est l"organe destiné à l"extraction chirurgicale, comme dans l"âge le plus jeune.
       Je suis désolé de vous occuper avec toutes ces descriptions médicales que vous ne comprenez sans doute pas, mais ça vous donne une idée de la complexité des choses. Si vous avez déjà votre honnêteté et une âme fixée, vous pouvez sauter par-dessus ce passage. J"ai une écriture qui, pour ceux qui ont toujours ces dispositifs dangereux sur leur corps, pourrait être fatale, non seulement pour eux-même, mais pour notre société dans son ensemble. Certes, j"aurais pu vous avertir avant, mais alors vous n"auriez pas lu ce passage, ce qui n"est quand même pas le but !
       Lilli-Lapin était enfin prêt pour aller pêcher, et pour lui, pêcher n"était pas une plaisanterie. Il a pris tout son équipement de pêche, hormis le cabinet de toilettes, et l"a soigneusement passé en revue. Voici ci-dessous la liste de l"équipement de pêche de Lilli-Lapin.
      
      
      
       Ustensiles importants :
       Canne à pêche simple - canne à pêche avec missile à guidage Laser - canne à pêche avec système optique de tireur isolé - canne à pêche à ligne optique visuelle de pêche à la fibre et au crochet - canne à pêche avec trimardeur nucléaire actionné pour un déplacement de 300 tonnes - canne à pêche équipée de la vision de nuit - canne à pêche à invisibilité diurne - canne à pêche spéciale : Lgx-344 (technologie déclassifiée dans deux siècles, mais nous ne seront peut-être plus là pour le voir).
      
      
       Ustensiles primordiaux
       Des chewing-gums - 3 gâteaux au chocolat - 1 boîte de 20 bouteilles de whiskey - 10 danseurs thaïs exotiques - de la poudre narcotique du fruit de l"arbre Lapidé.
      
      
       Options
       Des hameçons - un éléphant bien nourri - une baleine du Groenland - le monstre du Loch Ness (Savez-vous pourquoi personne n"a jamais pu trouver le monstre Loch Ness ? C"est parce ces dernières années, il vivait dans le cabinet de toilettes de Lilli-Lapin avec son équipement de pêche. En effet, Nessie avait été recruté par Lilli-Lapin en Écosse pour prouver à ses amis qu"il n"avait pas la queue d"un vrai dinosaure, mais la queue d"un lapin. Malheureusement, quelque temps plus tard, il avait fui la pression britannique, et, poursuivi par un paparazzi il est mort dans un accident sous un tunnel en France.)
      
      
       Équipements de sûreté
       Un vaisseau spatial (pour évacuation de secours de la population terrienne si le résultat de la pêche prend une tournure inattendue) - un gilet de sauvetage indégonflable - une veste de survie avec 3 jours d"autonomie en gruau pour Lilli-Ours (elle n"était pas assortie à Lilli-Lapin, mais c"était au cas où...) - des gilets de sauvetage pour les poissons (juste au cas où ils tomberaient par-dessus bord) - un sifflet de désinformation - une lampe-torche pour les retours en arrière.
      
      
       Documents et certificats
       Un certificat officiel attestant que Lilli-Lapin n"est pas Lilli-Lapin - un certificat officiel attestant que Lilli-Lapin est bien Lilli-Lapin - un certificat officiel délivré à Lilli-Lapin attestant qu"il est bien Lilli-Lapin et qu"il ne l"est pas en même temps (pour duper l"ennemi) - un certificat officiel attestant que Lilli-Lapin est un chat - un certificat officiel attestant que Lilli-Lapin est un lièvre - un passeport canadien au nom de M. Contrespion avec la photographie de Lilli-Lapin. - une licence de pêche dans un endroit interdit. - une licence de repos de pêche dans tous les secteurs autorisés (pour justifier une présence si vous ne pêchez pas quand vous pourriez pêcher mais que vous ne le voulez pas) - la photographie d"un terroriste international ou de l"ennemi public numéro 1 habillé comme un poisson (au cas où il s"habillerait comme un poisson et s"établirait dans le Lilli-Lac).
      
      
       Divers
       Des filets spéciaux - un filet de pêche ordinaire.
      
      
       Lilli-Lapin a chargé tout cet équipement sur son bateau-remorque que le Capitaine Nemo avait construit spécialement pour lui à partir de l"excédent gauche des pièces de rechange de la construction de son bateau, le Nautilus, et qui a été assemblé dans divers docks de part le monde. Lilli-Lapin a réglé la voile et le bateau est parti pour les hautes mers qui étaient dans ce cas-ci un haut lac. Il était allé pêcher seul, parce qu"il avait toujours pris l"habitude d"effectuer seul les tâches les plus difficiles. Selon le code de l"honneur de tous les espions, il faut travailler seul pour s"épargner la nécessité de tuer tous les témoins. Chaque espion qui reçoit son diplôme se doit de jurer cette phrase mythique : Si vous avez une tâche à faire, allez la faire vous-même !
       Lilli-Lapin sait se diriger sans encombre sur un domaine Nord-Sud-Est-Ouest. Cela semble impossible pour un lapin ordinaire, mais c"est très commun dans le monde des espions. Il suffit simplement de se dédoubler et de tourner la tête dans différentes directions. Se dédoubler est une fonction très importante pour n"importe quel espion, parce que si vous ne vous dédoublez pas des autres, ils vous prendront tout et vous laisseront sans rien.
       Aussi incroyable que cela puisse paraître, les poissons 007 étaient prêts pour l"attaque. Il est vrai que ce poisson est un poisson ordinaire, mais après des années passées à se cacher du "lapin fou" (surnom de Lilli-Lapin alloué par les poissons dans le privé), ils ont appris de nombreuses méthodes d"espion et ils ont recruté toutes les taupes de la pelouse de Lilli-Lapin, parce qu"il avait indiqué qu"elles étaient des taupes, même si elles s"habillaient comme des poissons. Elles n"ont pas eu besoin de défier leur incapacité à voir, car elles utilisaient des lunettes de soleil spécialement adaptées à leur vision clairvoyante. Les taupes travaillaient en vase clôt, et elles ont appris que Lilli-Lapin avait obtenu des informations concernant l"endroit où étaient cachés les poissons 007. C"est alors, qu"elles ont eu une idée de génie : elles ont immédiatement changé le nombre écrit sur le côté des poissons. Les taupes ont léché et frotté les 007 jusqu"à ce qu"il soit effacé, et elles ont écrit le nouveau nombre : "008". Cette action était très astucieuse parce que les poissons 007 pouvaient ainsi, sans s"inquiéter, se promener partout près du rivage. Mais Lilli-Lapin n"était pas un idiot ; il a flairé cette manœuvre de dupe, a sauté du bateau, et attrapé les poissons 007/008 avec son filet.
       Lilli-Lapin n"était pas un ingrat. Fort de sa victoire, il a laissé les poissons 007 se sécher et rester ensemble. Il leur a offert du thé avec des brioches lors d"un banquet avec tous les autres poissons et les habitants de la Lilli-Maison. Était bien sûr présent Lilli-Ours dans son gilet de sauvetage, Lilli-Katie, Lilli-Jacob, les deux chaussons de Lilli-Lapin, et les deux perroquets. Seuls les chats n"ont pas participé à cette partie de thé, parce qu"ils dormaient toujours. Mais de toute façon, généralement, pour des raisons personnelles de principe, les chats ne boivent jamais le thé avec les poissons.
       Et vous dites que l"intelligence n"est pas dupe !
      
      
      
      
       Chapitre 22
       Lilli-Lapin et le Gâteau aux Baies
      
      
      
      
       Il était une fois... Lilli-Lapin a fait cuire un Gâteau aux Baies qui l"a rendu célèbre.
       Je vous l"ai déjà dit, je n"aime pas les travaux littéraires qui n"indiquent pas les différentes recettes des repas qu"ils mentionnent. Et puis, après 100 ans, comment les lecteurs pourraient deviner ce qu"a été ce repas particulièrement délicieux mentionné ici ou là ? C"est la cause assurée de la déception complète des littératures classiques. Étant confiant que je vais devenir un auteur classique, je veux améliorer ce désagrément mineur de mes collègues, et je promets que dorénavant, j"essayerai toujours de vous donner les recettes détaillées de toutes les délicatesses mentionnées dans mes ouvrages ingénieux et éclairés afin qu"ils ne suivent pas la même éternelle descente aux enfers des auteurs classiques.
       D"ailleurs, Lilli-Lapin a appris à faire cuire ce Gâteau aux Baies au four de Hans Christian Anderson, qui habitait au Danemark alors que Lilli-Lapin visitait ce pays. Lilli-Lapin était venu sauver la fille qui vendait des allumettes la veille de Noël, pour l"empêcher de mourir du froid, comme cela sera écrit dans un des contes d"Anderson.
       Lilli-Lapin a rencontré M. Anderson tandis qu"il regardait sans le savoir la fille en train de mourir. Heureusement, Lilli-Lapin est arrivé à temps et il les a mis au courant de la suite. Anderson a invité Lilli-Lapin et la fille chez lui et il leur a proposé son gâteau danois. M. Anderson a promis à Lilli-Lapin de s"occuper de la fille et de s"assurer qu"elle ne mourra pas de froid.
       Rassuré, Lilli-Lapin est parti. Malheureusement, la fille est morte quand même la nuit suivante, parce qu"Anderson a continué d"écrire son terrible conte de fées. Anderson savait pourtant qu"il allait écrire un classique, et il a volontiers sacrifié cette âme faible, dans le saké de son succès éternel, avec lequel il effraye toujours les nouvelles générations de la jeunesse innocente.
       Pourquoi les gens emploient-ils le décès des autres comme source de divertissement ? Je ne vois rien d"amusant au sujet de la mort, à moins qu"elle se produise chez vous-même, vous serez ainsi préoccupé par ce sérieux procédé qu"aucun film ou jeu d"ordinateur ne peut concurrencer. J"espère que ces lignes ne seront pas comprises comme une promotion pour des inclinations suicidaires ; je suis juste réaliste et n"utilise pas la mort des autres comme amusement. Vous savez pourquoi ? Parce que ce n"est pas drôle !
       Mais revenons à notre gâteau. Je vous présente maintenant fièrement la recette. D"abord, faites cuire une coquille au goût âpre au four, deuxièmement, répartissez à l"intérieur de la coquille et autour d"elle un mélange de pudding de vanille et du lait (ou de la crème) et laissez l"ensemble dans le réfrigérateur pour au moins 1 heure. Ceci fait, dispersez des baies au-dessus de manière décorative, à votre goût.
       Un jour, donc, Lilli-Lapin a fait cuire un Gâteau aux Baies dans un énorme four. Ce gâteau était si grand qu"il avoisinait la taille du budget annuel d"un petit pays que je ne nommerai pas ici pour certaines raisons qui seront expliquées dans la suite de l"histoire. Cela pourrait altérer la réputation de l"Organisation Unie d"Anéantissement (OUA) dont ce pays fait partie. Ce pays a été engagé dans de telles actions immorales que mentionner son nom en vain déstabiliserait l"ordre mondial et c"est la dernière chose que je veux faire parce que je ne suis pas tout à fait prêt à rechercher une autre planète pour vivre.
       Mais revenons à notre histoire, Lilli-Lapin a donc fait cuire son Gâteau aux Baies au four et l"a mis à refroidir sur le rebord de la fenêtre. C"est alors qu"est arrivé un drôle d"énergumène de ce même pays dont nous venons de parler plus haut et qui s"est emparé du gâteau.
        []
       Toujours pour des raisons de politique politicienne, nous allons appeler ce pays : le "PVGB" (le Pays qui a Volé le Gâteau aux Baies). Qu"en pensez-vous ? Il a juste volé un gâteau. Pas de quoi en faire un drame ! Et comme ça, pas de souci ! L"homme était si rapide, que personne n"a eu le temps de réagir. Même Lilli-Lapin n"a pas eu le temps de clignoter (quoique Lilli-Lapin soit un champion dans le clignotement artistique et qu"il aurait pu clignoter de manière professionnelle à très haute vitesse. Lilli-Ours et Lilli-Jacob ont pris l"homme du PVGB en chasse, mais il avait les pieds très longs (il y a des états aux bras très longs, et vous ferez mieux de ne pas les irriter... mais il y a des états dont les habitants ont les pieds très longs, et vous devriez alors faire attention, parce qu"ils peuvent vous voler quelque chose et courir vite.). évidemment, ce pays n"avait pas attribué de visas pour Lilli-Ours et Lilli-Jacob. Ainsi, quand ils sont arrivés devant la frontière nationale du PVGB, ils se sont trouvés le bec dans l"eau et sont revenus à la maison les mains vides.
       Au PVGB, il y avait de nombreuses arrivées par cette voie de ravitaillement, mais cela ne plaisait pas à tout le monde. Un sondage a été effectué pour connaître l"attitude à adopter et voici le résultat : l"opinion publique des citoyens du PVGB a donné son appui à 55%. 35% ont pensé qu"il était nécessaire de voler autre chose. 8% étaient indécis et seuls 2% ont considéré à quel point il était illégal de voler le Gâteau aux Baies. Mais ceux qui ont soutenu le projet ont expliqué en aparté qu"ils l"avaient fait parce qu"ils avaient peur de ne pas être considérés s"ils ne l"avaient pas assez soutenu, n"obtenant pas leur part du Gâteau aux Baies avant d"être probablement tués, ce qui est également malheureux. Comprenez-vous ce problème ?
       La démocratie doit coller à la majorité, et si la majorité soutient le vol, le pays doit voler, autrement, on ne le considère pas comme un pays démocratique. S"il ne vole pas, il agit contre la volonté du peuple, et cela fait de lui un état antipersonnel.
       Tout le monde a respecté la volonté des habitants du PVGB, d"ailleurs, parce que les observateurs démocratiques internationaux ont assuré que ce pays était extrêmement démocratique, trouvant même, preuves à l"appui, que le nombre des voix "pour" étaient plus élevé que le nombre de citoyens du pays. L"état du PVGB a été considéré comme l"état d"un peuple souverain et le gouvernement a décidé de distribuer le Gâteau aux Baies de Lilli-Lapin entre tous les habitants.
       C"est là que tous les problèmes ont commencé... Comme nous l"avons mentionné, le Gâteau aux Baies était plus grand que le budget annuel du PVGB, et ce pays n"a pas été préparé pour de telles opérations financières, et nous devons franchement dire, qu"il n"était pas prêt pour une si grande responsabilité. Cette non-préparation a déclenché une guerre civile dans le pays.
       C"est ainsi, dans beaucoup de pays, vous n"avez pas besoin de beaucoup de raisons pour commencer une guerre civile.
       Il y avait deux contingents principaux : celui de la longueur, et celui de la largeur. Ces deux parties étaient en désaccord sur la façon de couper le gâteau, la fraction de la longueur voulait couper le Gâteau aux Baies en large, et la fraction de la largeur voulait le couper dans le sens de la longueur. Ce que les deux protagonistes n"ont pas réalisé, c"est que les deux coupes étaient identiques puisque le Gâteau aux Baies était rond. À leur corps défendant, même si cela pouvait paraître absurde, la raison était toute simple : peu de temps après la réception du gâteau, les chefs du PVGB avaient déposé le Gâteau aux Baies dans une banque suisse, ainsi, aucun des chefs de guerre n"avait eu la chance de voir sa forme. Vous pourriez dire que tous les Gâteaux aux Baies sont ronds et qu"ils auraient dû le savoir, mais dans un endroit comme le PVGB, des gâteaux sont très rares, et l"objet le plus familier, c"est la brique. C"est pourquoi les termes "longueur" et "largeur" revêtent une importance capitale ! De toute façon, peu importe, les deux protagonistes se détestaient, et s"ils avaient su que le gâteau était rond, c"est le nombre de baies dans chaque part qui aurait fait l"objet du conflit. D"ailleurs, les raisons de commencer une guerre ne manquent jamais quand on y met de la bonne volonté.
       L"OUA est intervenue immédiatement. Elle a exigé que la guerre soit arrêtée et le Gâteau aux Baies distribué à part égales parmi toutes les personnes, mais l"état du PVGB ne s"est pas inquiété beaucoup des menaces qui ne pesaient de toute façon pas sur lui.
       Croyez-vous en l"OUA, mon cher lecteur ? Moi pas, et je me demande qui peut y croire vraiment. Nous devons avouer que le PVGB a souvent été engagé dans des guerres lors des cinquante dernières années. Voici une courte visite historique des guerres du PVGB :
       1952-1958 : La guerre de la demi-pomme mangée, et trois bouts de cigare fumés.
       1958-1962 : La Guerre du Sirop de Citron.
       1962-1964 : La Révolution de la Saucisse.
       1964-1968 : La Révolution des Anti-Saucisses.
       1968-1969 : La Tomate Massacrée.
       1969-1978: La Résistance des Prunes.
       1978-1985 : Le blocus d"accusation et d"abricot de pêche.
       1985-1992 : L"Incident de la Pastèque.
       1992-1999 : Le Conflit "Fermez Votre Gueule !"
       1999-2004 : Le Blocus du Budget Infidèle.
       2005-Présent : La Guerre de Lilli-Gâteau aux Baies.
       La banque suisse a été martyrisée par des attaques terroristes incessantes, et elle a secrètement annoncé à la presse qu"elle transférait l"objet du conflit, la cause réelle de cette guerre civile, le désormais célèbre Lilli-Gâteau aux Baies, dans un pays qui puisse assurer sa sûreté, à savoir, le pays le plus pourvu en compagnies d"assurance au monde (le PPPAM). Le Président du PPPAM a commandé un coffre inviolable où le Lilli-Gâteau aux Baies a été enfermé et il a demandé à chacun de partir afin qu"il puisse examiner la cause de cette guerre civile.
       Le Président a ensuite ouvert le coffre-fort et il est devenu livide. Il a poussé un râle désespéré : Oh ! Mon Dieu ! En effet, le coffre était vide, ou du moins, c"est ce qu"il a raconté, car il n"y avait personne pour témoigner, mais un Président du Pays le Plus Plein d"Assurance au Monde ne ment jamais... à moins qu"il n"y soit vraiment obligé.
       Jusqu"ici, personne ne sait qui a mangé le Gâteau aux Baies parce qu"en fait, personne ne sait que le Gâteau aux Baies a été mangé. Évidemment, le Président du PPPAM n"a pas laissé fuir cette information en dehors de son bureau carré. Le Président a refermé la porte à clef, et n"a pas déclaré le vol à ses compagnies d"assurance. Certaines mauvaises langues diront qu"il avait plus intérêt à faire perdurer le conflit que de toucher les primes d"assurance, mais en fait, il s"est rendu compte qu"il n"avait pas un bon alibi pour prouver son innocence et empêcher la partie rivale de l"accuser d"avoir mangé la cause de la guerre civile. D"autres considéreront que le Président était le dernier à avoir vu le gâteau entier. Le Président dépensera le reste de ses jours et probablement toute sa fortune à essayer de prouver qu"il n"était pas celui qui a mangé le Lilli-Gâteau.
       Il est évident que la guerre civile est loin de finir, parce que personne ne connaît plus la raison de combattre. Le Président du PPPAM a sagement décidé que l"état de guerre était normal pour un état comme le PVGB, et les raisons d"une guerre ne sont pas les plus importantes. Mais essayons d"analyser ensemble la situation. Vous dites que la cause primaire de la guerre est le peuple du PVGB ? Vous êtes fous ?! Je suis désolé, voulez-vous dire que toutes les personnes du PVGB sont mauvaises ? Dites-moi quelque chose : Êtes-vous contre le peuple ? Les personnes ne peuvent pas être mauvaises, elles sont toujours bonnes ! Peut-être le gouvernement est différent, mais le gouvernement fait juste ce que le peuple veut qu"il fasse. Pas toujours, certes, mais parfois ! Peut-être la banque du PPPAM devrait être blâmée, mais que peut-on lui reprocher quand elle est victime d"attaques terroristes ? Le Président du PPPAM ne peut pas être blâmé de n"importe quoi, parce que cela vous coûterait davantage de le blâmer... Toutes les nations ont besoin de bonnes relations de travail avec le Pays le Plus Plein d"Assurance au monde, et blâmer leur Président ruinerait rapidement ce rapport, vous laissant avec un missile bien construit visant votre cuisine comme marque d"appréciation pour vos efforts de fabrication.
       Bien, la conclusion est claire : Le seul que nous pouvons blâmer est Lilli-Lapin pour avoir cuit un Gâteau aux Baies en utilisant une balance économique disproportionnée. Sachez, braves gens, qu"il ne faut jamais péter plus haut que son cul, et si vous vous chargez de faire cuire un Gâteau aux Baies au four, ayez au moins l"obligeance de le faire dans une balance économie proportionnée au peuple qui doit le manger, en prenant en compte les voleurs potentiels ! Sinon, cachez-vous dans un bunker au fond d"un sous-sol et attentez la fin des conséquences. Veuillez ne jamais blâmer les politiciens qui sont les héros virtuels de notre ère ; ils travaillent dur pour s"assurer que nous sommes sûrs, et s"ils cachent parfois des secrets dans des coffres-forts vides, c"est seulement pour notre propre intérêt.
      
      
      
      
       Chapitre 23
       Lilli-Lapin part en balade
      
      
      
       Par le passé, Lilli-Lapin s"est souvent demandé : " Qui vit heureux dans notre forêt ? " Il s"est demandé si lui-même était heureux, et il a décrété qu"il l"était bien. Lilli-Ours a également dit qu"il était heureux parce qu"il avait déjà mangé son gruau avec la confiture, et les autres habitants de la maison n"ont pas répondu parce qu"ils étaient occupés. Les chats dormaient, Lilli-Jacob construisait un avion dans une vieille botte d"hiver, et Lilli-Katie faisait un cadeau-souvenir en mettant des couches de sable coloré dans une bouteille. Il était évident qu"ils étaient heureux. Les chaussons politiquement engagés de Lilli-Lapin ont demandé qu"on leur accorde un temps de réflexion jusqu"à l"hiver, parce que tout dépendait des résultats de leur lutte ancestrale contre les bottes d"hiver de Lilli-Lapin.
       Alors Lilli-Lapin a décidé que le sondage des habitants de sa maison n"était pas assez significatif, et il a appelé Hamster De Mont-Cristo, mais il a obtenu la réponse d"une souris mutante qui a indiqué que le hamster avait demandé à ne pas être dérangé jusqu"à l"hiver, parce que tout l"été il se préparait à l"hibernation en lisant les philosophes allemands. La lecture de "la critique de la raison pure" de Kant le rendait déjà somnolent pendant au moins trois mois, et maintenant Kant lui avait envoyé son nouveau traité : "critique de folie dégoûtante". Le hamster l"étudiait intensément.
       -- Appelez n"importe quand en hiver, personne ne vous répondra de toute façon, tout le monde dormira, avoua-t-elle poliment et mélodieusement dans le combiné.
       Mais Lilli-Lapin n"a pas été étonné, parce que vous pouvez vous attendre à n"importe quoi des mutants. Alors il a décidé de faire une balade pour découvrir qui vivait heureux dans la forêt. Lilli-Ours a préféré faire une promenade sur un sofa à la maison, expliquant que tout repos bien mérité devait se respecter. Ainsi seuls les chaussons de Lilli-Lapin ont accepté de l"accompagner.
       Ils ont suivi le chemin forestier qui longeait la maison de Lilli-Lapin. D"abord, ils ont rencontré le castor. Ce dernier traînait un piquet rongé et se lamentait fortement. Lilli-Lapin l"a hélé et lui a demandé s"il était heureux.
       -- Oh ! Ne me demandez pas... a gémi le castor.
       On pouvait voir à vu de nez qu"il n"était pas heureux du tout. Le castor était un entrepreneur en bâtiment, et l"été est un temps trop chaud pour des entrepreneurs de bâtiment.
       -- Mais qu"y a-t-il ?
       Lilli-Lapin était triste, parce qu"il aimait les animaux, bien qu"il n"ait jamais trop aimé les entrepreneurs en bâtiment, car ils détruisent plus qu"ils ne construisent.
       -- Je me suis construit une piscine, a déploré le castor, vous savez comment c"est, après avoir passé la journée au barrage vous méritiez un repos civilisé dans une piscine... J"ai donc creusé une piscine et je l"ai aménagée. Elle n"était pas plus mauvaise qu"une autre, mais les matériaux étaient chers, et j"ai dû dépenser toutes mes économies. J"ai versé de l"eau claire dedans et quand je me suis finalement assis pour me détendre, une mouche est venue et a commencé à me mordre. Je lui ai dit :
       -- Venez demain pendant les heures de travail, alors vous me mordrez comme vous le souhaiterez. Il est évident que les mouches ne savent pas faire la différence entre les heures de repos et les heures de travail. C"est moins dur d"être rongé par une mouche pendant qu"on ronge un épieu ou un poteau ! Le temps passe de toute façon, et le client paye à l"heure. Mais quand un constructeur se repose dans une gentille piscine, il est injuste de le mordre ! Comment peut-on accepter de souffrir pendant les heures de repos ! J"ai essayé par tous les moyens de la chasser... Aucun succès ! Ainsi je me suis sauvé de la piscine et suis allé au barrage, parce qu"à cet endroit, les mouches travaillent et ne mordent pas.
       Étonné, Lilli-Lapin a demandé :
       -- Une si petite une mouche a ruiné tout votre investissement ! Comment pouvez-vous nager quand vous êtes sans arrêt mordus !
       -- Ne me dites pas ! s"est insurgé le castor, il me semble que le monde est injuste puisque tout le plaisir d"un projet coûteux est ruiné par une mouche méchante qui ne coûte pas un dollar !
       -- Vous avez essayé de vous plaindre ? a demandé le chausson droit. Écrivez une lettre à l"Association d"Extermination des Mouches du Monde (AEMM) et ils vous enverront une pommade thermonucléaire pour exterminer votre mouche. C"est une substance très forte un à l"usage spécifique pour exterminer les éléphants, mais il n"y a rien de plus efficace pour les mouches. Les millénaires de l"évolution les ont rendues très agiles, ainsi il n"est pas facile d"obtenir le meilleur sur elles. Les entrepreneurs en bâtiment n"ont pas des millénaires d"évolution derrière eux, c"est pourquoi ils sont fragiles et il faut les protéger.
       Le castor a essuyé son front et a déploré :
       -- Ces mouches sont une troupe vindicative. Attention de ne pas se mêler avec elles. J"ai construit une maison pour cette mouche et elle s"est offusquée. Elle a dit que la porte était trop petite pour son âne noble. J"ai dit que c"était son problème si elle avait un si grand âne. Je construis ce que je vois dans le plan des architectes, et ce n"est pas de ma faute si l"architecte a renversé son café et que je confondais le pouce avec le pied ; elle n"a qu"à mordre l"architecte ! Dois-je penser à sa place ? Ce n"est pas mes affaires ! Nous, les constructeurs, nous construisons, nous n"avons pas besoin de penser.
       -- Ainsi, vous avez eu précédemment des relations avec cette mouche, a commenté le chausson droit. Dans ce cas, votre incident ne m"étonne pas.
       -- Pourquoi ? a hurlé le castor, en compensation, j"ai fait la cheminée plus large, et cette chienne se plaint que maintenant elle est soufflée hors d"elle. Vous ne pouvez pas satisfaire ces mouches : ou la porte est trop petite, ou la cheminée est trop large...
       -- Avez-vous essayé de la frapper avec une botte ? a demandé le chausson gauche. Par le passé, j"ai connu un cordonnier qui avait l"habitude de frapper les clients mécontents avec des bottes, et cela l"a aidé beaucoup, vous savez. Il y a tant de drôles de gens qui n"aiment pas avoir deux bottes gauches, mais en réalité, ils n"aiment pas les bottes gauches du tout ! Les gens sortent souvent du lit du mauvais côté, c"est pourquoi nous, les chaussons gauches, sommes dénaturés...
       -- J"ai tout essayé, mais la mouche ne me laisse pas seul, a murmuré le castor d"un air las. Elle est devenue folle et m"a mordu partout. L"autre jour, le toit de sa maison s"est effondré... Je l"ai avertie de ne pas éternuer à l"intérieur, la construction n"a pas été suffisamment bien conçue pour les personnes qui éternuent !
       " La vie du castor n"est pas facile, en effet ! " a pensé Lilli-Lapin, et il a continué sa route.
       Un élan traversa la forêt dans la direction opposée, en secouant ses andouillers.
       -- êtes-vous heureux ? a demandé Lilli-Lapin.
       -- De quoi parlez-vous ?! s"est indigné l"élan en ondulant des bois, toute ma vie je suis employé comme un cervidé et suis surchargé de travail.
       -- Vous n"aimez pas votre travail ? il me semble qu"il vous est adapté, non ? vous êtes un élan... excusez mon erreur : ne l"êtes-vous pas ?
       -- Je le suis, mais j"ai appris à l"école que chacun a droit aux égalités des chances. Ainsi, j"ai décidé de devenir un papillon. Toute ma jeunesse, j"ai essayé de virevolter. Et j"ai échoué... Ma vie est ruinée, maintenant ! Je déteste mon travail, je n"aime même pas mes andouillers.
       " C"est une erreur ! a pensé Lilli-Lapin, quelle connerie enseignent-ils à l"école ? "
       Un peu plus tard, il a rencontré le chamois, un professeur local. Lilli-Lapin lui a demandé :
       Monsieur le Chamois, j"espère que vous êtes heureux. Vous enseignez à tous, vous prêchez partout la bonne parole, vous faites travailler les méninges et évaluez modestement qui que ce soit, vous orientez les élans vers les carrières aux papillons. Ce doit être une vie agréable !
       -- Que dites-vous là ! a déploré le chamois. Les enfants sont totalement aliénés, ils ont leurs propres avis, ils deviennent comme fous et courent dans la Pampa à chaque récréation, vous ne pouvez plus les rappeler... Ils fument des joints et flirtent dans la forêt jusqu"à la nuit tombante.
       -- Ce n"est pas exactement ce que j"ai voulu dire, a précisé Lilli-Lapin, un élan d"ici s"est plaint que vous aviez prôné une certaine forme d"égalité des chances et ruiné ainsi sa vie...
       -- Ce n"est pas de ma faute, s"est excusé le Chamois, j"enseigne seulement ce que les professeurs ont écrit dans les manuels. Ce qu"ils disent est sacré, ainsi vont les choses ici. S"ils disent que les pingouins sont les oiseaux tropicaux, j"enseignerai que les pingouins sont les oiseaux tropicaux. Ce qui est enseigné n"est pas important, ce qui compte c"est de maintenir ces bandits à l"école et à l"université aussi longtemps que possible afin qu"ils ne fassent rien à l"extérieur... Et quand nous les libérons avec leur diplôme, ils ne sont plus dangereux. Tout d"abord, ils sont trop vieux pour tenter tout travail, deuxièmement, les diplômes que nous leur donnons sont si tordus que personne ne les utilisera... Vous n"avez donc pas de souci à vous faire, Monsieur Lilli-Lapin, au sujet de votre travail, personne ne viendra vous le piquer grâce à mon modeste travail d"enseignant.
       -- De toute façon, je vis dans une ferme, confessa Lilli-Lapin, je n"ai pas besoin d"emploi.
       -- Alors pas de raisons de s"inquiéter, confirma le chamois. Les choses que nous enseignons sont si artificielles, qu"elles ne gêneront pas votre économie. À la fin de leurs études, ils ont un mélange de marijuana et de calcul dans les yeux, et c"est la garantie totale que rien ne menacera les affaires de votre ferme...
       Lilli-Lapin a continué sa promenade et il a vu le Serpent, le scientifique local. Lilli-Lapin lui a immédiatement demandé pourquoi il écrivait de tels manuels pour le chamois qui font tant de tort aux élans et leur causent de la déception en voulant être ce qu"ils ne peuvent pas être.
        []
       -- Mon manuel, a répondu le Serpent instruit, reflète les cravates de serrage entre l"analyse classique et le complexe des analyses fonctionnelles.
       -- Mais quel est votre point de vue sur l"égalité des chances pour chacun ? a demandé impatiemment le chausson droit.
       -- Voyez voir, a répondu le Serpent, c"est pourquoi le symbolisme logique, l"ensemble des fonctions, les nombres premiers, les limites de la continuité existent. Ils constituent la base de la détermination des égalités des chances.
       -- Pouvez-vous de quelque façon être sûr que le professeur chamois comprend tout ce que vous avez écrit là ? a demandé Lilli-Lapin avec indignation.
       -- Mon camarade estimé, a sifflé le Serpent, le différentiel et le calcul intégral sont de vraies variables qui ne sont pas toujours ambiguë. Parfois, également, le calcul différentiel des fonctions multidimensionnelles est nécessaire...
       Les chaussons de Lilli-Lapin se sont mis à clignoter sur la route, et le Serpent instruit est allé siffler plus loin, secouant sa tête disgracieuse en murmurant : " Comment ces ignorants osent-ils discuter ! "
       Les coups du Pivert ont forcé Lilli-Lapin à reprendre conscience avec la réalité. Le Pivert était le docteur local des arbres malades et guéris.
       " Bien, celui-ci a sûrement une pensée heureuse ! " a pensé Lilli-Lapin en s"approchant pour lui parler :
       -- Monsieur Pivert, êtes-vous heureux ? a demandé Lilli-Lapin joyeusement.
       -- Toc ! Toc ! a répondu le Pivert, essayez de marteler votre tête sur un arbre toute la journée, et on verra bien ce que vous en pensez à la fin de la soirée !
       -- Mais vous avez juré le serment de Picvercrates, s"est indigné le chausson droit, vous faites un travail noble !
       -- Et vous, vieille croûte déplumée, a cogné le Pivert, allez garder votre grand-mère de substitution ou je ferai un rapport sur vous aux autorités !
       -- O ! Je vois... s"est réjoui le chausson gauche, vous êtes un informateur ! Les informateurs sont les décapants de la société ! Sans informateurs la société ne pourrait pas fonctionner. Hourra aux informateurs !!!
       -- Et vous, gardez également la grand-mère, ou je vous prescris un zona avec des conséquences mortelles, ainsi vous aurez mieux à faire que prêcher l"hégémonie ici !
       Lilli-Lapin n"a pas aimé le Pivert, d"autant plus qu"il était évident, et bien qu"il soit un docteur local, qu"il rapportait tout aux autorités. Avec de tels individus, vous pouvez subitement vous retrouver en prison sans aucune raison. Lilli-Lapin a pris affectueusement ses chaussons et s"en est allé loin du Pivert. C"est alors qu"il a rencontré le Loup-Crapule.
       -- êtes vous heureux ? lui a demandé Lilli-Lapin.
       Lilli-Lapin a eu peur en s"apercevant que le Loup-Crapule parlait une langue étrangère, mais le chausson gauche qui, en son temps, comme tous les chaussons avec des inclinations gauchistes, avait été soumis aux répressions et passé beaucoup d"années en prison, a traduit :
       -- Toi, mon ptit gars, t"as une tronche tout à fait à mon goût !
       Lilli-Lapin n"a pas répondu et a couru se cacher derrière la maison, mais sur le chemin, il a rencontré le Verrat qui représentait la loi et l"ordre dans le bois.
       " Bien, celui-là est certainement heureux ! " à pensé Lilli-Lapin, intrépide, puis il a demandé :
       -- M. Boar, êtes-vous heureux ?
       Le Verrat a regardé Lilli-Lapin avec mépris et a exigé ses papiers. Il a ensuite arrêté le chausson droit pour identification approfondie, parce que le chausson gauche lui semblait louche. Puis le chausson gauche a été également arrêté en raison de son passé engagé.
       Lilli-Lapin, pieds nus, n"a pas eu le temps de retourner à la maison, sur sa route, il a rencontré le Chameau, le politicien le plus connu du bois qui avait été parachuté là, on se demande encore pourquoi. Lilli-Lapin a décidé de ne pas lui parler car il avait la réputation de prendre des vessies pour des lanternes, mais le chameau c"est adressé à lui sur sa propre initiative, en souriant de toutes ses dents, avec, -- imaginez un peu ! -- la même la question que Lilli-Lapin posait depuis le matin :
       -- êtes vous, Lilli-Lapin, réellement heureux dans notre forêt ?
       -- Ce matin tout allait bien, a répondu Lilli-Lapin, mais maintenant, je suis un peu dubitatif : j"ai l"impression que personne n"est heureux, ici...
       -- Oui, nous avons des personnes inappropriées ici ! a répondu le Chameau. Peut-être vous pensiez qu"il suffisait d"avoir beaucoup d"argent comme le castor ou d"être escroc comme le Loup-Crapule, pour être heureux ? Non ! Nous, les chameaux, sommes les plus heureux ! Nous avons de plus grandes piscines que les castors et les mouches ne nous mordent pas, car nous avons la peau dure. Nous enseignons à tout le monde la connerie comme le Chamois, nous philosophons comme le Serpent, nous volons comme le Loup-Crapule, et nous pouvons battre tout le monde comme le verrat.
       -- Non, avoua Lilli-Lapin, je ne pense pas. Finalement, je suis mieux dans ma ferme. J"ai voulu m"émanciper pour pas grand chose. Qui plus est, les chaussons ont été emprisonnés. Je crois que je vais les rejoindre. À l"heure qu"il est, j"espère qu"ils ont été libérés. Ils sont quand même mieux sous mon lit que sur la couchette d"une prison ! Récemment, ils ont décidé de concéder la supériorité à mes bottes d"hiver ! C"est un signe de bonne volonté, non ?
       -- C"est une bonne leçon de morale, a admis le politicien, rien ne sert de courir partout dans les bois en posant des questions provocatrices.
      
      
      
      
       Chapitre 24
       Lilli-Lapin et Mme Boisson Sobre
      
      
      
       Mme Boisson Sobre n"était pas une très jeune dame. Sa taille de bouteille en verre affichait toujours l"esthétique des salles occidentales ombrageuses et sa figure découpée au couteau avec un cou en verre taillé la faisait ressembler à un cow-boy assoiffé se traînant lamentablement hors d"un saloon sur une route poussiéreuse. Pour tomber sur sa sobriété, comme à un cours pour la prévention des incidents de route, il fallait se lever de bonne heure ! Elle n"était pas aussi vulgaire que les nouvelles bouteilles en plastique de deux litres, mais il y avait en elle un peu de la boisson qui a conquis le monde ce dernier siècle et qui colle dans les œsophages à mi-chemin de l"estomac des citoyens honnêtes aux quatre coins de la Terre. En bref, Mme Boisson Sobre était assez bien connue pour ne pas avoir besoin de n"importe quelle introduction, quand lors d"un chaud après-midi elle a frappé à la porte de Lilli-Lapin pour demander un verre de l"eau et un peu de détente.
       Lilli-Jacob a ouvert la porte, et, ravi de voir une visite aussi importante, lui a offert de l"eau de source. (En fait, Mme Boisson Sobre n"aimait pas vraiment les boissons non alcoolisées parce qu"elles lui occasionnaient des renvois, et ce phénomène n"était pas commode pour une dame imbue de ses années et de son aspect.) Elle a donc utilisé l"eau pour se raviver le visage.
       Lilli-Lapin, ayant rencontré Mme Boisson Sobre dans la cuisine, l"a saluée poliment et offert son réfrigérateur comme refuge de la chaleur du midi. Mme Boisson Sobre a gracieusement accepté l"invitation et est allée dormir dans le réfrigérateur jusqu"à l"heure du thé.
       Tandis qu"elle dormait, il y eut les changements remarquables partout dans le monde. Toutes les nations sont revenues à leurs boissons non alcoolisées traditionnelles. Après avoir essuyé leurs lèvres de leurs boissons nationales, les habitants de la Terre ont soudainement pensé : " Comment nous est venue l"idée de boire ce liquide noir avec un goût tout à fait curieux ? " Mais ils n"ont pas eu le temps d"éclaircir le sujet bien longtemps : Mme Boisson Sobre s"est réveillée, est sortie du réfrigérateur de Lilli-Lapin, et le monde a de nouveau sombré dans une certaine léthargie comme s"il était embaumé par une puissance malveillante étrangère. Les gens se sont remis à boire ce liquide qui ressemble à du pétrole, à la seule différence près que si vous en remplissez le réservoir, la voiture ne démarrera pas ! Ah, autre chose : en plus, il ne brûle pas, qui est pourquoi les pompiers le favorisent... De tels éléments ont un aspect réellement positif sur notre société contemporaine !
       Mme Boisson Sobre a remercié Lilli-Lapin pour son hospitalité, et elle est restée boire du thé avec lui et ses membres de la maison. Comme vous pouvez l"imaginer, elle buvait pratiquement tout, excepté elle-même. C"est classique : le cordonnier est toujours mal chaussé, le docteur ne sait pas se soigner, le pompier ne peut pas s"éteindre quand il a le feu au cul, le voleur ne peut pas se voler et le policier ne peut pas se mettre en prison... C"est l"imperfection du monde professionnel ! Vous n"êtes pas d"accord ? Combien de fois avez-vous rencontré les dentistes qui traitent leurs dents par eux-mêmes ? Pas très souvent ! Vous voyez ? De même, Mme Boisson Sobre ne pouvait pas s"auto-alimenter de boisson non alcoolisée. D"ailleurs, bien qu"elle en fut pleine à ras bord, ce qui est remarquable dans son incapacité d"ingurgitation, Mme Boisson Sobre ne pouvait pas digérer une baisse d"elle elle-même -- son âme refusait de l"accepter.
       Lilli-Ours était juste en train de siroter une boisson alcoolisée faite maison par un certain Lilli-Lapin, et il a suggéré un verre à Mme Boisson Sobre. Elle n"a pas refusé et elle a sifflé deux ou trois verres de liqueur cul-sec. Alors la conversation a pu commencer :
       -- D"où venez-vous, Mme Boisson Sobre ? a demandé le chausson droit.
       Mme Boisson Sobre a commencé son histoire :
       -- Oh ! Je suis la dernière-née d"une bonne cuvée, il y a de cela de nombreuses années... dans une pharmacie de l"Amérique profonde. Ensuite, j"ai grandi dans l"arrière-cour de la maison d"un certain pharmacien. Mon père s"appelait Papa Cocaïne et ma mère, Maman Cola. C"était un couple américain, plus connu sous le nom de : les drogués du nirvana... Jusqu"au début du XXe siècle, la consommation de cocaïne était autorisée en Amérique et en Europe. En ce temps, toute société digne l"utilisait. Quand la cocaïne est devenue interdite, ma biographie en a été automatiquement nettoyée. Au milieu du siècle, ma mère a obtenu la même suppression, pour les mêmes raisons, de l"extrait de Cola.
       -- Le destin est dur ! s"est lamenté le chausson droit qui connaissait la douleur d"une déception par ordonnance.
       -- Ainsi, vous n"êtes pas ce vous êtes ! a lancé sans scrupule le chausson gauche. Il n"y a aucun Coke ou Cola en vous... C"est une usurpation d"identité !
       Mme Boisson Sobre a regardé le chausson gauche avec une légère hostilité avant de déclarer :
       -- Peut-être vous voudriez que je fournisse de la cocaïne à des enfants ?
       -- Chère Mme Boisson Sobre, est intervenu Lilli-Ours, très embêté, et remplissant de nouveau son verre, nous n"avions pas du tout l"intention de vous offenser. Nous essayons juste de comprendre la signification de ce phénomène, quand une partie accablante de l"humanité, consciemment et volontairement, encense une boisson d"un goût objectivement douteux qui rappelle plus spécifiquement un bouillon de cocaïne et un potage de narcotique bien qu"aucun d"eux ne soit présent dedans !
       -- Vous savez, a avoué le chausson gauche en reniflant sa cigarette avec délice, c"est comme lécher un mégot de cigarette ou sentir des paquets vides.
       Le chausson gauche s"amusait parfois avec les volutes de fumée, ce qui irritait sérieusement le chausson droit en raison de sa dernière bronchite et de la toux chronique qui en a résulté.
       -- Vous ne vous demandez pas pourquoi les gens s"engagent parfois en contre-sens ?...
       Offensée, Mme Boisson Sobre s"est apprêtée à partir, mais Lilli-Lapin a apporté de la cuisine une énorme casserole de sa délicieuse compote bien connue, et elle a décidé de rester pour un verre ou deux de cette composition divine...
       -- C"est vrai, a avoué Mme Boisson Sobre, l"humanité est vraiment en difficulté. Je n"en suis pas la raison, mais je suis la conséquence du mal-être de ce monde. D"accord, avant les gens buvaient des produits dopants, mais ce n"était pas assez. Apparemment, ils m"ajoutent désormais une sorte de substance secrète et les gens ne savent pas ce qu"ils boivent réellement. Les gens ne pensent même pas à des choses plus sérieuses. Les gens n"ont pas été créés pour penser du tout. Si chaque personne tombait raide morte après avoir bu de moi, j"en conviens, ce serait autre chose... Mais actuellement, je suis loin d"être une criminelle. Laissez-moi vous dire ceci : si tout le monde faisait un effort de penser même un petit moment, et si tout le monde prenait le temps de boire un petit verre de moi, au lieu de se forcer à avaler ce qui ne veut pas descendre, il n"y aurait plus aucune guerre sur Terre, personne n"aurait faim, tout le monde revêtirait des chemises propres, et l"humanité serait un exemple approprié pour n"importe quelle exposition. Mais de toute façon, le problème n"est pas qu"ils ne pensent pas parce qu"ils me boivent ! Comme s"ils commençaient à penser quand ils cessent de me boire ! Loin de là ! Imaginez combien de meurtres, de vols et de bévues communes pourraient être accomplies si les personnes ne prenaient pas le temps de me boire et lutter pour me retenir à l"intérieur !
       -- Ouais, nous n"avions pas pensé à tout cela, s"excusa le chausson gauche en lui offrant une cigarette.
       Mais Mme Boisson Sobre refusa parce qu"elle vivait sainement et ne fumait point.
       -- L"important n"est pas ce que les personnes boivent, a expliqué pensivement Mme boisson Sobre.
       -- Quelle femme ! a murmuré le chausson droit d"un air songeur. S"il était impossible de la boire, elle serait princesse...
       -- Oui, a admis Lilli-Lapin en remplissant de nouveau son verre de compote, les affaires de goûts modernes sont au-dessus de nous.
      
      
      
      
       Chapitre 25
       Lilli-Lapin et M. Prêt-à-Manger
      
      
      
       La névrose de Lilli-Ours s"est réveillée dans une corbeille à papier où elle sommeillait parmi les lettres et les emballages insignifiants et déchirés de bonbons. Elle reposait à côté d"un sandwich de restauration rapide constitué d"un hamburger mordu, mais toujours en bon état. Lilli-Jacob l"avait jeté là, apparemment déçu de ce produit, quoique nutritif et, plus important, rare dans la Lilli-Maison.
       La névrose de Lilli-Ours a englouti le sandwich d"abord parce qu"elle avait particulièrement faim le matin, et ensuite, elle a pensé que vous risquiez manger vos aliments "prêts à manger" trop rapidement, ce qui aurait été très préjudiciable ; par conséquent, la névrose de Lilli-Ours n"a même pas pris le temps de mastiquer correctement, comme l"exige toujours un certain degré de discernement.
       Il n"y a pas eu de miracle, la névrose de Lilli-Ours s"est immédiatement mise à pleurer. Lilli-Ours qui aimait sa névrose s"est aussitôt précipité, comme toujours, vers elle. Après avoir écouté les habituelles justifications de la corbeille de papier, Lilli-Ours a découvert ce qui avait offensé sa névrose. Elle s"est plainte du sandwich, ce que Lilli-Ours a immédiatement rapporté à Lilli-Lapin qui était le défenseur de toutes les offenses et de leurs dérivés. Ce dernier a proposé des solutions curatives remarquables : par exemple, quand Lilli-Ours, après avoir mangé et gémi, puis s"être couché, Lilli-Lapin s"est employé à lui toucher le plexus avec son doigt en murmurant une chanson médiévale des anciens médecins :
       Laissez le mal au cœur de la corbeille,
       laissez le mal à la sorcellerie,
       laissez l"ours aux guérisseurs,
       qu"il guérisse, guérisse...
       Laissez le mal au cœur de la corbeille,
       laissez le mal à la sorcellerie,
       laissez l"ours aux guérisseurs,
       qu"il guérisse, guérisse...
       Cette action a eu pour effet de délivrer le pet de Lilli-Ours et tout son cortège de douleur excédentaire... Cependant, cette méthode n"était pas sans effets secondaires. Il est nécessaire d"expliquer qu"en raison de telles actions médicales et radicales, aucune maladie ne résiste plus, et dans le voisinage de Lilli-Lapin les langues se libèrent et déblatèrent.
       Certains étaient accablés par la pression des diverses maladies et ils ont péri, alors qu"avec un simple toucher et un chant, Lilli-Lapin savait guérir. Les actions médicales de Lilli-Lapin ont eu comme conséquence d"exciter les névroses de Lilli-Ours et de Lilli-Lapin qui se sont mises à fouiller partout dans la maison en ouvrant tous les livres médicaux et les tiroirs secrets. En désespoir de cause, elles ont appelé l"ambulance huit fois ; l"ambulance, cependant, n"est jamais arrivée parce qu"il s"est avérée que la névrose de Lilli-Lapin a composé par erreur le numéro du zoo local. L"éléphant a répondu : " Faux numéro ! "
       Dès que la névrose de Lilli-Ours eut récupéré, elle a couru se cacher dans la corbeille, où elle est tombée immédiatement endormie pour oublier l"incident désagréable du sandwich.
       Pour le pas lui faire offense, Lilli-Lapin est allé porter plainte à M. Prêt-à-Manger qui était un clown d"apparence désagréable. Seuls des producteurs de films un peu schizophrènes sur les bords filment de tels clowns ! Il avait un sourire sinistre à vous faire chier du verre ! Surtout, surveillez vos arrières, si vous voyez ce clown avec une hache à la main !
       Bien, les schizophrènes, (les producteurs de films) ont trop longtemps négligé leurs sélections. Parfois, ils filment de telles choses qui nécessitent de les mettre à la poubelle et de les isoler instamment de la société. Et pourtant, cette même société, tellement étrange, observe, ravie, leur production délirante et laisse ces aliénés libres et sans surveillance, aussi dangereux soient-ils.
       Notre société est trop occupée !... En effet, comment trouver le temps d"organiser la poursuite au producteur schizophrène pour le transporter à un asile, alors qu"il y a tant d"heures à demeurer devant la télévision ? C"est impossible ! Parfois la société soulève son derrière du sofa, et vous pensez que c"est juste pour aller raisonner des producteurs maniaques ? Mais non ! Si vous y regardez de plus près, vous voyez bien que c"est pour aller aux toilettes ! Une société qui se respecte ne peut lever son cul que pour cela, voyons ! Alors vous pensez bien qu"ensuite, après avoir fait ses besoins, la société doit se laver les mains !
       C"est comme pour l"histoire de la crucifixion de Jésus-Christ. Nous savons bien que Juda n"y était pour rien ! Quand il est allez voir les romains, c"était parce qu"il ne trouvait plus où il avait rangé la marmite de pop-corn ! Certes, il n"y avait pas encore, la télévision, mais peut-être écoutait-il les cigales ? Qui sait ! Vous croyez qu"un producteur se lèverait pour filmer la vérité ? Tous des schizophrènes, c"est bien la preuve ! Vous devriez vous précipiter en criant à la société : " Prenez-les, ces producteurs, ils sont fous à lier ! "
       Une personne normale ne pourrait même pas penser à ce qu"elle a créé, l"observer encore moins... Et la société s"assied face à la télévision et saute sur son maïs à la première occasion !... Regardez-les les yeux dans les yeux avec le dernier espoir... Et là, vous verrez, mon cher ! Les yeux de la société sont absolument fous !
       Enfin, bref, M. Prêt-à-Manger était un clown avec l"aspect d"un film d"horreur. Lilli-Lapin lui a demandé pourquoi il fabriquait des aliments de mal-bouffe. M. Prêt-à-Manger a aussitôt commencé à jongler avec des hamburgers en riant de manière grossière :
       -- Ce que je peux vous dire, mon cher Lilli-Lapin, a fortement ricané M. Prêt-à-Manger, c"est que les gens n"ont plus envie ni le temps de déguster un bon repas. Les temps ont changé... De nos jours, les peuples ont la haine leurs corps, de leur nourriture, de leurs âmes... Ils ne s"inquiètent pas de ce qu"ils avalent, ils font toujours la course jusqu"à ce qu"ils tombent comme des chevaux de course. Quant aux loisirs, ils collent aux images courantes montrées sur les écrans des télévisions, de crainte que quelqu"un leur saute dessus pour les mordre. C"est ainsi qu"ils passent des jours malheureux. Alors j"éclaire leurs vies avec mes hamburgers. Je pourrais leur vendre de la nourriture en pilules, et ils la mangeraient avec plaisir. Mais je suis humaniste... Je respecte les traditions, je comprends le besoin humain d"un conservatisme modéré. Je donne de vieux noms aux choses : un déjeuner, une salade, un pâté en croûte... Certainement que tout ceci n"est plus vrai, mais pour moi, les traditions sont sacrées. D"ailleurs, Mme Boisson Sobre m"aide toujours. Elle verse son liquide noir en excédent dans mes victuailles, et voilà. Les gens sont prêts pour de nouveaux exploits, pour leur travail stupide, pour leurs écrans stupides ! N"est-il pas là, le bonheur ?
       -- C"est loin d"être le bonheur, a tristement répondu Lilli-Lapin. Un repas exige le respect, vous devez le préparer avec goût et raffinement, puis nous régaler sereinement avec une conversation plaisante...
       -- Lilli-Lapin, vous êtes quelque peu sous-développé ! s"indigna M. Prêt-à-Manger. Ne comprenez-vous pas que les temps modernes sont déjà arrivés ? Et les temps modernes, c"est quand tout ce qui est vieux est considéré comme non-sens. Ce n"est pas clair ?
       -- Si, tout est clair avec vous ! a répliqué Lilli-Lapin en commandant tristement un hamburger parce qu"il avait faim.
       -- Voilà qui est mieux, a approuvé M. Prêt-à-Manger. Ne soyez pas désolé, Lilli-Lapin, j"ajoute ce jouet à votre commande : le Monstre Patibulaire. Seulement ne le mangez pas ! Il est en plastique !
       -- Bien évidemment ! a convenu Lilli-Lapin.
       Il a mangé son hamburger et donné le jouet à Lilli-Jacob. Que pouvez-vous faire ? Lilli-Lapin aura du mal à déambuler sur le chemin des temps modernes, n"est-ce pas ?
      
      
      
      
       Chapitre 26
       Lilli-Lapin et le singe
      
      
      
       Par le passé, les gens étaient primitifs : ils comptaient mentalement ou sur leurs doigts, écrivaient avec des crayons ou des plumes, appréciaient les images indécentes dans les magazines papier et pensaient que leur vie était tout à fait moderne et avancée. Quelle naïveté ! O Simplicitas sancta... Mais enfin l"illumination tardive est venue à l"humanité qui a commencé à employer des singes pour toutes ces choses. (Vous pensez que j"ai fait une erreur en disant "singes" au lieu d""ordinateurs" ?... Eh bien, quelle est la différence ? Tous les deux se comportent de manière irrationnelle, gèlent à toute heure dans n"importe quel climat, s"agitent, feintent, et tous les deux causent d"inévitables maux de tête aux personnes décentes.)
       De nos jours, à l"ère du singe, les gens utilisent des singes pour faire les mêmes choses qu"ils auraient précédemment fait eux-mêmes. Les singes surveillent le vol des avions et des vaisseaux spatiaux, dirigent les processus industriels complexes, effectuent des opérations financières... Il est difficile de trouver un aspect de la vie humaine moderne qui ne dépende pas de l"intellect du singe. Si vous voulez, par exemple, préparer une tasse du café, vous approcher un singe et lui donner une instruction en langue de singe : Entrez ; Commande De Café ; Vite ! Programme, où en êtes-vous ? Entrez, entrez, entrez ; Critique ! Pour écrire la commande, vous apprenez d"abord au singe à lire par syllabes. Et vous attendez ensuite que le singe trouve la définition du concept "café" dans le dictionnaire Humano-Singe, pour vous demander d"indiquer de quel café il s"agit. Le singe vous énoncera une liste d"une voix monocorde, et vous devrez incliner la tête ou dire "Ugh !" pour indiquer choix des arômes, des parfums, de la densité, de la texture, du degré d"amertume, s"il est long ou serré, voire à l"américaine13, avec ou sans lait, sucré, très sucré ou pas du tout... Puis viennent les nuances : cappuccino, nescafé, moka, exotique... et au final, l"heure à laquelle vous voulez votre café. Après avoir choisi la marque précise du café et des autres détails, vous attendez tandis que le singe met la tasse de café sur sa tête, puis dans un autre endroit, et vous avertisse poliment : " La tasse de café a été trouvée ; modification du système ; SVP, attente ! " Vous attentez, puis le singe répand le café partout dans la cuisine, et finalement... vous vous brûlez les pieds dedans... (comme s"il était nécessaire de s"enquérir tellement d"une marque, le singe fait la différence par quel café vous avez été brûlé !) Vous criez : "Stop !!!" et le singe se met en veille...
       Dans le passé vous auriez pris votre café sans toutes ces mésaventures... Mais quelle vie rétrograde c"était ! Certainement, personne n"aime se brûler avec le café... Mais, bon, ce n"est qu"un incident mineur dans notre vie moderne tandis que vous n"avez plus qu"à attendre et choisir. Vous ressemblez vraiment à un homme du futur comme l"homme des cavernes vous a imaginé : une RAM avec deux têtes. Pourquoi une RAM ? C"est une forme de grande intelligence. Pourquoi deux têtes ? Telle était l"esthétique imaginative de l"homme des cavernes...
       Lilli-Lapin a décidé d"obtenir un singe. Il ne voulait pas être rétrograde et n"aimait pas que le hibou le qualifie de rustique, rustre et primitif. Le hibou était une personne très progressiste, occupée dans la réalité virtuelle, et pour cette raison, ses orbites étaient toujours grandes ouvertes à toute heure, elles s"enflaient quand il avait l"habitude de dire : Coucou ! Que ce soit approprié ou non... Vous savez, les hiboux lancent leur coucou avec une sonorité latente à la fin, presque comme Lilli-Ours qui a un défaut de reproduction sonore, avec cette même une période à la fin. Surtout quand il ronfle !
       Le hibou chassait des souris virtuelles d"ordinateur spécialisés en réalité virtuelle, et il était tout à fait heureux de sa vie. Il passait de très longues nuits en réalité virtuelle et dormait l"après-midi. Lilli-Lapin nourrissait le hibou, parce que livré à lui-même, il serait depuis longtemps mort de faim. En effet, les souris virtuelles ne nourrissent pas... Le hibou a donc survécu grâce au biscuit de Lilli-Lapin, spécialement cuit au four pour son petit-déjeuner en soirée. Comme vous le savez bien, le hibou prend son petit-déjeuner en soirée. Parfois Lilli-Lapin nourrissait le hibou avec les brioches, mais il le critiquait :
       -- Lilli-Lapin, vous êtes absolument périmé ! ululait-il en croquant une bouchée de brioche, personne ne fait cuire désormais des biscuits au four. Ils sont tous virtuels, maintenant !
       Ainsi, Lilli-Lapin a obtenu un singe dans la maison pour ne pas traîner en arrière de la civilisation. Pourtant, il détestait bien les singes depuis son enfance, parce qu"un singe méchant l"avait mordu alors qu"il s"apprêtait à se faire prendre en photo sur fond d"antiquités égyptiennes... Lilli-Lapin a passé une partie de son enfance dans le pays des pharaons, et c"est là qu"il a eu cet incident avec un singe. Depuis, les singes ne faisaient plus partie du genre d"animaux qu"il qualifiait d"assez mignon, ce dont il affublait presque tout le reste de la faune parce qu"il aimait beaucoup les animaux... Mais il n"y a rien à faire, que vous aimiez des singes ou pas, vous devez suivre les temps modernes.
       Il y avait un nombre énorme de singes dans le voisinage de Lilli-Lapin. M. Fin Tell, le terrible chasseur, les attrapait quand ils étaient encore si innocent, et, après l"emboutissage de leur UTC (Unité de Traitement Cérébrale) il les donnait à M. Soft Ware, l"entraîneur. M. Soft Ware lisait la marque. S"il voyait "UTC 5", il insérait une quintuple quantité de programmes, et s"il voyait "UTC 4", il en insérait seulement une quadruple. Si ces singes devenaient fous, M. Soft Ware les diagnostiquait perdus.
       Les singes les plus performants étaient très prisés par les habitants qui les utilisaient dans leurs maisons, les magasins, les bibliothèques et même aux bureaux, parce qu"ils ne pouvaient déjà plus rien faire sans les singes. Quand M. Fin Tell, le chasseur, et M. Soft Ware, l"entraîneur, sont devenus très riche, tout le monde les a enviés, les gens sont devenus jaloux et ont abîmé leurs singes en leur apprenant à faire des grimaces indécentes et en salissant leurs habits. Nous devons spécifier que M. Soft Ware habillait ses singes de pantalons en toile légère, fine et douce pour les rendre plus appréciables. Il appelait sa compagnie : la CDFLP (La Compagnie des Doux, Fins et Léger Pantalons), parce que les pantalons étaient vraiment de qualité exceptionnelle. M. Soft Ware aimait faire refléter de manière solennelle son métier au nom de sa compagnie...
       Ainsi, Lilli-Lapin a commencé à engager son singe au travail de la ferme. Cependant, le singe qu"il avait obtenu était obstiné. Quand Lilli-Lapin plantait des carottes, le singe les tirait toutes, ou au contraire, quand Lilli-Lapin retirait les carottes, le singe les replantait dans le potager comme si de rien n"était. Lilli-Lapin en devenait fou. Un jour, le singe a vidé une casserole entière de compote, et une heure plus tard il s"est mis à jeter au plafond de la cuisine les bananes surgelées prévues pour la salade de fruits. Lilli-Lapin a conclu que le singe était inadapté au travail de la ferme, et il l"a offert à Lilli-Ours.
       Lilli-Ours a voulu former le singe à réparer son défaut de reproduction sonore avec une période à la fin, mais il a refusé d"être formée et à peine Lilli-Ours a eu le dos tourné, le singe a englouti le plat de gruau. Alors Lilli-Ours s"en est débarrassé en l"offrant à Lilli-Katie. Le singe s"est mis à combiner toutes les boucles d"oreille de Lilli-Katie en une longue chaîne logique, ainsi Lilli-Katie a dû passer une soirée entière à les disjoindre, analysant chaque boucle d"oreille séparément. Lilli-Katie s"est fâchée contre le singe, et l"a offert à Lilli-Jacob. Lilli-Jacob l"a mis dans sa chambre à la place de son vieil ordinateur, mais le singe a commencé à lui tirer la langue et à grimacer, puis il a proféré des gros mots très indécents aux perroquets qui ont tout répété à des personnes distinguées. Du coup, ils se sont retrouvés fichés dans la liste noire du service de sécurité local. Ils ont même failli être exilés, heureusement, dans un pays qui n"acceptait plus d"agitateurs. Les perroquets sont restés dans la Lilli-Maison, mais leurs becs ont été scellés par un officier de police.
      
      
       Le singe s"est retrouvé écarté, et, errant autour de la maison, puis dans le sous-sol, il a empêtré dans le World Wide Web, que la Web_araignée avait tissé là, dans le sous-sol. Le chausson gauche l"a trouvée assise en train de pleurer amèrement, parce que personne n"avait plus besoin d"elle. Le chausson gauche a immédiatement identifié le rôle du singe dans ce drame et il l"a attaché à l"anneau d"Internet, puis il l"a employé pour des activités révolutionnaires subversives dans le pays d"origine de tous les chaussons gauches. Sous les ordres du chausson gauche, transférés par le singe sur le World Wide Web de la Web_araignée, il a lancé un projectile du croiseur Glutton sur le palais de l"administrateur des domaines, et c"est devenu le signal du commencement de la Mobilisation Héroïque du Dernier Chausson Fou (MHDCF).
       Les historiens en sont absolument sûrs, les documents sont aujourd"hui disponibles, y compris ceux qui ont été stockés dans les archives spéciales, il est possible de retracer le film des événements du renversement MHDCF. La préparation de la rébellion révolutionnaire a commencé dans le pays le 22 octobre, et le 25 octobre, les groupes de la garde déchirée des chaussons avaient déjà occupé la poste, les ponts, les gares, le télégraphe et d"autres sites importants de la ville. Pendant ce temps, la vie a continué comme d"habitude dans le pays : les métros et les bus ont fonctionné avec leur habituel retard, les chanteurs connus ont chanté, même ceux qui avaient la voix cassée. La nuit du 25 au 26 octobre, le palais de l"administrateur où le gouvernement des domaines s"était rassemblé, a été pris d"assaut. Le 25 à 21h45, les canons du Glutton ont tiré une décharge blanche, alors l"artillerie de la forteresse voisine a débuté ses tirs sur le palais ; sur plus de trente coquilles, seulement deux ou trois ont frappé la cible ! D"ailleurs, selon les photos documentaires, seulement quelques portes et ouvertures de fenêtre ont été endommagées. Vers 2h du matin, les chaussons-rebelles, armés principalement de semelles étroitement roulés avec des lacets ont assailli le palais. Un bataillon de chaussures de dames défendait le palais...
       Quand Lilli-Lapin a lu dans les nouvelles ce qui déchirait le pays et l"emmenait au bord d"une guerre civile, juste après la révolution, il a immédiatement compris que c"était l"acte de son chausson gauche. Il a appelé le chausson gauche pour qu"il réponde de ses actes, a exigé qu"il remette des choses en l"ordre et de reconstituer le nom historique du pays. Sous la pression de Lilli-Lapin, le chausson gauche a reconstitué le nom de domaine. Toutefois, le prix de l"essence n"a pas changé, parce que les chaussons déchirés et tous les autres accessoires allaient désormais nu-pieds.
       C"est ainsi que Lilli-Lapin a compris combien dangereux pouvait être un singe sans surveillance. Apparemment, ce n"était pas sans raison qu"il détestait des singes depuis son enfance. Alors Lilli-Lapin a voulu rendre le singe à M. Soft Ware, mais ce dernier n"a pas voulu l"accepter, parce qu"il avait déjà reçu des singes marqués UTC 8.
       Désormais, M. Soft Ware dupe avec succès les citoyens moins avancés que Lilli-Lapin, qui n"a plus besoin d"aucun singe pour vivre idéalement. Seul le hibou est encore insatisfait, parce qu"il a cru que seuls les singes eux-mêmes pouvaient vivre sans singe.
      
      
      
      
       Chapitre 27
       Lilli-Lapin au concert
      
      
      
       L"Art n"est pas simplement quelque chose d"inutile, ni une garniture murale pour personnes fortunées, ni même un trop plein de suffisance et d"arrogance. L"Art est une exigence de l"âme, son propre blason de son côté le plus doux, pour ainsi dire. Même les paysans, même les ermites complets ont besoin d"une certaine forme d"art : une chanson ou une peinture campagnarde sur une cuillère en bois rendent la vie plus colorée, pas de manière homogène, certes, à grain grossier comme le raifort de la terre brute, mais tout aussi agréable qu"une carotte finement râpée.
       Ainsi Lilli-Lapin, bien qu"il ait toujours modestement vécu, avait un penchant, une sensibilité affirmée, pour l"art dans ses nombreuses manifestations. Les tableaux peints par Lilli-Lapin étaient merveilleusement beaux. Il s"engageait souvent par exemple, à peindre le portrait de Lilli-Ours. Son travail intitulé "Le cavalier Lilli-Ours règne sur le serpent vert" était particulièrement célèbre. Il l"avait accroché pendant un certain temps dans l"antichambre du Louvre, puis Lilli-Lapin avait exigé de l"enlever, parce que les visiteurs restaient trop longtemps médusés devant lui.
       Apparemment, ils étaient sceptiques sur le côté historique de cette représentation. (En fait, ils avaient juste du mal à s"élever eux-mêmes au niveau culminant de l"allégorie : généralement, les ours ne montent pas à cheval et ne combattent pas des serpents avec des lances).
       Un jour, le portrait a fait mauvaise figure, ce qui a considérablement réduit la valeur artistique de cette œuvre d"Art. Le Louvre a même appelé Lilli-Ours et s"est plaint de cette offense. Il faut dire aussi qu"il était mal placé. Imaginez juste : l"instant de déjeuner au Louvre, c"est bruyant, les voix grondent, et la peinture de Lilli-Ours se reposant sur un étalon blanc, tenant sa lance victorieuse sous son aisselle, en train de loucher pour composer sur le clavier d"un lourd téléphone démodé qui a été ajouté à l"image la veille par un jeune peintre impressionniste doué, membre de l"Académie des Arts, comme l"avait demandé Lilli-Ours... En raison du terrible manque de visibilité de l"artiste, le téléphone peint était trop enduit de peinture, et Lilli-Ours ne pouvait pas composer le bon numéro. Le tableau serait incomplet si nous cachions le fait que le serpent vert n"était pas présent à l"image, parce qu"il était parti déjeuner, et l"inscription "Fermé pour cause déjeuner" était indiquée au bas du portrait.
      
      
       Au Louvre, s"était l"effervescence... Une peinture de Lilli-Ours sur un cheval blanc, avec un téléphone... et il se plaint ! Quel déshonneur ! Quelle honte pour le Louvre où les tableaux étaient généralement bien traités !
       à la vérité, Mona Lisa aussi était insatisfaite, parce que Léonard avait peint son sourire avec la bouche fermée en permanence. Pouvez-vous imaginer le destin d"une femme qui n"est pas autorisée à montrer ses dents pendant cinq cents ans ? Un certain activiste émancipé avait été jugé pour avoir ajouté un croc au visage de Mona Lisa, mais on l"a hospitalisé à temps (je veux parler de l"activiste, pas de Mona Lisa). Chaque femme doit avoir la chance de montrer ses dents de temps en temps, autrement elle oubliera quelle est libre... Et les femmes ne peuvent pas se permettre d"oublier leur liberté, parce que la liberté c"est d"avoir le choix de se composer le visage qu"on veut, au moins en vacances !
       Ainsi, Mona Lisa a souffert en silence parce qu"elle ne pouvait pas accepter l"invitation récente du portrait de Lilli-Ours de se déplacer à la maison de Lilli-Lapin. Ce dernier n"ayant pas pu fournir des conditions appropriées... Mona Lisa avait besoin de beaucoup d"attention et d"adoration, mais les visiteurs étaient peu fréquents à la maison de Lilli-Lapin, et les habitants de la Lilli-Maison préféraient de manière évidente des dessins animés et des bandes dessinées à la trop sérieuse Mona Lisa. En outre, elle courrait le danger que quelqu"un ne lui donne un coup pinceau ajoutant un détail amusant à son portrait. Comme vous le comprenez, ajouter n"importe quoi à Mona Lisa est inacceptable, parce qu"elle est déjà parfaite !
       N"allez pas penser que les habitants de la Lilli-Maison n"étaient pas instruits. Lilli-Jacob, par exemple, a été éduqué à la maison et il a pris ses leçons avec hyper-Platon en personne ! D"abord, il a voulu travailler avec Aristote, mais après avoir rencontré sa pupille, Alex de Macédoine, il a décidé de s"abstenir. Bien sûr, nous ne pouvons pas nier qu"Aristote ait donné l"amour de la poésie à Alex. Cependant, Alex a exprimé cet amour de manière plutôt particulière quand il a détruit la ville de Thèbes, en laissant debout parmi des ruines uniquement la maison du poète Pindarus. Il aimait et respectait Pindarus, n"est-ce pas ? Imaginez juste ce Pindarus partir de sa maison le matin pour acheter une bonne bouteille de Côtes-Rôties... aucune chance, le magasin de vins et spiritueux a été démoli ! Heureusement, Pindarus n"a pas survécu pour vivre cette heure malheureuse... Mais Alexandre était un homme tout à fait civilisé et intelligent, ainsi il a laissé la maison intacte, comme une sorte de monument.
       Ainsi qu"est-il arrivé au portrait de Lilli-Ours ? Le Louvre l"a renvoyé avec des excuses, et Lilli-Ours l"a placé sur le mur de sa cave. La cave était située sous la Lilli-Maison, près du repaire de la Web_Araignée. Les bouteilles de vins et spiritueux étaient stockées là par Lilli-Lapin. Il y avait aussi un grand baril de bière miel-brune et des casses-croûte assortis, comme des tomates et des poivrons rouges marinés. Je dois avouer que tout ce petit monde a vécu des heures heureuses...
       Outre l"art du marinage de tomates, Lilli-Lapin appréciait d"autres métiers d"art raffiné, par exemple, celui de la musique. Une fois, il avait acheté un billet pour le concert d"un musicien bien connu dont je ne voudrais pas mentionner le nom ici... Ok ! Ok ! Son nom était Paganino. Pour l"occasion, Lilli-Lapin avait mis son short à pointillés rouges et blancs du costume de vacances et un T-shirt rose avec les mots : J"Aime La Musique Forte ! Je Déteste Les Voisins Forts !
       Lilli-Lapin a pris ses chaussons avec lui, parce le concert était gratuit pour toutes les sortes de chaussures (Il faut dire qu"avant cela, chacun avait l"habitude d"aller aux concerts pieds-nus pour faire des économies). Les autres habitants de la Lilli-Maison ont préféré écouter la musique à la radio, et sont donc restés à la maison. Lilli-Lapin, lui, était un vrai connaisseur des arts musicaux, et il n"a pas rechigné sur la dépense d"un billet.
       Le concert a été couronné de succès dès le début, parce que le buffet regorgeait de pâtisseries saupoudrées de sucre glacé que Lilli-Lapin adorait. Ces pâtisseries lui rappelaient les plaisirs et les festins innocents des bonbons que la vie nous accorde parfois gracieusement. Lilli-Lapin est entré dans le hall sans attendre la dernière cloche, parce qu"il était un peu orgueilleux -- résultat de sa longue participation dans la vie économique.
       L"auditorium était plein. Paganino était un violoniste vraiment doué, et avait accueilli des personnes de tout milieu social. Les premières rangées étaient occupées par les membres de l"Association des Musiciens Sourds (AMS) qui aimaient la musique comme ils l"entendent... Ensuite suivait les célébrités et les presque-célébrités de la ville. Cependant, Lilli-Lapin a dû se contenter d"une place en corbeille, car il n"était pas admis de se mélanger à la haute société quand on porte des chaussons. Bien sûr le chaussons gauche a tenté de s"interposer et de défendre son point de vue au sujet de l"égalité des chances des chaussons, qu"ils soient de droite ou de gauche, mais rien n"y a fait. Enfin, le calme revenu, Lilli-Lapin a acheté un petit drapeau rouge et une sucrerie, et le maestro est apparu sur l"estrade...
       Paganino était habillé d"une longue robe ample et noire ; ses longs cheveux noirs n"étaient semble-t-il pas habitués au shampooing... Malheureusement, à peine le concert commencé, les trois premières cordes du violon se cassèrent... Un malheur n"arrivant jamais seul, le chandelier est tombé, puis le plafond a commencé à s"écrouler... L"assistance était interloquée, ignorant si tout cela faisait partie du spectacle. Mais Paganino ne s"est pas démonté... Après avoir perdu ses cordes, il a commencé à battre du tambour sur le violon, et Lilli-Lapin, voulant aider le maestro, a commencé à battre la mesure tranquillement :
       "Ta-a-a-un-un - Ta, Ta, tam de da de ta..."
       Lilli-Lapin a commencé à chanter le Caprice 24 de Paganino. En entendant cela, le maestro s"est réjoui et il a fini le couplet :
       "Barrage de Ta Ta Da..."
       Il a ensuite appelé Lilli-Lapin sur scène et ils ont continué ensemble l"exécution du morceau à l"aide du violon comme instrument de percussion. Les chaussons de Lilli-Lapin ont participé aussi à ce grand moment qui restera dans les annales. Le chausson droit s"est dégourdi sur le piano à queue tandis que le chausson gauche dansait des claquettes. La musique de Paganino était si vigoureuse qu"aucun instrument, excepté le tambour, a pu le soutenir. Le chausson gauche a trouvé quelque part un pistolet d"alarme, et il s"est mis à tirer en l"air. Les derniers spectateurs se sont enfuis sans demander leur reste, ni même le remboursement des billets.
       Selon la nouvelle tradition, les spectacles peuvent devenir imprévisibles de nos jours, et le tir n"est pas vraiment d"un mauvais goût. Lilli-Lapin et Paganino ont chanté avec résignation et dans la Lilli-Maison, leurs amis les ont écoutés à la radio... La voix tonitruante de Paganino, encadrée de la belle voix fluette des chiens du quartier et des projectiles du pistolet tombant sur le piano à queue étaient du plus bel effet.
       Ce fut un concert remarquable !
       Qu"est-ce qui est important dans l"Art véritable ? C"est qu"il ne soit pas ennuyeux. Quand il est ennuyeux, ce n"est plus de l"Art, c"est de la science !
      
      
      
      
       Chapitre 28
       Lilli-Lapin loue une vache
      
      
      
       Lilli-Lapin avait toujours rêvé de pouvoir garder une vache pendant longtemps. En tant que personne vivant dans une économie de marché normale, il avait certainement besoin d"une vache, mais presque tous les habitants de la Lilli-Maison étaient contre : Lilli-Ours ne voulait pas partager l"attention de Lilli-Lapin avec quiconque ; Lilli-Katie avait peur que la vache n"abîme sa coupe ; Lilli-Jacob avait peur que la vache ne mâchouille certaines choses importantes lui appartenant, parce que déjà sans vache, plusieurs de ses affaires importantes avaient une drôle de tête, comme si une vache les avait ruminés ; les chats étaient catégoriquement contre une vache, parce qu"ils pensaient que les vaches étaient des créatures sales car elles ne se lavaient pas avec leurs langues ; les perroquets ont répété tout ce que chacun disait, ainsi ils étaient naturellement contre ; et les chaussons de Lilli-Lapin avaient peur que la vache ne les porte avec ses gros sabots. Seule la vieille horloge de première génération était pour, parce que, comme vous vous en souvenez, elle avait désespérément besoin de produits laitiers frais.
       Lilli-Lapin a tout de même décidé de trouver une vache décente, et il a pensé qu"en nourrissant tout le monde avec du lait et des gâteaux de fromage frais, leur attitude envers la vache pourrait évoluer dans le bon sens. Il n"a rien dit sur ses intentions.
       Évidemment, Lilli-Lapin n"était pas à court d"argent. Il n"était ni avare, ni mesquin, juste économe, ainsi il avait assez d"argent. Il faut dire aussi qu"il vivait dans un pays libre, et dans un pays libre, les vaches ont des droits aussi pleins que les citoyens, les coqs ou les chèvres par exemple. Le temps où les vaches étaient considérées comme du bétail est dépassé depuis bien longtemps. Maintenant les vaches sont respectées comme une classe ouvrière normale, ce qui est plus plaisant. Les vaches ont reçu leur liberté, comme les femmes orientales en leur temps, et elles peuvent désormais choisir leur métier, à domicile ou dans les prés. Ainsi, Lilli-Lapin a placé une annonce dans un journal local :
      
      
       Offre d"emploi
       Vache avec une éducation supérieure
       Nourrie, logée, lavée.
       Expérience et recommandations obligatoires !
       Rendez-vous dans la maison de Lilli-Lapin
       Frappez trois fois !
      
      
       Lilli-Lapin n"a pas voulu donner son numéro de téléphone, parce qu"il avait peur de passer trop de temps au téléphone avec des révoquées récalcitrantes.
       " C"est mieux, a-t-il pensé, de les laisser venir directement frapper trois fois avec le sabot sur la porte, pour être sûr que ce n"est pas mon voisin venant me déranger pour un oignon et les lunettes de soleil ou un autre pour un sac de boulons. "
       évidemment, Lilli-Lapin n"est pas une sorte de yo-yo, pour répondre sans arrêt, une fois pour des boulons, une fois pour des oignons... En outre, la vache peut ne pas aimer voir traîner ces articles sur le seuil d"une porte. Les vaches sont fastidieuses de nos jours -- elles ne veulent plus travailler dans des établissements étranges ou mal-tenus. Quant à l"éducation supérieure, on l"exige maintenant de n"importe quelle vache. Pas que la vache rapporte plus de lait ou qu"il soit plus savoureux, non ! C"est juste une question de normes et de critères établis dans la société, dans un pays digne, où l"éducation supérieure des vaches est devenue traditionnelle. Quelques vaches particulièrement incapables ont reçu des licences en sciences animales pour raisons de service, sans examen. Mais la majorité des vaches ont choisi librement la voie royale des études, parce que la liberté d"une vache, ça n"a pas de prix !
       Lilli-Lapin aurait certainement pu trouver une vache par relation, conforme aux recommandations de ses voisins, mais il n"a pas voulu se tourner vers untel ou untel, parce qu"il respectait les principes démocratiques de base d"une société dans laquelle il vivait, donnant ainsi à toutes les vaches l"égalité des chances sur le marché du travail.
       Le niveau de conscience de la population du pays était très élevé, particulièrement pour les questions qui ne concernent pas vraiment les avantages personnels des citoyens, comme ce qu"il y a dans leurs poches par exemple. Lilli-Lapin en était très conscient et s"impliquait toujours pour l"amélioration générale sur tous les sujets importants qui abondent dans une société progressiste. La société aimait beaucoup Lilli-Lapin pour ce qu"il était, même quand, dans de rares moments de désinvolture, il achetait les carottes et du fenouil frais pour ses besoins personnels.
       La première à frapper à la porte de la Lilli-Maison fut une vache brune avec de grandes taches blanches. Lilli-Lapin aurait préféré une vache noire et blanche classique, mais il l"a néanmoins reçue avec plaisir. De toute façon, il n"aurait pas pu énoncer ses préférences quant à la couleur de ses sujets, cela aurait été illégal et tout à fait néfaste pour son image de marque. Certes, tout le monde continuait d"être guidé par des préférences ségrégationnistes, mais, silencieusement...
       Lilli-Lapin a invité la vache dans son bureau (vous ne pouvez pas vivre sans bureau dans une économie de marché moderne), puis il a commencé l"entrevue :
       -- Je veux une vache pour mon établissement.
       -- Votre établissement est-il grand ? a demandé sévèrement la vache brune.
       -- Je ne le qualifierais pas ainsi, a modestement admis Lilli-Lapin.
       -- Et combien y a-t-il d"autres vaches ?
       -- Il n"y a aucune autre vache, a répondu Lilli-Lapin avec précision parce qu"il n"avait aucune vache, j"ai besoin d"une seule vache !
       -- Je vois, s"est insurgée la vache en colère, vous vous attendez sûrement à ce que j"effectue tout le travail toute seule !
       -- Je vous nourrirai bien, a essayé de la persuader Lilli-Lapin, il n"y a pas beaucoup de travail, et...
       -- Je ne travaille pas pour de petites entreprises, a coupé la vache brune en prenant la tangente sans dire au revoir.
       -- Quelle honte ! s"est indignée la vache en claquant la porte, comment les autorités permettent-elles cela ?
       Lilli-Lapin était particulièrement contrarié par cette dernière réplique. Comme chaque citoyen honnête, Lilli-Lapin avait plutôt peur des autorités, bien qu"il n"ait pas compris ce qui était mauvais dans le fait que son établissement soit petit et qu"il n"ait aucune vache. Il a estimé qu"il n"y avait là rien de particulièrement criminel, mais, suivant le dicton : " Dieu protège ceux qui se protègent. " Lilli-Lapin a immédiatement téléphoné à M. Trublion, son avocat. Après de longues excuses sur le manque de temps pour des conversations téléphoniques et même si des affaires comme celle-ci ne se traitaient pas au téléphone, il a accepté d"éclairer Lilli-Lapin sur le sujet, lui expliquant qu"une entreprise de petite taille n"était pas acceptée dans ce pays et que, d"ailleurs, on pouvait le considérer comme un criminel dans une certaine mesure... Bien qu"il n"y ait aucune loi définie actuellement, la pratique judiciaire prouvait que les petites entreprises souffraient immanquablement devant les tribunaux tandis que les grandes entreprises esquivaient systématiquement la cour.
       -- Pourquoi me poursuivraient-ils ? a crié Lilli-Lapin dans le combiné.
       -- Louez une vache, a conseillé M. Trublion, évitant une réponse franche.
       Lilli-Lapin a accroché et essuyé son nez. La location d"une vache était une bonne idée et même une nécessité. Si l"absence de vache dans une économie normale était vilipendée par l"opinion publique et la pratique judiciaire rendait cela un crime, comment un établissement pouvait-il s"en passer ? Si Lilli-Lapin finissait ses jours en prison, la déception publique serait évidente ! Mais il espérait bien pouvoir en embaucher une. Remerciez Dieu, il n"a pas dû attendre longtemps. Une autre vache, juste de la couleur préférée de Lilli-Lapin, a frappé à sa porte et Lilli-Lapin, heureux, l"a conduite à son bureau.
       -- J"espère que vous n"êtes pas trop occupée actuellement ? a demandé Lilli-Lapin avec inquiétude.
       -- Oh non, pas du tout ! a répondu la vache noire et blanche, en présentant aussitôt ses capacités, j"ai reçu un diplôme du conservatoire et de la faculté d"Artiste-Siffleur.
       -- Ah bien ! s"est enchanté Lilli-Lapin, sifflez quelque chose, SVP !
       Il savait que la vache devrait être traite tôt le matin, et que la musique pouvait égayer cette heure de bâillement.
       -- MOO-o-o-o-o-o-o-o ! a sifflé la vache.
       -- Mais ce n"est pas un sifflement, c"est un meuglement !
       -- Certes ! Mais j"ai reçu un diplôme de la faculté artistique, le sifflet est ma spécialité même si ce n"est pas le son auquel vous êtes habitué ! Vous voudriez que les vaches sifflent vraiment ?
       -- Non, non, a immédiatement répliqué Lilli-Lapin, ce n"est pas grave, le lait est plus important...
       -- Quoi?! s"est profondément indignée la vache, vous allez me traire !
       -- Eh bien...
       La vache a sauté au plafond, et à la hâte a rassemblé ses diplômes. Lilli-Lapin était perplexe. " Bon, a-t-il pensé, c"est encore raté ! "
       Heureusement, quelqu"un a frappé à la porte, et Lilli-Lapin est allé ouvrir. Un énorme taureau se tenait sur le seuil.
       -- Excusez-moi, a dit Lilli-Lapin, incertain, faisant néanmoins entrer le taureau dans son bureau, mais j"ai demandé une vache...
       -- Vous n"êtes pas au courant de la loi contre le sexisme ? a demandé le taureau imperturbablement, cette loi est la base des mesures de la politique d"état développée pour l"assurance de l"égalité des droits, de la liberté et de l"égalité des chances pour des vaches et des taureaux, contre la discrimination par le sexe, comme condition nécessaire au développement stable et régulier de ce pays !
       Lilli-Lapin a été tout à fait effrayé et absolument confus :
       -- Ce n"est pas parce que vous êtes un taureau que je ne vous emploierai pas, mais parce que vous n"êtes pas une vache, enfin, pas parce que vous n"êtes pas une vache, mais parce que vous ne donnez pas de lait.
       -- Vous n"avez pas écrit dans votre annonce que vous aviez besoin de lait. Vous avez écrit que vous aviez besoin d"une vache. Vous deviez écrire : "un taureau ou une vache." La loi l"exige, et j"insisterai sur mes droits !
       Le Taureau a commencé à serrer Lilli-Lapin, mais, heureusement, le Samovar de Lilli-Lapin est entré dans la salle pour annoncer qu"il avait déjà commencé à bouillir et tout le monde devait aller boire le thé... Voyant l"énorme Samovar de trente gallons, le taureau a abaissé les yeux et accepté de pardonner à Lilli-Lapin son ignorance des lois, bien que nul ne soit sensé ignorer les lois.
       Vous voyez, quand le taureau a essayé d"amadouer Lilli-Lapin par la force, il a été échaudé par de l"eau bouillante, et apparemment, tout grand taureau qu"il était, il avait peur du Samovar qui soufflait et le regardait d"une façon très convaincante. Ainsi va la vie ! La politique a toujours le dernier mot ! Quand on reçoit un visiteur pas vraiment aimable et doux, il vaut mieux avoir un impressionnant Samovar derrière soi, sinon vous reposez jusqu"à la fin de vos jours en prison pour toutes sortes de discriminations...
       D"autres demandeurs sont venus voir Lilli-Lapin. Parmi eux, il y avait un professeur de la maladie de la vache folle, des experts en transformation de vaches laitière en hamburger, et un chef français spécialiste du Chateaubriand.14 Il y avait beaucoup de vaches-ingénieurs instruites, des vaches-programmeurs, des vaches-avocats, de vaches-chorégraphes, et des vaches-aventurières héréditaires. Cependant, aucune candidate n"a accepté de donner du lait. Lilli-Lapin était extrêmement triste, et les demandeurs qui ont continué à se présenter ont totalement désorganisé son économie locale. Lilli-Lapin passait ses journées à s"occuper de candidats obstinés, chacun y allant à sa propre manière ; mais le cuisinier français a particulièrement fait rage. Et il a semblé que tous les candidats n"étaient pas vraiment intéressés par l"emploi : ils avaient le museau soupçonneux et interrogeaient Lilli-Lapin en détail sur son établissement, parfois vérifiant les documents et les comptes... Ils étaient particulièrement stricts avec le logement. La majorité a insisté pour avoir une étable individuelle avec téléphone et salle de bain, un téléphone mobile de corporation, une voiture et des parts dans les affaires de Lilli-Lapin. Quand ils découvraient que Lilli-Lapin n"avait pas d"actions, parce qu"il n"était pas Lilli-Lapin® (marque déposée), mais un entrepreneur indépendant, les candidats ont souvent craché avec mépris sur le plancher du bureau, et une vache a même lâché une bouse sur son tapis. Au début, Lilli-Lapin essayait de persuader les vaches que ses commodités étaient très bien mais que les vaches habituellement ne faisaient pas tant de difficultés pour donner leur lait. Malheureusement, aucun des visiteurs n"a même pensé accepter son offre. Pour arrêter ce cauchemar, Lilli-Lapin a été obligé de placer instamment une nouvelle annonce dans le journal local :
      
      
       Désinformation :
       Aucune vache n"est exigée avec une éducation supérieure, aucune commodité, ni aucun logement ne sera fourni.
       L"expérience et les recommandations n"aideront pas !
       Ne rappliquez pas à la maison de Lilli-Lapin, et ne frappez pas trois fois !
      
      
       L"annonce a coûté cher à Lilli-Lapin, parce que chaque négation coûte dix euros tandis qu"un mot habituel coûte seulement 25 centimes. C"était dû au journal qui ne voulait pas avoir trop d"informations négatives ou pessimistes.
       Lilli-Lapin a ensuite été obligé de cacher au public cette annonce, parce qu"il passait partout pour un criminel, un scélérat, un goujat et il a même fait l"objet de menaces de mort ! Une nuit, pourtant, quand son voisin, M. Pressure, est venu pour emprunter un oignon et les lunettes de soleil dont il avait besoin, comme nous l"avons raconté au chapitre 14, pour l"extraction du sirop d"érable du bois de bouleau, Lilli-Lapin s"est confié et lui a demandé s"il ne pouvait lui recommander une vache décente qui accepterait de donner du lait. À sa grande surprise, M. Pressure lui a immédiatement offert sa vache Peggy (diminutif de Pégase). Lilli-Lapin était rouge de plaisir.
       Peggy n"a pas demandé beaucoup et a promis de donner du lait chaque matin. En quelques jours, la vache a commencé à travailler et à donner plein rendement. Ainsi Lilli-Lapin a reçu une jatte de lait chaque matin. Il n"a pas même dû la traire parce qu"elle se débrouillait toute seule. Lilli-Lapin a suggéré à Peggy de lui accommoder une traite mécanique (avec l"aide de sa voiture qui dans son enfance avait pensé qu"elle était une vache en voyant des taches sur la pelouse, mais en réalité, elle avait juste perdu un peu d"huile et d"essence), mais Peggy s"est indignée :
       -- Non ! Non ! a-t-elle pleuré, aucune traite ! Je le fais toute seule !
       Lilli-Lapin l"a alors calmée.
       Les problèmes n"ont pas commencé de suite, mais un peu plus tard dans la Lilli-Maison quand des choses ont commencé à disparaître : des montres, des jouets, les parapluies, des chapeaux, des tasses, les articles intérieurs, le vin de Lilli-Ours dans la cave, des ouvre-bouteilles, des flacons, des briquets, les cigarettes du chausson gauche, et même les cendriers remplis de mégots. Au début, Lilli-Lapin a blâmé M. Klepto, du foyer voisin et de nationalité étrangère, qui était un cleptomane chronique et raflait tout ce qui n"était pas cloué au plancher, au mur ou au plafond. Mais après avoir consulté la chambre de ce dernier, Lilli-Lapin n"a rien trouvé excepté les vieux verres du chausson droit et le thermomètre de sable que Lilli-Ours avait fait pour Lilli-Jacob (Vous vous souvenez ? Si le sable est chaud, le temps est chaud ; si le sable est froid, cela signifie que le temps est froid). Lilli-Jacob était très embêté. Cependant, un thermomètre très semblable était en vente dans une brocante et Lilli-Lapin l"a acheté pour Lilli-Jacob. Lilli-Jacob a déclaré que c"était bien son vieux thermomètre, parce qu"il portait tous les stigmates des affres de la vie que son propriétaire lui avait fait subir.
       L"affaire a trouvé son apogée quand un jour Lilli-Lapin est entré dans l"étable pour obtenir son lait, mais il n"a trouvé ni lait, ni vache. Sur un lit de paille, était déposée une note, évidemment écrite par un sabot :
       Je m"envole vers le sud. Je serai de retour en automne. Baisers. Peggy.
       Lilli-Lapin savait que les vaches partaient habituellement dans le sud en été, comme tous les vacanciers normaux, et il n"a pas été étonné. Cependant, après avoir examiné l"étable, il a trouvé une montagne entière de bouteilles de lait vides... Il s"est mordu la lèvre : " Tout est clair, maintenant, a-t-il pensé, Peggy n"a pas donné le lait elle-même, elle l"a acheté dans une épicerie. Et elle a obtenu l"argent en vendant les divers articles qui ont disparu de la maison. "
       Vous ne pouviez pas vous attendre à ce qu"elle achète le lait sur son salaire, n"est-ce pas ?
       -- C"est dommage, a murmuré Lilli-Lapin, pourquoi n"a-t-elle pas avoué qu"elle ne donnait pas de lait ? Nous l"aurions aimée de toute façon... Peggy, pourquoi as-tu volé et vendu mon thermos que j"aimais beaucoup ? Maintenant, je comprends pourquoi M. Pressure a donné sa vache aussi aisément ! Et c"est pourquoi il extrait le sirop d"érable à partir du bois de bouleau, la nuit, quand elle est endormie !
       -- Pauvre vieil homme ! a dit le chausson gauche.
       -- Il aurait tout de même pu nous dire de faire attention, s"est indigné le chausson droit.
       -- Bien, a conclu Lilli-Lapin, quand la vache reviendra, je lui dirai que nous ne sommes pas fâchés contre elle, mais qu"elle ne doit plus vendre des choses de la maison pour acheter du lait. Nous l"achèterons nous-même !
      
      
      
      
       Chapitre 29
       Lilli-Lapin et le phonographe
      
      
      
       Lilli-Lapin a rencontré un vieux phonographe qui est devenu son phonographe préféré, lors de son voyage au dix-neuvième siècle. Lilli-Lapin avait entrepris ce voyage en vue de retrouver ses racines parentales pour construire l"arbre généalogique de sa famille, et il lui manquait de nombreuses données sur certaines branches. Lilli-Lapin aurait certainement pu aller aux archives, mais Mlle époussette le faisait trop éternuer. En outre, en raison de toutes les absurdités des cent ou cent-vingt dernières années, quelques papiers étaient très probablement perdus et de fâcheuses erreurs de manipulation avaient été commises (Ah ! La vie des historiens est difficile, en effet !)
       Sans longues tergiversations, Lilli-Lapin est entré dans sa machine à voyager dans le temps qui lui servait habituellement de machine à laver et qui était employée comme machine à voyager dans le temps seulement dans de rares cas tels que la récupération d"un débordement de lait trop bouilli ou d"un Gâteau aux Baies complètement brûlé. Alors Lilli-Lapin mettait le chapeau à la mode lors des cinq dernières minutes (la mode des chapeaux change toujours à une vitesse terrifiante), et il s"en allait rattraper à temps le temps de ses cuissons désastreuses.
       Vous diriez que cela n"est pas toujours exact, parce que parfois dans la Lilli-Maison, du lait arrive à s"échapper de la casserole et à se précipiter dans les couloirs pour terrifier les chats. C"est vrai, mais c"était uniquement lorsque Lilli-Lapin ne voulait pas abuser des bons offices de la machine à voyager dans le temps. Et puis, il fallait bien que le lait puisse parfois se dégourdir les molécules, autrement il tournerait ou serait éventé...
       C"était Super-Einstein en personne qui avait modifié la structure de la machine à laver de Lilli-Lapin pour qu"elle devienne une machine à voyager dans le temps, une fois que, après avoir abîmé la teinture des neutrons rapides il avait fallu faire un réajustement capital. Super-Einstein avait considéré de nouveau le "paradoxe Lilli-Einstein-Super-Lapin", selon lequel, comme vous vous souvenez, la couleur de la boîte aux lettres pouvait influencer la qualité de la correspondance reçue. Conscient que cela pouvait également se produire sur les habits portés, Super-Einstein avait convoqué Lilli-Lapin en réunion extraordinaire pour discuter les problèmes courants de la physique des quanta induisant la colorimétrie postale et vestimentaire. Lilli-Lapin avait partagé avec son collègue estimé, Super-Einstein, ses observations pratiques sur le comportement des boîtes aux lettres après que les habits des uns et des autres furent passés à la machine à laver. Super-Einstein n"étant jamais au bout de ses ressources, il avait bien évidemment trouvé la solution dans un modèle gracieux et véritable d"Einsteinium.
       Super-Einstein avait ri aux larmes lorsque Lilli-Lapin lui avait raconté le fameux épisode du facteur et de la boîte aux lettres qui avait avalé les cartes postales les plus gaies. Super-Einstein se tenait le ventre à en pisser dans sa culotte :
       -- Es ist einfach ! Es ist einfach !15 a-t-il répété en allemand en essuyant ses larmes, je devrais avoir conduit une telle Das Gedankenexperiment16 moi-même !
       Lilli-Lapin aimait Super-Einstein et encore plus le strudel aux pommes. Il avait donc expliqué à son ami qu"il était si souvent occupé avec ses travaux de ménage que le strudel était souvent brûlé et que le lait débordait parfois. Super-Einstein était alors devenu pensif, avait regardé Lilli-Lapin avec son célèbre regard droit, avait pris une bouchée du délicieux miel-brun que Lilli-Ours avait remonté de la cave, et avait hoché la tête :
       -- Bien, je transformerai votre machine à laver en machine à voyager dans le temps.
       Lilli-Lapin lui-même avait déjà tenté d"utiliser sa machine à laver comme machine spatio-temporelle, mais il avait voyagé à temps dans le futur. En effet, lorsqu"il entrait dans la machine à laver à 12h30, et qu"il en ressortait cinq minutes plus tard, il était 12h35... ce qui vous l"avouerez, n"était pas très efficace. Mais c"était quand Super-Einstein n"était pas encore intervenu. Ce dernier a serré quelques écrous, a collé quelques lampes et horloges tout autour et a modernisé la machine à laver pour en faire une véritable machine "temps relatif" avec inverseur, pour pouvoir retourner dans le passé de manière significative.
       C"est ainsi que, grâce aux modifications de Super-Einstein, Lilli-Lapin a pu aller au dix-neuvième siècle, en ayant préalablement mis un chapeau correspondant à cette époque. Puisqu"il n"y avait pas assez de place, Lilli-Lapin a seulement pris ses chaussons avec lui et il n"a pas dit quand et où il partait puisqu"il projetait de retourner au présent pratiquement à l"heure du départ. Ainsi, personne dans la Lilli-Maison n"avait à s"inquiéter que le dîner du jour soit tardif.
       Le dix-neuvième siècle était calme et nonchalant. Le charme féodal et l"aristocratie en décomposition étaient encore présents. Lilli-Lapin a rendu visite à tous ses parents et est même allé rendre visite à un ancêtre très éloigné à Londres. Au dix-neuvième siècle de Londres, Lilli-Lapin a trouvé la personne qu"il avait besoin de voir, et il lui a demandé de tout lui dire. Il s"est avéré que cet ancêtre avait vécu trop longtemps à côté de Karl Marx. Lilli-Lapin lui a signifié qu"en raison de ses extravagances doctrines folles, aucune vache n"acceptera à l"avenir de donner du lait, mais il n"a pas trop insisté, car il ne voulait pas trop intervenir dans le déroulement de l"histoire.
       Alors que Lilli-Lapin s"apprêtait à retourner à la maison en son temps, il a été absorbé par la musique extraordinaire émanant du tube doré d"un jeune phonographe qui appartenait à Karl Marx. Le phonographe était très malheureux, parce que Karl Marx l"avait conçu à ne jouer que l"Internationale toute la journée, et quand le phonographe était fatigué ou dérapait musicalement, ce dernier tirait sauvagement sa poignée jusqu"à le blesser ou le frappait avec sa guêtre sur le tube doré.
       Le pauvre phonographe avait dû fuir. Évidemment ! Vous l"imaginez jouer le même disque trente-trois fois successivement sur une musique des révoltes nationales et être battu sur la moindre fausse note ! Une fois, le phonographe avait même été terriblement effrayé par l"esprit avant-gardiste du communisme qui tentait de tout balayer sur son passage à travers l"Europe. Une autre fois, Karl Marx souffrant de diarrhées avait tout évacué dans son cône. Le phonographe avait voulu se laver le tube après l"abus de son maître, mais la dépendance était occupée par le souffle spirituel du communisme. Malheureusement, Karl Marx l"avait récupéré.
       Le phonographe était fermement convaincu que le l"esprit communiste était bon à rien, et il tentait bien de faire entendre raison à son maître en modifiant légèrement les sonorités de ces musiques fantoches, mais Karl Marx entrait dans une rage folle, et le phonographe l"avait surnommé : Le fou à lier !
       Ayant rencontré ce phonographe, Lilli-Lapin a confirmé ses plus mauvaises craintes au sujet du futur et il a tenté de convaincre Karl Marx qui rôdait derrière son phonographe, cependant, il n"a rien voulu entendre et lui a jeté sa botte usée à ses pieds. Le chausson droit a regardé cet étrange brodequin négligemment, mais le chausson gauche a trouvé qu"il ressemblait à un coryphée.
       Lilli-Lapin suggéré au phonographe de courir avec lui vers le futur et le phonographe a accepté, mais il s"est vite avéré qu"il ne pourrait jamais entrer dans la machine à voyager dans le temps à cause de son énorme pavillon et, sans lui, il a refusé de partir. Lilli-Lapin a suggéré au phonographe de se déplacer seul et lui a donné son numéro de téléphone et plein de contacts pour les 150 prochaines années.
       Lilli-Lapin et le jeune phonographe diffusant le hurlement lancinant de la séparation se sont séparés en larmes.
       Une heure seulement après son retour dans le présent, Lilli-Lapin a reçu un appel téléphonique, et au bout du fil, la désormais vieille voix du phonographe bourru a familièrement accompagné un crépitement charmant. Lilli-Lapin n"était pas encore au bout de ses larmes. Il est allé chercher le phonographe et l"a amené vivre dans la Lilli-Maison.
       150 ans plus tard, le phonographe avait entre-temps vécu bien des choses et parcouru beaucoup de chemin. La police l"a tout d"abord confisqué à Karl Marx pour compenser ses dettes. Il a alors travaillé pendant un certain temps avec Sherlock Holmes. Relevant des empreintes digitales sur le tube doré du phonographe, Holmes a déduit que Lilli-Lapin avait visité le phonographe, mais il n"était pas sûr si la visite s"était déjà produite ou si elle allait seulement se produire, puisque les empreintes digitales ont la faculté d"anticiper leurs caractéristiques pour les représentants des futures générations. En général, pendant le reste du temps, le phonographe a été raisonnablement bien traité, bien que son tube doré ait été retiré deux fois, au cours d"une révolution et à la première guerre mondiale. Pendant la deuxième guerre mondiale, le phonographe a résidé en Argentine et a été épargné. De temps en temps, l"anarchie régnant en Argentine, son tube doré a été utilisé comme cendrier, et il a appris à jouer du tango, mais cela n"était rien à comparer de l"Internationale de Karl Marx. Le phonographe est arrivé dans le temps de Lilli-Lapin entier et en bonne santé malgré quelques courbatures, et, à la surprise générale, il a joué les disques de manière très tolérable.
       Lilli-Lapin a immédiatement pris le phonographe pour un pique-nique et l"a nourri avec de la confiture de framboise, puis, tous les habitants de la Lilli-Maison ont commencé à adorer Grand-père, le phonographe qu"ils affublaient de petits noms sympathiques comme Grand"pa ou Pépé. Il était vraiment très heureux que Pépé soit arrivé dans le temps de Lilli-Lapin en ayant survécu à toutes les tribulations et orages de l"histoire.
       Voyez quels exploits permettent une amitié vraie comme celle de Lilli-Lapin et de son phonographe. Vous réalisez ?
      
      
      
      
       Chapitre 30
       Lilli-Lapin et Mme Différence Culturelle
      
      
      
       Il est difficile de savoir ce que doit être la différence culturelle, et ce qui peut être considéré dans ce domaine comme fondamentalement divergent. Avant que Lilli-Lapin ne s"installe dans la Lilli-Maison, il a vécu dans de nombreux de pays et a vu différentes coutumes et traditions. Certainement, les gens vivent ici ou là différemment. Certains peuples sont néanmoins si différents qu"ils ne peuvent ressembler à quiconque... Mais c"est justement ce point, quand vous parlez au sujet d"un peuple en général, qui est très important. Quand vous avez un représentant spécifique de ces personnes différentes, juste devant votre nez, vous ne savez jamais comment vous comporter ; il peut avoir de grandes valeurs culturelles et vous pouvez le blesser, inconsciemment.
       En bref, Lilli-Lapin a eu plus que sa part d"ennuis avec toutes ces distinctions culturelles. Il s"est parfois produit qu"il croyait clairement voir une personne tel un porc effronté, alors que chacun autour lui expliquait qu"il avait simplement des différences culturelles avec cette personne qui était tout à fait décente selon les normes en vigueur. Peut-être était-elle juste un peu plus effrontée et aux lisières de la norme, mais cela était accepté et même encouragé.
       Avec toutes ces différences culturelles, la tête de Lilli-Lapin tournait comme un kaléidoscope, et il la tenait avec les deux mains pour qu"elle ne tombe pas... Personne n"y prêtait attention, -- ils auraient de toute façon cru à une de ces différences culturelles -- . Qui pouvait bien avoir du temps à perdre pour chronométrer la périodicité de ses tours de tête ?
       Ainsi Lilli-Lapin a décidé de pénétrer au cœur de ces différences culturelles une fois pour toutes : Il trouva des pays où il était mauvais de voler, d"autres où c"était bien, et d"autre encore où c"était possible de voler mais personne ne le faisait, parce qu"il n"y avait plus rien à voler.
       Une fois, quelqu"un avait volé Lilli-Lapin, mais personne n"a jamais su s"il avait été victime ou si c"était une simple différence culturelle mise en valeur à son encontre. Lilli-Lapin avait souffert pendant un certain temps, puis il était allé à Cosmopolitville où vivait une certaine dame du nom de Mme Différence Culturelle, afin d"en savoir un peu plus. Une fois de plus, Lilli-Lapin a pris seulement ses chaussons avec lui, parce que les autres habitants de la Lilli-Maison n"ont pas voulu partir avec lui.
       Quand Lilli-Lapin est arrivé dans la ville, cela lui a pris longtemps pour trouver la maison, parce que certains numéros étaient écrits en arabes, alors que d"autres étaient en romain, et les noms des rues étaient parfois écrits en pseudo-Chinois (ils avaient l"aspect des caractères chinois, mais ne signifiaient pas grand chose), et parfois en langue de Bull-Terrier antique. Quand Lilli-Lapin a enfin trouvé la maison, Mme Différence Culturelle l"a favorablement accueilli comme si elle s"attendait à son arrivée. C"était une dame d"aspect non équilibré, parce que sa maigreur la rendait tellement frêle qu"un souffle de vent aurait suffi à la faire chavirer. D"autre part, les diverses extrémités de son métabolisme fragile perturbaient sa stabilité pendant qu"elle marchait ; elle utilisait donc des skis de toundra, même à la maison. Un chapeau chinois rouge avec une longue tresse ornait sa tête, et elle s"était drapée d"une robe de dressage japonaise, avec par-dessus, une magnifique veste capitonnée russe. Des bottes de Texan nanties d"éperons à ses pieds complétaient ce tableau multiculturel. Lilli-Lapin est resté un moment interloqué, ne sachant trop comment la saluer.
       -- Shalom, a dit humblement la dame en embrassant trois fois Lilli-Lapin selon la coutume russe.
       -- Salam alikoum ! a répondu Lilli-Lapin pour donner le change, en s"asseyant sur un sofa.
       -- Je crois que vous avez quelques affaires ici ?... a demandé Mme Différence Culturelle en versant à ses invités un verre de Vodka russe dilué de vin du Shabbat.
       Lilli-Lapin ne l"a pas bu, mais ses chaussons ont ardemment accepté et en ont même demandé plus.
       -- Oui, chère Mme Différence Culturelle, a admis Lilli-Lapin, en fait, j"ai une question : Je respecte beaucoup toutes les différences culturelles, mais fréquemment, je ne suis pas sûr de savoir si j"ai rencontré une différence culturelle ou si la personne est simplement raciste ou snobe. C"est l"objet de ma présence ici ; avez-vous les moyens de différencier entre une différence culturelle d"une race ordinaire et simple ?
       -- Mais que s"est-il exactement passé ? a demandé Mme Différence Culturelle en s"emparant d"un énorme cigare de La Havane fabriqué en Hollande, j"ai besoin d"un exemple.
       -- Eh bien, a déclaré Lilli-Lapin, j"ai été récemment volé et la police m"a indiqué que j"étais un imbécile, car il s"agissait en fait d"une différence culturelle.
       -- Vous ont-ils pris beaucoup de choses ?
       -- Pratiquement tout ce qu"ils pouvaient emporter.
       -- Bien, ont-ils dit au revoir ?
       -- Oui, a répondu Lilli-Lapin.
       -- Cela signifie donc qu"ils étaient cultivés, et comment exactement ont-ils dit au revoir ? Répétez SVP littéralement et de préférence dans leur langage...
       Lilli-Lapin a fait un effort de mémorisation :
       -- Quelque chose comme : " à bientôt, quel honneur d"avoir fait votre connaissance ! "
       Mme Différence Culturelle était très intéressée.
       -- Et qu"avez-vous répondu ?
       -- Quelque chose comme : " Bien moi, je suis plutôt ennuyé par ce que vous venez de me faire...
       -- Bien, vous voyez, a conclu Mme Différence Culturelle, nous sommes en présence de différences culturelles. Vous auriez répondu : allez vous faire f..., il n"y aurait eu aucune différence.
       -- Ah ! Ainsi ce n"est pas ce qui est important ce que les gens font, mais ce qui ils disent ! a présumé Lilli-Lapin.
       -- Certainement ! a approuvé Mme Différence Culturelle.
       -- Ayant répondu correctement, s"ils étaient devenus honteux, seraient retournés sur leurs pas pour tout me rendre, c"est qu"ils étaient de la même culture que la mienne ? a demandé Lilli-Lapin avec une lueur espoir dans les yeux.
       -- Eh oui, mais comme ils ne sont pas revenus c"est qu"ils sont de culture opposée à la vôtre !
       -- Chère Madame, ne pensez-vous pas que beaucoup de gens emploient simplement ces différences culturelles notoires comme couverture pour éviter la punition et se présenter comme des personnes propres : ce n"est pas notre problème si certains ont eu une autre enfance et pissent dans un pot avec une étiquette dans une autre langue !
       -- Bien évidemment, bien évidemment ! a admis Mme Différence Culturelle mais vous, Lilli-Lapin, vous devriez être heureux, parce que dans certains endroits les différences culturelles atteignent une telle intensité, que vous pourriez être dévoré... Je connais une tribu... Est-ce que voudriez-vous que je vous présente ? Des Cannibales très affables. Je pense que certains d"entre eux apprécieraient un Lilli-Lapin occasionnel.
       -- Et pensez-vous qu"il y a des chaussons-mangeurs parmi eux ? s"est inquiété le chausson gauche.
       Cette réforme sociale était une affaire à laquelle les chaussons n"étaient pas prêts à se laisser saucer.
       -- Chaussons-mangeurs ? a réfléchi Mme Différence Culturelle, je ne sais pas, je demanderai...
       -- Ah ! a deviné Lilli-Lapin, rien n"a changé en ce bas monde, les gens se bouffent toujours entre-eux, ils parlent juste d"une façon civilisée !
       -- Certainement ! C"est le progrès de la civilisation. Il n"y a rien plus mauvais que de croire que quelque chose va changer. C"est ainsi que les simples d"esprit se font attraper : ils pensent que les temps ont changé, que personne ne les mangera par n"importe quel après-midi ensoleillé... ils sortent, et paf ! ils sont avalés tout cru... Les temps ne changent pas, seuls les modes expressions fertilisent les gens ou leurs actions.
       -- Des différences tellement culturelles ont été imaginées par des idiots pour des idiots ! a finalement soufflé Lilli-Lapin. Enfin ! Madame, je ne vais pas abuser plus longtemps de votre temps...
       Mme différence culturelle était enchantée par cette entrevu très constructive. Elle s"est levée pour raccompagner Lilli-Lapin et ses chaussons jusqu"à la porte, persuadée qu"elle avait délivré de bonnes idées de la situation.
       À la vérité, elle n"a pas vraiment réussi à convaincre Lilli-Lapin, car ce dernier, passant devant un coiffeur y est malheureusement entré pour se faire couper un excédent de poils, et toutes les idées reçues ont été aussitôt rasées.
       Vous savez, cela se produit parfois : vous entrez chez un coiffeur pour vous engager dans une certaine méditation... (en effet, où pourriez-vous mieux vous concentrer sur une idée qu"en vous reposant dans un fauteuil et louchant de sorte que les cheveux n"entrent pas dans vos yeux ?), et un coiffeur idiot commence à causer, de sorte que vous repartez non seulement sans cheveux, mais également sans idées valables !
       Pourquoi des coiffeurs sont-ils si bavards ? Encore une différence culturelle, pensez-vous ? Non, c"est juste une idiotie pure... Oui, une idiotie pure !
      
      
      
      
       Conclusion
       Lilli-Lapin et le jour international de Lilli-Lapin
      
      
      
       Vous ne serez pas étonnés de découvrir que de toute part, le monde a commencé à honorer Lilli-Lapin de manière considérable après tout ce qu"il a fait et plus particulièrement après tout ce qu"il n"a pas fait. Lilli-Lapin a été nommé Citoyen du monde et le 24 août, jour de son anniversaire, a été déclaré : Journée Internationale de Lilli-Lapin.
       Je pense qu"il est nécessaire de respecter et célébrer les personnes non seulement pour ce qu"elles ont fait au monde, mais aussi pour ce qu"elles ne lui ont pas fait. Par exemple, comme nous avons pu le voir dans les trente chapitres de ce roman de Lilli-Lapin :
       1. Il n"a pas tué cinquante millions de personnes ;
       2. Il n"a participé à aucun massacres ;
       3. Il n"a pas inventé la bombe A ;
       4. Il n"a pas laissé tomber une bombe A ; et...
       5. Il n"a inventé aucun sorte de théorie qui aurait pu exhorter des continents à s"entredéchirer.
       Cette liste de mérites n"est-elle pas suffisante pour approuver que Lilli-Lapin doit être considéré comme LE citoyen du monde ? Il me semble, quant à moi, après avoir examiné cette liste sous toutes ses coutures, qu"elle prouve que Lilli-Lapin a apporté d"énormes avantages à notre monde. Vous pourriez dire, certes avec raison, que vous-même n"avez rien fait de tel, également, et pourquoi donc vous ne pourriez pas recevoir les mêmes honneurs et pourquoi ne déclarerait-on pas votre jour anniversaire, jour international ! Vous avez oublié peut-être que Lilli-Lapin, ce pourrait être vous ! (tenant compte des quelques clauses indiquées dans la préface). Cela signifie que c"est votre jour international de Lilli-Lapin ! Oui, ne travaillez pas ce jour-là si vous le souhaitez. Montrez ce livre à votre employeur et n"allez pas au travail ! Et s"il menace de vous mettre à la porte, menacez-le paisiblement que vous risquez de vous engager dans une économie normale, totale ou partielle, que tous vos collègues feront de même, ce qui ne sera pas à son avantage... Et si vous êtes l"employeur, menacez vos employés que s"ils engrangent les bévues tandis que vous êtes en vacances, c"est vous qui risquez de les propulser dans une économie normale, totale ou partielle, que tout le patronat suivra, ce qui ne sera alors pas à leur avantage ! Bref, ayant obtenu un jour additionnel de vacances, profitez-en bien. Suit ici un petit calendrier des vacances auxquelles vous pouvez à juste titre prétendre :
       1er janvier : La nouvelle année de Lilli-Lapin (coïncide avec l"officielle).
       3 janvier : jour de repos pour finir les restes des savoureux repas de la nouvelle année.
       8 février : anniversaire la boîte aux lettres.
       23 février : anniversaire de la vache Peggy.
       1 mars : le jour des lièvres de mars ; célébré dans le monde entier en mettant du papier roses sur les oreilles et en faisant cuire un Gâteau aux Baies.
       23 mars : anniversaire de Lilli-Katie.
       1er avril : jour du gruau à la framboise.
       7 avril : pré-festivités en préparatif à la journée internationale de Lilli-Lapin.
       11 avril : anniversaire de Lilli-Jacob.
       13 avril : (si c"est un vendredi) anniversaire des deux perroquets.
       29 avril : anniversaire du phonographe de Lilli-Lapin.
       1er mai : jour du tirage de langue à Karl Marx.
       15 mai : jour de la capture des poissons 007.
       1er juin : anniversaire de Hamster De Mont-Cristo.
       2 juin : anniversaire de la chatte Basia.
       5 juin : jour de la victoire de Lilli-Lapin sur le renard.
       13 août : jour préféré de la grand-mère de Lilli-Lapin.
       16 août : le jour du rétablissement le l"éponge.
       24 août : journée internationale de Lilli-Lapin.
       1er octobre : anniversaire du Chat d"Or.
       11 octobre : anniversaire de Lilli-Ours.
       7 novembre : anniversaire du chausson droit.
       24 décembre : anniversaire du chausson gauche (coïncide avec Noël).
       Eh voilà ! Par ce gai calendrier, vous aurez des vacances additionnelles, vous pourrez recommencer à vivre, joyeusement et avec bonheur ! Plein de nouvelles vacances ! Pensez-y ! Et vous pouvez inventer vos propres vacances additionnelles... vous en avez le droit !
       " Et quand travaillerons-nous ? " vous pourriez demander. Certes ! Mais le travail se fait tout seul ! Que croyez-vous qu"il se passe quand vous êtes en vacances ? Que le monde s"arrête de tourner ? Détrompez-vous ! Les clients potentiels restent des clients potentiels ! Aucune inquiétude à se faire !
       Pour exemple, écoutez le fameux dicton du frère de Lilli-Ours qui vit au Texazistan, le pays des taureaux en peluche : quand les chevaux se ruent sur le travail, les oreilles deviennent sourdes et les yeux ont la cataracte. Bien que lui-même travaille beaucoup, parce qu"un Texazistanien doit prospérer, il a sacrément raison, le bougre !
       Certes, vous pouvez travailler pendant un moment où vous êtes libre de vacances, surtout si vous ne pouvez pas vivre sans travail, mais n"en faites pas trop quand même. Il ne faut pas que ça devienne une maladie. Sachez que les vacances ne sont pas qu"un moment où vous n"allez pas au travail et restez une journée allongé sur un sofa, esclave de votre propre jardin. Non ! Les vacances, c"est quand vous avez envie de chanter.
       Quand avez-vous eu envie de chanter la dernière fois ? Avant quelle révolution ? Lilli-Lapin, lui, chante chaque jour, parce que pour lui, chaque jour c"est les vacances. Peut-être sont-elles non-officielles, mais elles sont néanmoins très gaies, et il s"engage dans l"économie normale, total ou partielle en prenant son temps, parce que pour lui ce n"est pas un travail, c"est un mode de vie.
       Quand le monde entier a déclaré à l"unanimité l"anniversaire de Lilli-Lapin jour international de Lilli-Lapin, ce dernier a invité tout le monde à sa maison. La soirée précédente, il a préparé une mer de compote et a fait cuire au four un continent de Gâteau aux Baies. Le matin de ce jour fastueux, Lilli-Lapin s"est réveillé et n"a pas trouvé ses lunettes. Il tâtonné et tâtonné sur la table de chevet, mais les lunettes n"étaient pas là. " Comment est-ce possible, a-t-il pensé, peut-être les ai-je laissé tomber dans la compote ? " Mais en cherchant dans les tiroirs, il a trouvé un énorme présent enveloppé dans un papier de cadeau. Lilli-Lapin a lu comme il pouvait la note jointe : le présent semblait venir de M. Klepto, le fameux cleptomane. Lilli-Lapin a aussitôt ouvert le carton. Dedans, il y avait ses lunettes, ses thermos préférés et le moule à boulettes de Lilli-Ours, le tout enveloppé ensemble. Lilli-Lapin a versé quelques larmes... Comme il était plaisant de recevoir un présent de M. Klepto en personne le jour même de son anniversaire ! Le retour de choses volées est tellement rare ! Lilli-Lapin a été félicité par sa névrose qui pleurait, elle aussi :
       -- Oh Lilli-Lapin ! Nous prenons un sacré coup de vieux, cette année ! Une année de plus, quel bouleversement ! Nous allons mourir bientôt ! Où vont-ils nous enterrer ?!
       -- Calmez-vous, a doucement dit Lilli-Lapin en caressant sa névrose sur la tête, nous ne sommes pas des déchets nucléaires, ils nous enterreront d"une façon ou d"une autre.
       La névrose de Lilli-Lapin s"est aussitôt calmée et elle lui a offert un porte-clés avec la prière de la route qui protège des malheurs qui peuvent vous terrasser en chemin. La fête a pu commencer et les cadeaux ont commencé à pleuvoir.
       Lilli-Ours a offert à Lilli-Lapin le chien appelé Kolbassa. Chaque anniversaire, Lilli-Ours avait l"habitude d"offrir ce chien à Lilli-Lapin, soigneusement enveloppé dans un papier de cadeau. Le chien s"agitait désespérément, remuant sa queue et donnant des coups de pattes, si bien que le papier était déjà pratiquement enlevé et le chien pouvait librement lécher le nez de Lilli-Lapin. Lilli-Ours a également donné à Lilli-Lapin un anneau avec l"inscription "je t"aime". Lilli-Katie a offert à Lilli-Lapin une épingle-papillon pour tenir ses oreilles droites vers le haut, parce qu"il avait toujours ses oreilles plongées dans la compote, et parfois elles gênaient également ses activités agricoles. Lilli-Jacob a offert à Lilli-Lapin une île en mer méditerranéenne, que sa Compagnie des Cerveaux Ltd avait découverte.
       Lilli-Lapin a débarqué sur cette île, l"a déclarée territoire de l"état et y a placé son célèbre drapeau. Le drapeau était fier de représenter l"autorité de l"état sur cette île, surtout que pour l"occasion on lui avait ôté ses nœuds. Les chaussons de Lilli-Lapin se sont donnés entre-eux. C"est-à-dire que le chausson gauche a enveloppé le chausson droit comme cadeau à Lilli-Lapin, et le chausson droit, tout en étant enveloppé, a demandé à Lilli-Katie de l"envelopper à son tour comme cadeau. Le Hamster de Mont-Cristo est venu pour visiter de son nouvel appartement, et il a apporté comme présent une couvée entière de souris de mutantes pour effrayer des éléphants à l"avenir. Le Chat d"Or a donné à Lilli-Lapin un manuel de chatosynthèse, et ils ont chatosynthésé ensemble toute la matinée. La chatte Basia a offert le manuel sur la délivrance de suffocation par ballon à air, avec un sac de ballons à gonfler.
       Charles Baudelaire a offert à Lilli-Lapin un grand paquet avec une inscription : "Le papier qui supportera tout ; à un vrai Lilli-Lapin, du vrai Charles Baudelaire". Quand Lilli-Lapin a ouvert le paquet, il y avait un rouleau de papier toilette... Tout le monde a ri jusqu"à en pleurer, après avoir apprécié cette plaisanterie pleine de réalisme. Le Réchauffement Climatique a offert à Lilli-Lapin un jour ensoleillé, et la Négligence Globale a créé une atmosphère insouciante de vacances. Le voisin, M. Pressure, a offert une fiole de sirop d"érable, fraîchement obtenue d"un bouleau, et il sentait bigrement l"oignon. Le voisin, M. Boutonneux, a offert une clé impressionnante pour les boulons, mais les invités ne se sont pas inquiétés, car il n"y avait rien à déboulonner de toute façon. Le renard a offert son cahier qu"il avait utilisé pendant des activités militaires contre Lilli-Lapin. Selon les experts, le cahier était déjà estimé à dix-mille euros, car c"était une relique militaire, mais à la vérité, aucun acheteur n"était intéressé.
       Les taupes ont offert à Lilli-Lapin un ensemble de clubs de golf et lui ont promis d"ajuster leur vision pour le prochain référendum. La voiture de Lilli-Lapin lui a offert une bicyclette, parce qu"elle avait peur que Lilli-Lapin la fasse sortir à nouveau. Lilli-Lapin l"avait déjà emmenée trois fois en librairie, mais sa voiture n"avait pas assez de temps pour s"engager dans la littérature, les arts fins et, principalement, dans le ballet. Les grenouilles des deux côtés de la mer méditerranéenne ont offert à Lilli-Lapin le document du règlement final de la paix appelé : "La route va toujours de l"avant..." et elles ont promis de ne pas reprendre leurs activités militaires jusqu"au printemps prochain, bien qu"elles aient encore combattu aux dernières vacances et Lilli-Ours avait encore dû les peindre de la même couleur. La boîte aux lettres de Lilli-Lapin lui a offert une énorme quantité de cartes de salutation adressées à Lilli-Lapin et également à tous ses voisins, car comme d"habitude elle avait avalé le courrier le plus joyeux et les cartes les plus colorés que le facteur avait dans son sac. En offrant les cartes, la boîte aux lettres a vindicativement ondulé du pied vers le chien Kolbassa et lui a irrigué la terre près de ses pattes, exactement comme le chien avait lui-même fait au pied de la boîte aux lettres chaque fois où il était sorti. Il était évident qu"ils luttaient pour le droit d"être le chien préféré de Lilli-Lapin, ainsi ce dernier a dû désormais acheter deux os, un pour Kolbassa et l"autre pour sa boîte aux lettres. Cependant, il avait l"impression qu"ils seraient très bientôt amis, car ils hurlaient fréquemment ensemble et amicalement à la lune.
       Mme l"économie Totale est venue rendre visite et elle a apporté un sac entier d"écrous pour Lilli-Ours. Mme l"économie Totale a raconté qu"elle avait passé une nouvelle crise économique, ce qui peut arriver à n"importe quelle dame au moins une fois par mois lunaire, mais elle était sensiblement gaie. M. Trublion, l"avocat, a offert à Lilli-Lapin le document déclarant que son arrière-cour était exemptée du droit de passage. Il avait enfin trouvé une ouverture dans la loi, selon laquelle il était possible de ne pas détruire la sa maison. Comme Lilli-Lapin avait déjà résolu ce problème, comme vous vous en souvenez, il n"a pas voulu déranger M. Trublion et ne lui a pas rédigé un chèque pour ce service rendu. Dans la culture anglaise les cadeaux ne sont pas acceptés en tant que tels, et vous devez toujours payer d"une certaine manière ; en France, c"est différent !
       Comme cadeau, M. Brocheau a ajusté et roulé dans des tubes toutes les liquidités de Lilli-Lapin ; il a ainsi fini la deuxième étape de sa réforme monétaire. M. Brocheau a encore voulu rudoyer et offenser Lilli-Lapin en lui disant qu"il avait beaucoup vieilli depuis leur dernière rencontre. C"est seulement après un certain temps qu"il s"est rendu compte qu"il s"était adressé par erreur à M. Klepto, le cleptomane de service, qui lui, était vraiment vieux, car il avait 950 ans, était né au temps des Vikings et avait déjà vécu dans la maison de Lilli-Lapin au temps où ce dernier habitait dans la péninsule scandinave et coulait des jours heureux.
       M. Klepto fut très flatté de voir que M. Brocheau l"avait confondu avec Lilli-Lapin. Il a même saisi l"occasion pour voler les bretelles de M. Brocheau qui a dû tenir son pantalon pendant toute la fête. Au moment où ce dernier a voulu se lever de table pour lancer un toast en l"honneur de Lilli-Lapin, il a levé un verre de vin d"une main et une fourchette avec un champignon salé dans l"autre, son pantalon est tombé et tout le monde a vu qu"il portait des caleçons blancs à pois rouges avec une inscription à l"avant : " Ne passez pas trop près ! " et une autre inscription à l"arrière : " Ne pas traverser ! ". Cela a fortement entaché sa dignité de Maire de la ville où il avait été providentiellement élu par des citadins sages qui ne voulaient pas d"un Maire fanfaron capable de piller le trésor de la ville.
       Monsieur Silvouplaît a offert à Lilli-Lapin sa bonne volonté et les salutations de Monsieur Presque-Napoléon lui-même. Il a également rendu le tube de Lilli-Lapin qui, avec plaisir lui a rendu également ses perroquets. Les perroquets ont entamé leur troisième lune de miel en observant les étoiles qui, à la vérité, s"étaient un peu déplacées dans le ciel depuis leur dernière observation.
       Les professeurs de Cosmologie ont délivré à Lilli-Lapin le diplôme honorifique de professeur du potage de chou et lui ont permis d"inaugurer leur nouvel accélérateur de potage de chou, grâce auquel ils ont pu prouver à tout le monde qu"ils n"étaient pas des professeurs fantoches... Mme Différence Culturelle a offert à Lilli-Lapin une calotte brodée dans le modèle des kippas juives et ils ont admirablement dansé le sirtaki grec et des danses folkloriques yiddish. Les poissons 007 ont offert à Lilli-Lapin six grosses boîtes de caviar iranien de première catégorie. Pas les œufs d"esturgeons élevés quelque part en Estonie et qui sont impropres à la consommation, non, le vrai caviar celui qu"on trouve dans les plus grands restaurants français. Cette action, dans l"idée des poissons 007, consistait à dévier l"attention de Lilli-Lapin pendant un certain temps leur donnant l"occasion de se regrouper pour le prochain épisode d"une guerre froide.
       La chatte Basia a offert à Lilli-Lapin ses salutations satiriques. Le pays qui a volé le Gâteau aux Baies a offert un moule à gâteau pour le four façonné comme un boomerang à élévation verticale qui fonctionnait ainsi : Au moment où le gâteau était prêt, le moule s"élèvait à 300 mètres dans le ciel, livrait le gâteau au PVGB avant de revenir automatiquement à sa place. Cela avait pour but de soutenir une guerre civile permanente, sans laquelle les citoyens de cet état seraient extrêmement malheureux. Le manque de bruits des canonnades et de projectiles au réveil les opprimait dans une profonde mélancolie. Et l"occasion d"abattre un voisin sans risque d"emprisonnement était un avantage indéniable de la guerre civile qu"il fallait sauvegarder.
       Mme Boisson Sobre a offert à Lilli-Lapin une bouteille de citronnade, mais elle lui a demandé de ne pas dévoiler ce fait qui aurait pu casser son monopole dans le monde. Oubliez donc immédiatement ce que j"ai dit, et laissez-là gérer tranquillement son patrimoine de boissons artificielles qui lui rapporte beaucoup. D"ailleurs, ce genre de boisson nettoie parfaitement la patine verte qui suinte du cuivre. Je suggère donc de laver les dômes des monuments architecturaux allant de Saint-Pétersbourg à Copenhague en passant par Venise, Rome et Paris. M. Prêt-à-Manger a offert à Lilli-Lapin un bon-cadeau pour un sandwich double-hamburger et il lui a conseillé que, comme un espion, il devait toujours garder ce bon en cas de situation difficile. Un sandwich à hamburger est plus efficace que le cyanure de potassium. Vous l"avalez et courez aux toilettes le plus rapidement possible. Vos ennemis vous attendront tellement longtemps qu"ils finiront par partir, à bout de patience. Ils perdront même le bénéfice de vous voir en mauvaise posture. Le Samovar de Lilli-Lapin lui a offert une passoire pour le thé.
       Lilli-Lapin était enchanté comme un enfant. En fin de soirée les philosophes de tout bord se sont recueillis dans le pavillon de Lilli-Lapin et les plus vieux ont chanté ensemble la fameuse chanson de Georges Brassens : Mourir pour des idées, c"est bien beau, mais lesquelles ?... C"est toujours ainsi, au crépuscule de leur vie, les vrais philosophes se demandent toujours s"ils étaient dans la bonne direction. Ils étaient nombreux. Descartes est même venu faire la connaissance de Lilli-Lapin, et il a chanté plus fort que tout le monde, parce qu"il souhaitait prouver son existence.
       -- Je chante, donc j"existe, a-t-il conclu, et je braille plus fort, je suis donc plus vivant que les autres !
       Lilli-Lapin était très heureux de recevoir tous ces visiteurs et ces cadeaux, mais pouvez-vous imaginer le plaisir qu"il a eu quand sa vache préférée, Peggy, est apparue dans le ciel, s"empressant de revenir du sud avant la fin de l"été pour l"anniversaire de Lilli-Lapin !
       Évidemment, qui aurait pu rater la journée internationale de Lilli-Lapin !
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
      
       1
       Le préfixe "Lilli" est dérivé de
       Lilliput -- une terre imaginée par Jonathan Swift
       habitée par de minuscules personnes.
      
      
      
       2
       Selon l"article dans Le Figaro Magazine du 24 septembre 2005,
       "Le bonheur en équation" par Gilles Denis sur la
       question "Êtes-vous satisfait de votre vie ?"
       en France les points étaient de 6,6 tandis qu"au Ghana
       de 7,7 sur un maximum de 10.
      
      
      
       3
       Christophe Lambert, "La société
       de la peur" Plon, 2005, p.33.
      
      
      
       4
       Jean-Paul Sartre Le diable et le bon Dieu, p.10, Folio n° 52.
      
      
      
       5
       Alexandre Dumas, " Le Comte de Monte-Cristo ",
       Gallimard, 1998, p. 114.
      
      
      
       6
       Jean-Jacques Rousseau, "Du contrat social ou principes du
       droit politique" : "Du pacte social".
       Archives de la Société Jean-Jacques Rousseau, Genève,
       1762.
      
      
      
       7
       Paris Match, № 2939, septembre 2005, p.54
      
      
      
       8
       Je vous donnerai plus tard les coordonnées exactes de la
       planète Boisson, ou peux-être dans le deuxième
       livre.
      
      
      
       9
       Je n"ai pas le droit de vous dire laquelle.
      
      
      
       10
       Pour ceux qui ne savent lire aucune lettre, nous avons mis quelques
       illustrations dans ce livre.
      
      
      
       11
       Christophe Lambert, "La société
       de la peur" Plon, 2005, p.114.
      
      
      
       12
       Georges BRASSENS.
      
      
      
       13
       Il ne s"agit pas là, de nous moquer du jus de
       chaussette américain ! Non ! Non !
      
      
      
       14
       Cette recette française pour le bœuf avec garnitures a
       été inventée par François-René de
       Chateaubriand, politicien français et auteur célèbre.
       Prenez 200-400 grammes de bœuf sans graisse, lavez-le,
       séchez-le et faites-le revenir à la graisse d"oie
       dans une casserole, puis rôtissez la viande jusqu"à
       l"obtention d"une couleur brunâtre. Vous pouvez
       également employer un barbecue. Salez, poivrez. Après
       10 minutes, placez un morceau de foie gras d"oie sur la
       viande, et fixez-la avec un cure-dent ; placez un cube de
       beurre avec des herbes sur cette tour. Servez avec des pommes de
       terre frites, des tomates épluchées cuites, des
       champignons, des petits pois, des carottes et des asperges.
      
      
      
       15
       C"est si simple ! C"est si simple !
      
      
      
       16
       Une telle expérience de pensée !
      
       Dans la philosophie, la
       physique et autres domaines, une expérience de pensée
       (du terme allemand Gedankenexperiment, inventé par Ernst
       Mach) est une tentative de résoudre un problème en
       employant une analogie. Ces expériences sont employées
       pour comprendre quelque chose en comparant la pratique avec un
       exemple hypothétique. Les expériences de pensée
       conçoivent une situation hypothétique dans laquelle
       notre réponse intuitive est contraire à nos réponses
       réelles dans une situation semblable. Les expériences
       de pensée créent la dissonance avec le connu et
       l"admis, qui avec le temps mène à la
       reformulation ou à la précision des théories.
      

  • Комментарии: 1, последний от 29/09/2014.
  • © Copyright Кригер Борис Юрьевич (kriger@list.ru)
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